CHRONIQUES

N°41 – Automne-Hiver 21-22
Les nouvelles chroniques du musicologue Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin. Photo © Labo Gris Souris.
Inaugurée à l’automne 2009, notre rubrique des Chroniques musicales évolue. Nous proposons une conception davantage synthétique, mieux adaptée aux moyens de lecture sur Internet (ordinateur de bureau, ordinateur portable, tablette, mobile). Un difficile exercice de resserrement, pour Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin, mais qui devrait aussi intéresser un public plus large. Nos lecteurs pourront toujours consulter, de façon gratuite et illimitée, ses anciennes chroniques, très approfondies, dans nos pages Archives.

Janvier 2022 

AUDITORIUM MAURICE RAVEL

ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

1er Janvier : La Chauve Souris / Die Fledermaus de Johann Strauss : Thérapie « Wiener Lyon ! »

Pour les fêtes de fin d’année, l’O.N.L mise depuis longtemps sur une programmation adaptée aux circonstances. Cependant, pour la première fois, l’institution tente l’expérience d’une œuvre lyrique légère intégrale, en affichant Die Fledermaus [La Chauve-souris] de Johann Strauss fils. Proposée dans une intelligente autant que sobre mise en espace, cette opération inédite aboutit à un succès. Transporté, enthousiasmé, le public en redemande pour l’avenir ! Photo Die Fledermaus Vue ensemble final © Nicolas Auproux.

L’opérette viennoise constitue un des genres les plus délicats qui soient à traiter. Malheur aux scénographes qui tentent de le vitrioler : tout l’édifice s’effondre alors tel un château de cartes. Nous savons Jean Lacornerie capable du meilleur comme du plus commun. Or, en l’espèce, sa conception visuelle rejoint l’accomplissement obtenu pour la comédie musicale The King and I. Le socle de ce succès ? N’avoir pas cédé à la débilitante actualisation forcenée ! Ainsi, en choisissant des costumes fin XIXème siècle, il permet aux spectateurs – moralement épuisés par des mois de crise pandémique – une évasion bienvenue. Sans chercher midi à quatorze heures, usant de moyens fort simples – aucun décor mais magie d’éclairages ad hoc selon les situations, quelques meubles évoquant les lieux (canapé, table de festin, bureau…) – il arrive à créer, chaque fois, une ambiance étonnamment suggestive, dénuée de faute de goût et sans jamais trahir l’œuvre. Celle-ci étant donnée en langue originale, il a écrit, pour remplacer les dialogues parlés, un ingénieux texte de liaison joué par le brillant acteur François Chattot qui, interprétant en sus le rôle parlé du gardien Frosch, réalise une véritable performance ! La preuve est faite : plus que tant de mises en scène ineptes proposées à l’opéra de nos jours, cette vraie réussite ouvre la voie de l’avenir, en revenant aux sources et aux fondamentaux. Photo Die Fledermaus Nikola Hillebrand en Adele © Nicolas Auproux.

Orchestralement parlant, on attendait la vision de Nikolaj Szeps-Znaider. Dès l’ouverture, il séduit par une interprétation alerte, en apesanteur, dans le plus pur style autrichien (au point que, les yeux fermés, l’on se croirait au Wiener Volksoper), avec une différenciation optimale des plans sonores. Seule réserve, confirmée par la suite : des tempos globalement un tantinet pressés, nuisant parfois à une ample respiration des phrases. On le relève surtout dans la valse, où le 3ème temps ne succède pas à… l’infinitésimal point de suspension philologique viennois.
Soutenu par un O.N.L en grande forme, le Chœur Spirito préparé par Gabriel Bourgoin mérite de substantiels éloges car, malgré les masques, il assume projection et volume avec fierté.

La brochette de chanteurs solistes possède une qualité essentielle dans cette œuvre : restituer l’esprit de troupe, qui fait oublier de ponctuelles faiblesses. Ainsi, la Rosalinde de Siobhan Stagg a beau être un soprano un peu vert, à la puissance insuffisante pour une aussi grande salle, joliesse du timbre, finesse et ductilité (quels trilles !) lui assurent toute considération. De même, bien que Stephanie Houtzeel présente un trou dans le médium large comme le Danube (en amont de Passau, soyons précis !) et frise le Sprechgesang (plus Ute Lemper / Kurt Weill que Christa Ludwig / Strauss), son Prince Orlofsky semi-expressionniste convainc par son vif tempérament. Ce don-là surabonde chez Nikola Hillebrand, qui fait preuve d’une stupéfiante aisance en Adele, vocalement anthologique, brûlant les planches, investissant son personnage en quelques secondes et rejoignant ses plus illustres devancières d’une riche discographie ! Compliments aussi à Cécile Achille, ici un peu sous-employée mais irréprochable Ida.

Les messieurs ne déméritent pas. Dans la tessiture hybride d’Eisenstein, Michael Schade déploie aujourd’hui davantage les moyens d’un Spieltenor que d’un demi-caractère mais, en véritable bête de scène, il emporte tout sur son passage avec un abattage mémorable. Si Michael Nagy s’avère un Kavalierbariton de grande classe en Doktor Falke, conduisant l’ensemble « Brüderlein, Brüderlein und Schwesterlein » à un sommet d’émotion, le pétulant Direktor Frank de Boaz Daniel impose une silhouette faisant irrésistiblement songer à feu Enzo Dara. Louanges unanimes pour Dovlet Nourgeldiev, Alfred à l’émission solaire autant qu’insolente, passant magistralement la rampe, faisant seulement regretter que le rôle ne soit pas plus étoffé. Idem pour l’irrésistible Jean-Paul Fouchécourt, un vrai luxe en Doktor Blind !
Lorsqu’à l’ultime mesure de ce spectacle très « Wiener Lyon », l’on se trouve ému aux larmes ; que l’on réalise avoir oublié toutes les contingences prosaïques de notre monde ; que l’on semble sortir d’un rêve éveillé… l’on partage l’avis de la plupart des spectateurs qui, à la sortie, expriment leur désir de revivre, dès l’an prochain, une aussi reconstituante thérapie. Le répertoire viennois s’y prêtant si bien par sa subtilité, pourquoi ne pas continuer (dans le même esprit) avec Strauss, voire Lehár, en optant, par exemple, pour Die lustige Witwe [La Veuve Joyeuse], qui fonctionnerait parfaitement en conservant un traitement identique ? Photo Die Fledermaus, François Chattot © Nicolas Auproux.

 

Décembre 2021

CHAPELLE DE LA TRINITÉ

ENSEMBLE LES SIÈCLES ROMANTIQUES

 

1er Décembre : GRIEG / GOUVY : La maturité d’un trentenaire
Véritable électron libre de la scène musicale lyonnaise, Jean-Philippe Dubor fête un notable anniversaire, puisque voici 30 ans qu’il dirige des concerts remarquables. Le nom de son ensemble a changé à plusieurs reprises mais l’esprit initial demeure, à savoir : une exploration passionnée du patrimoine européen, alternant standards du répertoire et attirantes raretés.

 

Edvard Grieg figure parmi les compositeurs célèbres très prisés par ce chef. Ayant révélé Olav Tryggvason à Lyon, il revient ce soir à des pages plus usuelles : les deux suites de Peer Gynt.
Certes, « Au Matin » s’ouvre avec grâce, mais vire prestement dans une approche plus robuste que rêveuse où l’influence de Wagner s’impose. Une inexorable intensité baigne « La mort d’Åse » tandis que la « Danse d’Anitra » confirme la qualité des cordes, désormais d’une authentique distinction (quels violoncelles !). Sans surprise, « Dans l’antre du Roi de la montagne » colle idéalement à l’énergie tellurique dont Dubor reste invariablement prodigue. Idem pour « L’Enlèvement de la mariée » et « Le Retour de Peer Gynt », respectivement dramatique et tempétueux à souhait. Quand la « Chanson de Solveig » pourrait gagner encore dans le registre émotionnel, la « Danse arabe » brille, en revanche, de mille feux. Photo Grieg Gouvy Les Sicèles Romantiques © Arnaud Magrini.
En ce mois de décembre où l’on commémore le Centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns, l’on aurait apprécié que Dubor nous offrît un idéal couplé : son Oratorio de Noël et Le Déluge. Mais il leur préfère une autre option. Parmi les oubliés dont nul ne se souciait à Lyon, Théodore Gouvy occupe une place de choix dans les priorités du chef. Dès 2012, il assuma la création locale de son Stabat Mater, repris aujourd’hui. L’excellence atteinte par l’orchestre rejoint ici celle des chœurs, établie de longue date. Leurs rayonnements innervent l’ensemble du parcours, suscitant invariablement un émoi que bien des grandes formations internationales leur envieraient légitimement. Côté solistes vocaux, la soprano Vanessa Bonazzi domine son sujet tout en faisant montre d’une franche générosité, en déployant des ressources et une largeur de spectre en pleine expansion. Sa consœur Alice Didier défend scrupuleusement et en délicatesse les interventions de l’alto, alliant une vraie musicalité à une sensibilité touchante. Alors que l’écriture de Gouvy ne l’avantage guère – surtout dans le registre grave – tout le mérite revient à Karl Laquit de gérer en remarquable technicien la partie de ténor, tout en sachant instaurer la ferveur mystique par sa souveraine maîtrise des nuances. Maître d’œuvre de cette incontestable réussite, le chef impressionne perpétuellement, jusqu’à l’impeccable fugato, glorieux point final attestant de la maturité d’un trentenaire. Photo Jean-Philippe Dubor © DR.
En clair : jamais Dubor n’est aussi convaincant que lorsque, palliant aux insuffisances des grosses structures institutionnelles, il crée des partitions ignorées localement ou dirige celles outrageusement négligées. Cela lui donne des droits mais suscite aussi des devoirs. À ce titre, bien que les célébrations figurent modérément dans ses priorités, espérons tout de même qu’il marque, dans un an, le bicentenaire de la naissance de César Franck, en proposant Les Béatitudes, chef-d’œuvre tragiquement absent de Lyon depuis plus d’un demi-siècle… !

 


Novembre 2021

AUDITORIUM MAURICE RAVEL

ORCHESTRE PHILHARMONIQUE ROYAL DE LIÈGE

29 Novembre : Sous le double signe de la juvénilité et du dynamisme

Sauf erreur, notre Auditorium n’avait, à ce jour, jamais reçu d’orchestre belge en tournée.
Voici donc un vide comblé et avec un résultat probant, placé sous le signe du dynamisme !

Mille compliments à cette phalange d’honorer un de ses concitoyens ! Né à Liège, à l’instar de Grétry, César Franck sera à l’honneur en 2022, où l’on célèbrera le bicentenaire de sa naissance. Le choix se porte sur Les Éolides – l’un de ses meilleurs poèmes symphoniques – dont la lecture s’avère aussi idiomatique que philologique. Aucun doute n’est permis : l’OPRL porte cette musique dans ses gènes. Outre les suggestifs aspects venteux de la partition, restitués avec soin, relevons la limpidité et la clarté en définition des plans sonores. La battue de Gergely Madaras est preste, dénuée d’alanguissements : en 10’ le parcours s’accomplit sans faiblesse, à l’exception d’une ponctuelle intervention surexposée de la percussion.

La soirée se poursuit avec juvénilité car, à son directeur musical de 37 ans, l’OPRL associe Victor Julien-Laferrière, âgé de 31 ans, lauréat de plusieurs prix internationaux, qui s’attaque au redouté Concerto pour violoncelle N°1 de Bohuslav Martinů. Goûtons d’autant plus ce choix que les œuvres du compositeur tchèque ne se bousculent guère dans les programmes lyonnais. À l’écoute comme à la vision, les vertus s’accumulent : un chef qui n’accompagne pas mais dirige véritablement ; un soliste enthousiaste, qui croit en cette œuvre complexe, parfois jugée ingrate, et ne manque pas de s’y investir totalement avec une fougue n’excluant pas le lyrisme. Beauté du timbre, phrasés soignés (confer un Andante moderato tutoyant les cimes), technique d’archet de haut vol, doubles cordes d’une égalité notable, intensité du jeu, connivence parfaite avec le chef hongrois, de l’énergie à revendre, un volume confortable et, avec ça, aucune intonation douteuse. Épatant ! Pour une fois, l’on se surprend à ne pas regretter l’intrusion d’un concerto au menu d’un orchestre en tournée. Assurément, il faut désormais compter avec un tel artiste français et suivre de près l’évolution de sa carrière.

Omniprésente dans Martinů, la vitalité de Gergely Madaras profite largement aux tourments du Tchaïkovski de la Symphonie N°6 « Pathétique ». Pourtant, si l’introduction ne manque pas d’intériorité, plus discutable demeure la question de l’épaisseur, avec un déficit caractérisé en corps et en poids. L’OPRL tarde ici à trouver ses assises (anomalie à mettre sur le compte d’un manque de familiarité avec l’acoustique de la salle ?), le refus de tout appesantissement ou concession au pathos ne facilitant pas la tâche dans cette interprétation évoquant souvent celle d’un Ferenc Fricsay [DGG 1953]. Avec l’attaque de l’Allegro non troppo, le présent chef parvient enfin à nous captiver. Dès lors, les réserves initiales cédent la place à l’intérêt soutenu. Le 2ème mouvement adopte une fière élégance, loin de toute inclination à la guimauve, affichant même un galbe racé. Le 3ème arbore une mendelssohnienne subtilité, se prolongeant dans l’intensité contrôlée, sans sombrer dans le fréquent travers du pétaradant. Attaqué plus Andante (idée initiale de l’auteur) lamentoso qu’Adagio, le finale tient d’abord l’émotion en lisière avant d’accéder en définitive à une conclusion poignante, riche de coloris inusités. Assurément, voilà une vision atypique mais ne laissant pas indifférent. Photos. L’Orchestre Philarmonique Royal de Liège © William Beaucardet. Le chef : Gergely Madaras © Marco Borggreve.

 

 


 

 

AUDITORIUM / ORCHESTRE NATIONAL DE LYON / 21 Octobre

 8ème symphonie de Chostakovitch
Top niveau pour une reprise attendue

En 2018, Lyon créait enfin la 7ème Symphonie « Leningrad ». Officieusement surnommée « Stalingrad », la présente 8ème, en ut mineur Opus 65 avait déjà connu cet honneur local le 29 mars 2012, sans grand retentissement. Abstraite, sans programme clairement avoué, cette seconde « symphonie de guerre » du grand compositeur soviétique demeure d’un abord plus ardu et demande un investissement supérieur. Au final de cette reprise : l’attente est comblée.
Plus complexe que sa sœur aînée, moins spontanément payante, la volumineuse 8ème exige, tout à la fois, un orchestre endurant et un chef qui en maîtrise tous les arcanes. Disposons-nous ce soir des deux bienfaits ? Incontestablement, oui ! Le vaste Adagio initial a valeur de test en l’espèce, nécessitant concentration et relief dans chacune de ses phases. Dès la prodigieuse attaque des violoncelles et contrebasses, Slatkin innerve sa phalange d’un fluide intense et capte inexorablement l’attention de l’auditoire 26 minutes durant. Les archets – sur lesquels repose l’essentiel de la section initiale – se montrent réellement somptueux, tendus et âpres, tout en ne négligeant pas le lyrisme ponctuellement requis. L’implacable crescendo se voit servi avec autant d’acuité par des vents corrosifs que par des percussions hallucinantes de projection phonique, communiquant le grand frisson attendu sans jamais assourdir. Une réserve à émettre ? Elle reste minime : tout juste souhaiterait-on un trémolo des cordes plus perceptible lors du grand solo de cor anglais (magistralement servi par Pascal Zamora). Photo © Nico Rodamel.
Coloriste acerbe dans le 2ème mouvement, le chef américain joue à fond la carte des teintes crues, soutenues par une intensité rythmique constante, en tous points admirable de ténacité.
Si les ostinatos de l’Allegro non troppo central impressionnent vivement, les violents pizzicatos de cordes graves terrifient comme de juste. Tout le roboratif discours se déroule en maintenant une pulsation assidue, exempte de faiblesse, avec une mention particulière pour les impérieux pupitres de cuivres, dominant avec une aisance confondante leur sujet.
Le contraste ne s’en trouve que plus saisissant après l’Attacca subito d’un Largo dont le sentiment de désolation, sans pathos, rejoint les plus fortes interprétations discographiques (Kondrachine, Mravinski, Haitink…), notamment grâce aux envoûtants pupitres de bois.
Slatkin choisit d’apporter un éclairage optimiste à l’Allegretto conclusif. L’œuvre n’en révèle ainsi que davantage ses multiples facettes et options interprétatives. En 63’25’’ (pauses comprises), la présente se hisse au top niveau, soit à la hauteur de l’imposant enjeu.
Les mêmes interprètes nous doivent désormais la poignante 13ème Symphonie en si bémol mineur « Babi Yar » Opus 113, dont la création lyonnaise, trop longtemps différée, devient urgente !

A suivre..


 

 

AUDITORIUM  / ORCHESTRE NATIONAL DE LYON / 23 Septembre 2021

CONCERT D’OUVERTURE : UNE FRAÎCHEUR BIENVENUE

Nos espérances vont elles se concrétiser ? Combien l’on souhaite y croire ! Entre expectatives et désillusions, cette fatale pandémie enseigne à vivre en planifiant à court terme. L’on en savoure donc davantage chaque note de musique vivante, telle une magique parenthèse. Photo Auditorium / ONL © Fred Mortagne.

 

Pour inaugurer la saison, Nikolaj Szeps-Znaider choisit des valeurs sûres, sans sombrer dans la banalité. Nerveuse, tranchante, son ouverture de La Forza del Destino de Verdi ne se départ jamais d’une noblesse bannissant toute propension à la vulgarité, conjuguant l’urgence d’un Muti à la capacité d’analyse de feu Sinopoli. Rarement le leitmotiv de la rancune aura sonné si émouvant, ni celui de l’imploration de Leonora autant céleste. Une constante et implacable tension innerve le discours, jusqu’à une authentique apothéose. Du grand art !
Si les auditions du Concerto pour violon N°1 en sol mineur Opus 26 de Max Bruch jalonnent l’histoire de l’Auditorium, rarement elles furent mémorables. Reste le souvenir ému de 1990 où, avec Emmanuel Krivine, le vénérable Isaac Stern recouvra l’état de grâce. Aujourd’hui, entendre Pinchas Zukerman dans ce bel ouvrage constitue un franc attrait. Foin des menues scories (au départ, une justesse parfois sur le fil du rasoir). Retenons une présence autant qu’une vraie prestance sonore, alliées à un phrasé adamantin et à des doubles cordes à se pâmer ! Tout s’accomplit avec un fier relief, couronné par un flamboyant Allegro energico. Le chef prend une part fondamentale à cette réussite. Bannissant le terme « accompagner » de sa grammaire artistique, il ne cesse de diriger, restituant la pâte symphonique de la partition dans toute sa plénitude. Troquant la baguette pour l’archet, il participe même à un bis opportun, distingué et hors normes, jouant avec Zukerman l’Allegro d’un Duo pour 2 violons en mi mineur du compositeur lyonnais Jean-Marie Leclair. Photo Nikolaj Szeps-Znaider au violon à gauche, Pinchas Zukerman à droite / Auditorium / ONL © Fred Mortagne.
À l’automne 2016, Slatkin offrit la première intégrale des symphonies de Tchaïkovski jamais entendue à Lyon, ce qui permit – enfin ! – la création de la 3ème dans notre ville. Avec un aussi bel orchestre, Nikolaj Szeps-Znaider ne pouvait résister au plaisir d’affronter la 4ème, en fa mineur Opus 36, soit la plus redoutable de la série. L’énoncé du thème lié au « Fatum » traduit la hauteur de vue du chef. Très présente, la véhémence n’asphyxie pas. Rarement les sections de fausse accalmie possèdent autant d’acuité. Larges, les tempos lorgnent plus du côté de Bernstein que de Mravinski. Avec une implication de chaque instant, le juvénile maestro laisse pourtant ses troupes respirer. Jusqu’à une conclusion éruptive, la grandeur l’emporte sur le pathos. Les pupitres resplendissent unanimement dans un parcours quasi sans faute, confiant ainsi au public leur bonheur évident de jouer et le retour d’une fraîcheur bienvenue.

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