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VOYAGES

N°31 HIVER 18 / 19  
Voici un nouveau coup de cœur de la rédaction, publié initialement en mars 2012.

Une longue navigation d’hiver dans l’univers arctique

Au Cap Nord avec l’Express Côtier

Récit d’un voyage d’hiver de quinze jours réalisé en mars. L’objectif était de profiter des prix basse saison, des jours qui rallongent, des bons créneaux météo, des aurores boréales et des panoramas sublimes, qu’offrent encore les dernières neiges de l’hiver arctique.
Avec son interminable côte, semée d’îles séparées par d’étroits passages, percée de fjords, dominée par de hautes montagnes rocheuses, d’où jaillissent des cascades issues des glaciers, la Norvège ne peut être découverte en un seul voyage. C’est quand même ce que j’ai tenté de faire en traversant, d’abord en train, le pays d’Est en Ouest, puis en remontant, en bateau les côtes depuis Bergen jusqu’au Cap Nord. La côte est découpée de fjords et bordées d’îles qui forment un très long labyrinthe où les navires peuvent se faufiler. Grâce au Gulf Stream, la mer est libre, sauf parfois au fond des fjords, où se forme une mince pellicule de glace, que l’étrave du navire brise en douceur. Les montagnes, aux parois de neige verglacée, dominent l’océan de quelques quinze cent mètres et plongent à pic dans la mer. Austère et impressionnant !

« Northern Light », aurore boréale à l’arrivée à Tromso, la grande ville du Nord, d’où partaient autrefois les expéditions polaires. C’est la ville, où l’on a le plus de chances de voir des aurores boréales. Photo © Knut Janssen.

 

De Bergen au Cap Nord, 1330 miles et 32 escales

L’Express Côtier est un service quotidien de bateaux de ligne, de la compagnie Hurtigrüten, qui relie Bergen à Kirkenes, au delà du Cap Nord. Il quitte chaque jour Bergen à 22h30. Il arrive à son terminus Kirkenes à 9h45, six jours plus tard. Il repart à 12h45 et revient à Bergen, son port de départ, à 14h30 six jours après, pile à l’heure. Le navire effectue une longue navigation de deux fois 1330 miles nautiques, autant au retour et fait 32 escales dans chaque sens. Désormais les navires sont plus proches des paquebots luxueux que des ferries. Ils sont confortables et sûrs. Ils transportent aussi bien des passagers d’un port à un autre, que des croisiéristes.,Des palettes de produits manufacturés, de tourbe, de langoustes, de poissons, sont chargées ou déchargées au fil des escales. De plus les bateaux assurent chaque jour, et toute l’année, le courrier. Les escales vont du simple touch and go d’un quart d’heure, à l’arrêt prolongé de quatre heures à Trondheim ou à Tromso.
Onze navires sont en permanence en mer, répartis tout au long de la côte de Bergen à Kirkenes. Ils passent tous les jours à la même heure dans chaque port. Mon bateau, le Midnatsol, les a tous croisés à un moment ou à un autre. On peut aussi repérer leur position en temps réel sur le site de Hurtigruten et aussi à bord.
Il s’agissait à la création de la ligne, en 1893, par Richard With, de relier des villages complètement isolés au fond des fjords et totalement inaccessibles six mois par an. Puis, peu à peu, la croisière a pris le pas sur le transport de passagers ou de marchandises. Mais on peut très bien prendre son billet pour aller d’un port à un autre, ou pour traverser sa voiture vers les îles Lofoten. Cette croisière au Cap Nord est mondialement réputée. Photo, nous croiserons souvent  les navires d’Hurtigruten, qui font quotidiennement le trajet Bergen-Kirkenes © JPD.

Une route maritime audacieuse entre les îles et les fjords

Les navires empruntent une route maritime audacieuse. Ils se faufilent dans un labyrinthe de chenaux, d’îles, d’îlots, d’écueils à demi submergés et dangereux. Le moindre écart et le bateau s’échouerait sur les rochers. Il faut une vigilance de tous les instants, de jour comme de nuit. Car les navires taillent inlassablement leur route 24h/24, quel que soit le temps, l’état de la mer et la force du vent. L’intérêt de cette route maritime est de raccourcir le trajet et de passer sous le vent des îles. Si bien que la mer est protégée des bourrasques de l’Atlantique, par les îles qui font écran à la houle du large. Le bateau ne bouge presque pas et les passagers n’ont pas le mal de mer. Et pourtant le vent souffle souvent fort. Passant instantanément de la force 3 Beaufort, annoncée par la météo du bord, à la force 7 ou 8 ! Des phares et balises jalonnent le parcours et les passages difficles © JPD.

A l’extrême Nord du monde habité

Passer le cercle polaire, marcher sur le Cap Nord, approcher la frontière Russe, naviguer sur la mer de Barentz, côtoyer des latitudes extrêmes, voir deux ou trois aurores boréales, est une expérience inoubliable. Du cercle polaire au Cap Nord, le décor devient vraiment grandiose. A Honningsvag et Kirkenes, j’étais vraiment au Nord du monde, de l’Europe habitée, de la civilisation. Au delà, c’était l’Océan Glacial Arctique, puis la banquise et le pôle Nord. La grandeur austère de ces solitudes glacées m’a fortement impressionné.

Que de belles escales, que d’autres oubliées !

Le navire taille inlassablement sa route. Il doit respecter son horaire et s’arrête à toute heure du jour ou de la nuit. Les escales de jour à l’aller ont lieu de nuit, au retour et vice versa. Les escales sont longues ou brèves. Ici on embarque du poisson, là on descend un congélateur, une machine à laver, des caisses de produits alimentaires. Parfois aussi une voiture débarque avec son conducteur au volant. Tout est bien synchronisé, sans heurts, ni cris. Photo Trondheim, escale de charme aux belles  les maisons anciennes © JPD.
Pour les courtes escales d’un quart ou d’une demi heure, le temps d’amarrer le bateau, de biper son badge et de débarquer, il ne reste souvent plus que quelques minutes pour faire le tour du quai et trois photos. En général le bateau est à quai, en plein centre ville. Parfois les ports sont un peu à l’écart des villes. Mais jamais très loin. Ce voyage avec l’Express Côtier c’est d’abord le défilement permanent, le long du bord, de la nature à perte de vue, constamment dans son état sauvage. C’est une suggestion d’infinis montagneux, introuvables ailleurs. Tout au long du trajet, les villes et les villages escaladent les pentes des monts et des collines. Les maisons sont peintes, en rouge sang-de-boeuf, jaune, gris clair et blanc, dans la pure tradition norvégienne, moyen de mettre un peu de lumière sous des cieux gris et bas. Peu de circulation dans les rues encore enneigées et glacées, mais une majorité de breaks et 4x4 cossus. A cette période de l’année, mi-mars, les rues enneigées sont encore dans leur léthargie hivernale. Les belles maisons, la qualité des vêtements, les vitrines et le look agréable des magasins, reflètent un air de prospérité générale. A Trondheim, les vives couleurs des entrepôts se mirent dans l’eau sombre de la rivière, malgré le temps gris. Dans le vieux quartier de Bakkladet, je découvre un charmant petit bistrot, le Dromadaire Kaffebar ou des jeunes gens pressés viennent boire le café du matin. Photos. Aurore boréale à Trondheim. Vision fugitive, difficile à saisir, avec les mouvements du navire et de la mer. Photo © DR. Les rues des villes du nord, sont propres bien dégagées, avec juste un peu de neige, mais un peu désertes © JPD.

L’austère passage du Cercle Polaire

Le passage du Cercle Polaire, quelque part entre Ornes et Nesna est le premier grand moment du trajet. Il est symbolisé par une mappemonde en acier, installée sur un îlot en plein milieu du passage. Le navire se déroute pour passer au plus près, afin de satisfaire les nombreux photographes qui sont à bord. De part et d’autre du navire c’est une succession ininterrompue de sommets blancs. Les pentes proches de la mer sont couvertes de parures de glace provoquées par le vent, la neige et les embruns. Ces montagnes élancées aux parois abruptes qui plongent directement dans la mer on dirait les Alpes, à l’échelle un demi. Elles sont enneigées et glacées avec des dénivelées de 700 à 1000m. Voici le Cervin, le Mont Blanc, l’Eiger. Et cette série de six sommets successifs, me fait penser à la chaîne des Aravis. J’imagine déjà de belles descentes dans la poudreuse ! Photo, le navire se rapproche du globe terrestre qui symbolise le Cercle Polaire.  A l’arrière plan les montagne enneigées. © JPD.

Aurore boréale à bord. Moments imprévisibles et magiques. Mais le navire avance inlassablement et la charme disparait. Photo © DR.

Les aurores boréales sont causées par des vents solaires, en interaction avec l’ionosphère terrestre. Des particules entrent en collision et pour retrouver leur état normal, elles émettent des photons ou particules de lumière donnant les fameuses Northern Lights ou Aurora Boréalis. Elles ne sont pas visibles partout et il faut un ciel clair. La première était immense à grands traits de pinceaux verticaux vert pâle, elle partait de l’horizon jusqu’au dessus de nos têtes. Mais le bateau continuait sa route et le phénomène s’estompa trop vite. Les deux suivantes étaient moins évidentes, d’un blanc laiteux, évoquant la voie lactée.
Bodo, prononcez : bouddha. Quatre rues se coupent à angle droit, une galerie marchande. Au café le Farmers Stue, atmosphère et musique déco. Stamsund. Au moment d’accoster le vent forcit à 8 Beaufort. Rien à voir. Mais nous voici aux Lofoten, un chapelet d’îles qui se succèdent sur plus de 100 km. Ce sont avec leurs sommets de 1000m et leurs ravissants petits ports, autant de lieux de randonnées et de vacances tendance, très prisés des anglo-saxons. Svolvaer, la capitale des Lofoten, a perdu de son charme d’antan. Elle est devenue une station à la mode où sur les quais sont bâtis de beaux hôtels de luxe tout de verre et d’acier avec terrasses et vue sur les chalutiers du port. Par contre cela sent le poisson, car des milliers de morues, étêtées, attachées par deux, sèchent sur des grandes claies en forme de chapiteaux le long de la jetée du port. Photo, Svolvaer, sur le port, le pub, bar à vin, tout en glace ! © JPD

Stockmarkenes, comme son nom l’indique (stock, c’est la morue) est un port de pêche. Je visite le musée d’Hurtigruten, où est retracée toute l’histoire aventureuse de la compagnie et de ses nombreux bateaux successifs. L’un d’entre eux, est posé sur le quai pour la visite. Il neige. J’avais choisi la croisière aller et retour. A l’aller le vent du nord a dégagé le ciel, il a fait beau. Au retour le vent du sud a apporté des perturbations, du ciel gris, de la neige, et des coups de vent. Il faut savoir qu’au delà du cercle polaire, aucune garantie de temps ne peut être donnée, en quelque saison que ce soit. Mais c’était le risque accepté pour cette croisière d’hiver. Le chenal d’accès au port de Risoyhamn est très étroit. Midnatsol avance à moins de 10 nœuds entre les balises bien visibles. Chaque navire d’Hurtigruten embarque ici à son passage des palettes de tourbe de l’île d’Andoy pour les garden center des villes. Harstadt est le quartier général de la prospection pétrolière en mer arctique. Avec son pétrole et son gaz, la Norvège est le 7ème pays le plus riche du monde. En conséquence, la Norvège est devenue l’un des pays les plus chers du monde ! Aujourd’hui c’est jour de manœuvres navales. Une frégate furtive toute blanche est à quai. Un sous-marin pénètre dans le port. Les marins en combinaisons de survie orange fluo s’activent sur le pont.
Remonter le Raftsund de nuit, est un moment intense. Le passage entre les îles d’Hinnoya et d’Austvagoy, est particulièrement étroit et austère, je dirais même hostile. Fort vent de face, violent courant contraire, nuit d’encre : voilà une vraie performance nautique. Ce soir, trop de vent pour entrer dans le fameux Trollfjord, aux parois si resserrées, juste un court arrêt à l’entrée, un coup de projecteurs et le navire repart. Il ne faut pas trop s’attarder là. Photo, les morues sont étêtées et attachées par deux par la queue © JPD
Le Midnatsol accoste à quai, en plein centre ville de Tromso. Les grandes expéditions arctiques sont parties d’ici. Je visite Polaria. Quinze heures trente, c’est l’heure du repas des phoques de l’aquarium. Bien dressés ils font leur show. 130000 visites par an ! Le Polar Museet est installé dans un bâtiment historique, l’ancien entrepôt des douanes. La scénographie, très intéressante, retrace l’histoire des découvertes polaires.
Au retour Midnastol accoste à minuit. Pendant l’escale, je vais boire une Arctic Beer au Rorbua Pub en écoutant deux types jouer de la music country. Skjervoy. Il neige le navire fait juste un touch and go, le temps de charger des palettes et d’embarquer une voiture. Rien à voir, mais je descend quand même à quai ! La Katolskirche Sankt Mikael d’Hammerfest a de touchants vitraux naïfs. A l’opposé de la ville, des post-it exprimant des vœux et des souhaits, sont affichés dans le fond de l’église norvégienne. C’est dimanche, tout les magasins sont fermés ! Honningsvag, sur l’île de Mageroya, est la ville la plus septentrionale de Norvège. Elle est bâtie en amphithéâtre au dessus du port et protégée de la neige par des paravalanches. Les maisons de bois multicolores, sont un vrai plaisir des yeux ! Le village est le point de départ obligé pour le Cap Nord. Photos un chalutier à quai dans la nuit polaire. Escale de nuit, seul ouvert sur le port un pub à l’ambiance folk-rock débridée © JPD.

Nordkapp, en haut de la falaise, la neige vole a l’horizontale

Nordkapp. Nous sommes à 71°10’ de latitude nord, sans doute le point le plus haut où la mer ne gêle jamais. A l’Ouest, la mer de Norvège, à l’Est la mer de Barents. Le Cap Nord est à 31 km de là, sur l’île de Mageroya. Je monte dans le car affrété par Hurtigruten. Il a neigé la veille et c’est en convoi derrière un gros chasse neige que le car passe les derniers kilomètres montagneux avant d’atteindre enfin le promontoire rocheux du cap, à 300m au dessus de la mer. Le lieu est conforme à l’idée que je m’en faisais. Un vent violent souffle en bourrasques. Le sol de rochers et de toundra est gelé, glissant, érodé, caillouteux, rasé, dépouillé… Bref on ne peut plus sauvage ! La neige vole à l’horizontale, cinq minutes après le soleil brille. Et 300mètres plus bas la mer blanchit. Des gens montent sur le socle de la grande mappemonde pour se faire photographier. J’oublie vite le grand centre commercial touristique qui défigure le site et m’en vais flâner sur le promontoire pour ne garder que l’image du grand globe en fer forgé symbole et but ultime de ce voyage. Vadso. Encore un touch and go. Un marin du bord jette la touline, un docker à quai la réceptionne, hale l’aussière, la met sur la bitte d’amarrage. Pas le temps d’amarrer l’arrière, le bateau reste collé à quai en jouant des propulseurs d’étrave et de ses deux hélices arrière. Une manœuvre bien au point. Ainsi il peut repartir plus vite.
Kirkenes est le but ultime du voyage. Au delà c’est la frontière russe. La ville est réputée pour être la plus froide de la côte. Il fait grand soleil et presque chaud – 3°. Sur le sol gelé, d’adorables mamies font leurs courses en glissant sur des petits traîneaux aux patins d’acier. Je flâne parmi les coquettes maisons. Sur le port je visite le superbe magasin de déco Bauhaus, au design très contemporain, de style Ikea/Habitat. Toutes les villes, tous les ports, ont leurs magasins de déco, et d’accessoires de cuisine colorés, très modernes. Les chalets norvégiens sont en bois peints de couleurs vives. Celles des pêcheurs sont souvent bâties sur des promontoires face à l’océan. Tout ici est adapté pour faire face aux rigueurs de l’hiver. Les norvégiens attachent un soin tout particulier à leur intérieur où ils sont obligés de rester plus souvent que nous, à cause du climat. On se sent vite chez soi, car les norvégiens savent accueillir avec convivialité dans des maisons de bois chaleureuses. J’admire ce peuple solide et courageux capable de vivre toute l’année dans cet environnement froid et venté.
Les passagers se précipitent pour visiter le petit fortin de Vardo qui date de 1737 (pas moi). Je flâne dans les rues autour du port, elles sont recouvertes d’une glace très glissante. Puis sur le pont supérieur j’admire le coucher de soleil avec sa lumière froide aux reflets cristallins et paradoxalement si chaleureuse. Le clocher de l’église et le gros radar de l’OTAN – la Russie est toute proche et ici on n’a pas oublié la guerre froide – se dressent comme des signes forts au dessus des maisons multicolores. J’avais prévu de descendre à terre à chaque escale de nuit, pour être honnête, je crois en avoir oublié quelques unes. Photos. L’immense globe terrestre en fer forgé installé sur la falaise au Cap Nord. Honningsvag, village coloré où le bateau accoste et d’où l’on peut rejoindre en bus le Cap Nord. Kirkenes, une vieille dame s’aide de son traineau pour marcher sur la neige gelée. Vadso, on devine au fond les radars de l’OTAN, la russie est juste à côté © JPD.

Une flotte de bateaux taillés pour les mers difficiles

Ce long trajet maritime de 2660 miles nautiques aller et retour se décompose en 33 trajets allant de 24 à 125 miles chacun, effectués à une vitesse moyenne de 15-16 nœuds, réduite à 10 nœuds dans les chenaux et sunds étroits. Trente quatre ports desservis, cela fait autant d’accostages et d’appareillages délicats, surtout pendant les coups de vent. Il faut d’habiles capitaines, des marins expérimentés et de bons bateaux pour naviguer dans ces dangereux parages. Et cela mérite le respect.
La croisière s’effectue dans des conditions de confort et de sécurité maximales. Le Midnastol est court -135m-, trapu, il inspire immédiatement confiance. Dans cette succession d’escales, le bateau n’a jamais cogné à l’accostage. Et j’ai vu des marins inspecter les canots de sauvetage. On sent l’équipage et le bateau prêts à affronter les pires tempêtes de la mer de Barents. Pour le passager que j’étais, c’était aussi le confort total. Tout d’abord, le bateau ne bouge pas et il avance sans bruit. Si bien que que l’on ne se rend même pas compte des arrêts aux escales de nuit. Les aménagements sont cossus à base de bois blond, de marbre et de tissus, dans des camaïeux de beige. Les cabines sont décorées dans le même esprit, avec un petit bureau et une table ronde. Il n’a pas du tout, le kitsch clinquant, des grands paquebots. A bord le petit déjeuner, très nordique et hyper copieux, était déjà un repas complet, avec bien sûr toutes les variétés de poissons marinés ! Les buffets de midi étaient particulièrement agréables à regarder et tester. Le chef était très fort sur les poissons : cabillaud, lieu noir, flétan, omble arctique, saumon etc. A chaque repas nous avions, aussi, des fruits de mer, moules, crevettes, crabes et langoustines. Les desserts étaient somptueux. Les norvégiens sont spécialisés en fruits rouges dont ils sont très gourmands. Le dîner du soir était fin et léger. C’était une excellente cuisine pour un bateau de ligne.
Mais après ces agapes gastronomiques, un peu d’exercice s’imposait. La coursive du pont six, fait intégralement le tour du bateau, c’est bon pour la marche. J’ai même vu une japonaise en faire le tour 20 fois de suite ! Côté exercice, ma meilleure séquence était la suivante : trois quart d’heure de gym et d’étirements, dans la salle de gym, un jacuzzi à 38° en plein air sur le pont supérieur et 10 minutes de sauna en regardant défiler la côte.
A bord nous avons surtout des allemands et des anglais, mais aussi des canadiens, des américains et des autrichiens. « Comme vous le voyez le Midnatsol est complet. Notre concept « Hunting the light », à la recherche de la lumière arctique et des aurores boréales a bien fonctionné ». Nous dit Gina Veronica Matre, chef de la réception. Nous essayons aussi d’avoir un produit 100% norvégien : personnel et produits servis à bord.. La plupart des passagers ne fait que l’aller Bergen-Kirkenes. Mais nous étions quand même quelques uns à faire l’aller et retour. Les marins, les personnels d’accueil, du restaurant et des cabines sont très « pro », prévenants et souriants. Personne, ne parle français, mais on se sent bien à bord. Je suis conscient d’avoir le rare privilège de naviguer agréablement et en sécurité dans des eaux dangereuses et glacées. Photos. Le Midnatsol, en mer nous croisons de nombreux navires, ceux d’Hurtigruten et aussi des navires de guerre en manoeuvre du côté d’Harstadt et des navires techniques liés au pétrole © JPD.

Le Cercle polaire, le Cap Nord,
des lignes mythiques illusoires, mais à l’effet bien réel

Dans cette croisière hivernale je n’étais plus tout à fait dans la nuit polaire et pas encore sous le soleil de minuit. J’ai passé des lignes mythiques, illusoires certes, mais l’effet était là. Je suis allé au nord, là ou s’achève l’Europe, et la vie civilisée, dans des grandeurs austères battues par les vents. Dans les morsures glacées du blizzard. L’impression d’illimité est décuplée par la solitude immense qui domine au delà du cercle polaire, de la démesure de ces côtes montagneuses où ne résistent que quelque rares habitations isolées. En fait, les conditions hivernales étaient bien telles que je les avais imaginées. L’isolement était total : ni tv, ni radio, ni presse, ni annonces en français. Le choix de l’hiver était volontaire, et le dépaysement absolument total. Voilà pourquoi cette croisière exerce sur les esprits tant de fascination et d’inquiétudes.

Les trains de Bergen et de Flam
Deux lignes de montagne réputées, pour les amateurs de trains

Pour aller prendre l’Express Côtier à Bergen j’avais deux solutions. Arriver directement à Bergen en avion, ou traverser la Norvège d’Est en Ouest par le train. La ligne d’Oslo à Bergen est connue des amateurs de voyages en train, comme une des dix lignes mythiques à ne pas manquer. Et le train de Flam est une ligne secondaire à la pente unique en Europe ! Photo, la ligne du train Oslo-Bergen, un parcours de montagne tout en neige © JPD.

Des plateaux ventés, aux allures déjà polaires
Hauts lieux du ski nordique norvégien

Huit heures onze, le train rouge s’ébranle. Il traverse la campagne encore endormie, où se dressent au milieu des champs de belles maisons rouges ou blanches. J’aperçois de ravissants cabin, des bungalows de vacances au bord du grand lac gelé de Tyrifjordet. Puis la voie commence insensiblement à monter sur le plateau. Elle longe, sur des dizaines de km, le lac gelé de Kröderen, en contrebas. De belles jeunes filles aux yeux bleus viennent s’installer en face de moi. Elles sont en basket et pantalon de survêtement, malgré les 0°. Dans le wagon, les hommes sont en T-shirt, bras nus. Belle adaptation au froid ! Puis le train arrive à son altitude maximum Finse 1222m, il va rester sur le plateau jusqu’à Myrdal 866m. En ces, hautes, latitudes, l’altitude de 1000m correspond à peu près à 2500m chez nous. De la neige partout, mais soufflée. La voie est protégée par des tunnels qui font une protection contre les congères et les avalanches. Ce plateau dénudé a des allures déjà polaires. Les petites stations de ski de Gol 1207m, Gerlo 794m et Ustaoset 1000m, se succèdent. Attention, pas de téléski, ni de dameuse pour faire une trace. Les skis, intermédiaires entre skis de fond et skis alpins, ont des carres et les norvégiens utilisent avec de grosses chaussures en cuir noir à bouts carrés ! Ce sont les skis traditionnels de randonnée. Ils traversent les lacs gelés, vont et viennent sur les rondeurs dénudées du plateau. Un vieil homme chausse ses skis sur le quai de la gare. Arrêt suivant, toute la famille arrive en skis sur le quai !

En train, sur la pente la plus raide d’Europe

J’ai pris la fameuse excursion « Norway in a nutshell », l’essentiel de la Norvège. A Myrdal, je monte dans le fameux train de Flam. Cette ligne secondaire descend en une vingtaine de km, de Myrdal 866m jusqu’à la mer d’Aurlandfjord. La pente est réputée la plus raide d’Europe pour une ligne à écartement normal! La voie est accrochée aux parois verticales d’une vallée glaciaire en « U » d’où descendent de hautes cascades de glace. Vingt tunnels furent creusés dans le rocher entre 1940 et 1944. Le décor est spectaculaire, les passagers sont scotchés aux vitres de la voiture. Après une descente haletante, le vieux train arrive au bord du fjord.

Puis découverte en ferry, dans trois célèbres fjords

A Flam, le ferry accosté au quai du train attend les voyageurs. Une mini, mais superbe croisière me fait découvrir Aurlandfjord, puis un tronçon du Sognefjord, le plus long de Norvège avec ses 200 km ! Le ferry passe devant l’église en bois debout d’Undredal bâtie en 1147. La remontée du troisième, l’étroit Naeroyfjord, face au soleil couchant est absolument superbe. Des cascades, dégringolent dans une mer couverte d’un léger voile de glace, que le bateau brise en grandes plaques transparentes comme du verre. Il est dominé par un sommets de 1660m. Ce fjord, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco est aussi classé « premier fjord » par le National Geographic Traveller Magazine. A Gudvangen, un bus nous emmène, à travers une route de campagne jusqu’à Voss. Ici le décor est gai, les fermes sont en bois couleur rouge sang-de-boeuf Beauvallon-Voss est une station de ski alpin, on voit les pistes depuis la route. A Voss, le lokal tog, (TER), nous conduit à Bergen. Il est 20h34. Cette longue traversée de la Norvège d’Est en Ouest, est un parfait résumé de la Norvège. Bergen, le spectaculaire quai et les maisons anciennes des marchands de la ligue hanséatique. La ville mérite un jour d’étape supplémentaire.  © JPD  

Infos & Liens

Hurtigruten. Deux nouveaux navires hybrides. En 2019 et 2020 Hurtigruten inaugurera deux nouveaux navires : le MS Roald Amundsen et le MS Fridtjof Nansen. Ces derniers comptent d’ores et déjà parmi les paquebots les plus perfectionnés, les plus sûrs et les plus respectueux de l’environnement. En effet, ils sont les premiers navires d’exploration hybrides au monde. Ces deux bateaux navigueront vers le passage du Nord-Ouest, le Spitzberg, le Groenland, l’Alaska, l’Antarctique, les Îles Malouines, l’Amérique du Sud et les Fjords chiliens de même que le long de la côte norvégienne. Grâce à leur nouveau système de propulsion électrique, leur consommation de carburant sera réduite de l’ordre de 20 %. Dorénavant, les voyageurs navigueront dans le silence au cœur d’une nature vierge, une douceur et un respect de l’environnement inédit. C’est une expérience incroyable et une grande avancée vers des voyages durables.
Des croisières d’exploration : Antarctique, Islande & Groenland, Alaska & Canada, passage du Nord-Ouest et Amérique du Sud. Et toujours l’Express Côtier de Bergen à Kirkenes, en passant par le Cap Nord. Renseignements  01.58.30.86.86 et en agence de voyages. Web :  www.hurtigruten.fr.