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LYON 10 ans

N°30 Automne-Hiver 2018/19
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10 ans d’art et de culture

2008 / 2018 Lyon-Newsletter.com a 10 ans.
Nous avons demandé aux dirigeants des grandes institutions culturelles
de Lyon de nous livrer leurs impressions sur cette dense période.

Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-Arts et du pôle museal. Un mécénat très actif. Des acquisitions d’oeuvres de N. Poussin, J-H.Fragonard, A-D. Ingres, P. Soulages. Des expositions internationales à Shangaï et Mexico.

Il y a dix ans, le musée des Beaux-Arts de Lyon acquérait pour la première fois une œuvre exceptionnelle dans le cadre d’une opération de mécénat inédite. Il s’agissait de La Fuite en Egypte (1657) de Nicolas Poussin dont l’acquisition, pour 17 millions d’euros, avait été possible grâce à l’engagement de 17 entreprises mécènes et des institutions publiques. Certaines de ces entreprises voulaient poursuivre cette aventure collective et fondèrent le Club du musée Saint-Pierre. Le Cercle Poussin fut créé en 2010, sous l’égide de la fondation Bullukian, pour les mécènes particuliers. Depuis, les collections du musée n’ont cessé de s’enrichir avec les œuvres de grands noms tels que Corneille de Lyon, Nicolas Poussin à nouveau, Jean-Honoré Fragonard, Jean Auguste Dominique Ingres, Joseph Cornell et Pierre Soulages.
L’évolution significative des collections allait s’accompagner d’un développement du musée au niveau international avec en 2010 l’exposition Le corps image, 1870 – 2005, présentée au Musée d’art de Shanghai à l’occasion de l’exposition universelle, puis en 2012 avec l’exposition 20th Century Masters: The Human Figure montrée à Johannesburg dans le cadre des saisons croisées France-Afrique du Sud. Les collaborations internationales du musée ont permis de présenter des expositions exceptionnelles comme en 2016 Autoportraits, de Rembrandt au selfie, coproduite avec les grands musées européens que sont la Kunsthalle de Karlsruhe et la Scottish National Gallery d’Edimbourg. L’exposition Los Modernos a été montrée à Lyon en 2017 après une étape au Museo National de Arte de Mexico et au Museo de las Artes-universidad de Guadalajara.
Parallèlement au développement économique et géographique, les équipes du musée réservent une attention particulière au public en développant une offre originale et exigeante, construite en partie avec des partenaires culturels du monde de la danse, du théâtre, de la littérature. Cette offre s’adapte aux nouvelles pratiques des visiteurs comme le montrent une programmation riche et variée et le développement de nouveaux outils numériques.
Le musée écrit aujourd’hui une nouvelle page de son histoire avec la création du pôle muséal qui réunit le musée d’Art Contemporain et le musée des Beaux-Arts. Il présente la collection d’art la plus importante en dehors de Paris, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Cette collection, aussi variée soit-elle, permet désormais de croiser les regards, d’instaurer un dialogue entre le passé et le présent et de constituer une source d’inspiration pour les jeunes artistes. Les deux institutions devraient encore gagner en visibilité sur la scène internationale. Photos Sylvie ramond © Siegfried Marque. Le musée la nuit © Musée des Beaux Arts de Lyon © Corentin Mossière.

Jean-Pierre Jourdain, directeur artistique.
C’est Victor Hugo qui le premier, à eu l’idée du TNP !

Que s’est-il passé ces dernières années au TNP ?
Jean-Pierre Jourdain, directeur artistique du TNP nous répond avec un bref rappel historique. L’idée du TNP est de Victor Hugo : « Bienheureux celui qui ouvrirait un théâtre national populaire ». L’agrégé à côté de l’ouvrier, la secrétaire à côté du chef d’entreprise. Un mélange social et un mélange d’âges. Et un prix des places bas.

Le TNP a été crée à Paris au Palais de Chaillot. Il a été ouvert avec Firmin Gémier, le 11 novembre 1920. De Mai 68, est née l’idée de la décentralisation. Il a donc été installé en 1972 à Villeurbanne. Il est devenu un des symboles de la décentralisation culturelle. Jean Vilar, puis Roger Planchon ont donné ses lettres de noblesse au TNP.  Le nouveau  TNP a réouvert, après trois ans de travaux, le 11 novembre 2011. La pièce était Ruy Blas en hommage à Victor Hugo.
Les architectes ont conservé la façade classée des années 30. Mais à l’intérieur, il en ont fait l’un des plus beaux théâtre de France. La grande salle Roger Planchon. La salle Jean Bouise, la salle Jean Vilar. La salle Laurent Terzieff (répétitions ou public) et  la salle Maria Casares (répétitions).
Une immense scène, de très hauts cintres motorisés, du double ou triple volume de la scène !  Un atelier costumes et un atelier décors. Sans oublier le superbe foyer Firmin Gémier, dont les murs sont couverts de photos d’acteurs célèbres, qui rappellent les grands moments du TNP. Sur les murs du théâtre,  400 panneaux permanents expliquant le parcours du TNP. Et  une superbe brasserie.
Jean-Pierre Jourdain poursuit. Notre affirmation : donner la première place à la poésie, au texte, à la diction. Nous installons l’avenir avec des artistes fidèles qui sont venus ou reviennent régulièrement : Michel Vinaver, Aimé Césaire, Joel Pommerat, Wadji Mouawad, Valère Novarina.
Nous voulons aussi promouvoir la langue française.  La Jeanne de Delteil, qui fit une tournée dans une trentaine de villes, puis au Maroc, un Molière de Tréteaux au quatre pièces et même en Corée ! Le Graal Théâtre… Le berceau de la langue, avec Les Langagières. Etc… Et en 2020 ce sera le centenaire du TNP ! Photo Jean-Pierre Jourdain  © Christian Ganet. Théâtre © JPD.

Thierry Raspail,
Lyon, une offre culturelle absolument formidable

Quels sont les grands moments du MAC de 2008 à 2018 ?
L’année 2008 ouvre avec la 1ère rétrospective européenne de Keith Harring. C’est la redécouverte des années 80, du graff et du grunge, et c’est un immense succès populaire (plus de 175000 visiteurs). Le musėe soutient alors la création sous toutes ses formes : Robert Combas, le peintre qui ne s’arrête jamais, installe son atelier dans le musėe, et donne un concert rock hebdomadaire. C’est le moment où le musėe célèbre le centenaire de John Cage, avec ses hommages à Erik  Satie, une tout autre musique… Jan Fabre dans une performance délirante et unique, qui attire Poulidor et Eddy Mercks, essaie de battre le record du monde de l’heure à vélo…. A la suite de quoi, l’artiste donne au musée toutes ses performances filmées,  faisant du musée une référence en matière d’art et d’humour Belge… Puis Yoko Ono, formidable artiste, mais toujours suspecte en France a cause de ses liens avec John Lennon et les Beatles, réalise sa plus belle rétrospective, unique, poétique. Généreuse, elle donne 3 œuvres majeures au musée. Ce qui ,exprimé en terme de marché, équivaut à quelques zéros derrière le 1er chiffre… C’est au cours de cette décennie que le musée, et c’est unique en France, présente les scènes artistiques non européennes : Chine, Asie de sud-Est, Inde, Brésil( l’expo circule dans le monde jusqu’à Doha et Sao Polo)…
Les années en 8 ont toujours étaient remarquables pour le Mac. En 88 le succès de « La Couleur Seule » de Monet et Malevich a Kapoor, permettait  la création de la Biennale: en 98, Laurie Anderson acceptait de faire à Lyon sa 1ère rétrospective qui circulera jusqu’au Japon… Évoquons un peu avant, Louise Bourgeois et sa 1ère rétrospective en 90 en France, à Lyon, alors qu’elle est au mieux inconnue (quand elle est connue elle est méprisée)….. et que Paris découvrira 5 ans plus tard. Aujourd’hui c’est une héroïne… N’oublions pas cet Hommage des grands chefs de la région ( Troisgros,Viannay, Alexanian…) à une œuvre  créée par Vim  Delvoye, qui imaginent  des plats spécialement crées  pour elle (heureusement partagées avec le public).
Mais ce qui est frappant dans ces années, outre le travail de sensibilisation que nous accomplissons auprès de tous les publics, c’est l’accroissement considérable du public jeune, la génération internet, de 16 a 26 ans, qui se passionne pour l’art contemporain (45 à 48% de notre public). Photos Thierry Raspail © Blaise Adilon. Wang du. World Markets devant l’entrée du MAC au fond © JPD

J’avais imaginé, en créant Lyon-Newsletter.com en 2008, que Lyon allait devenir une place européenne de premier plan. Qu’en pensez-vous ?
Ce qui frappe à Lyon, et qui n’est pas toujours vu par les lyonnais eux même, c’est l’offre culturelle absolument formidable qui couvre tous les champs de la création, de la musique ( electro, baroque, savante, contemporaine ) au théâtre, littérature, cinéma, arts visuels, opéra….et qu’à l’exception de la capitale, (qui compte beaucoup d’institutions nationales), on ne retrouve dans aucune autre métropole française… Mais la compétition est rude, notamment en matière d’art contemporain, avec Paris, bien sur, et avec le sud, Montpellier et Arles, entre autres et plus largement avec toutes les fondations privées qui tendent à déplacer le centre de l’attention vers la Méditerranée….

Hélène Lafont-Couturier
Confluences, le musée le plus visité de France*
Des expositions temporaires à succès

Rappelons aux lecteurs le cheminement muséal depuis l’idée, le concept, la construction, jusqu’à l’inauguration ?
Hélène Lafont-Couturier, directrice du musée des Confluences. Le projet du musée des Confluences s’est construit à partir de ses collections extraordinaires, héritées du musée Guimet d’histoire naturelle. Ce musée situé boulevard des Belges ne permettait plus de présenter ces collections, tant en termes d’accueil des publics que sur le plan de la muséographie, il fut fermé en 2001. Porté par le Département du Rhône, un nouveau projet fut alors conçu avec le soutien d’un groupe d’experts issus des milieux scientifiques, culturels, économiques et institutionnels. En parallèle, l’agence autrichienne Coop Himmelb(l)au réalisait l’architecture monumentale et inédite du musée.  Ouvert en décembre 2014 et aujourd’hui soutenu par le Métropole de Lyon, le musée, son architecture, sa programmation, ont très rapidement rencontré le public. Photo Hélène Lafont-Couturier © Henri Grandjean.

Le musée, selon vous, correspond-il à l’idée de départ, aux objectifs ?
Oui, le public est présent et revient au-delà des études prévisionnelles. Le musée visait par ses expositions et sa programmation à raconter les grandes aventures humaines, à susciter la curiosité par l’émerveillement. 4 ans après son ouverture, le parcours permanent est toujours autant visité et garde l’équilibre avec une offre d’expositions temporaires diversifiée et renouvelée. Photo musée  © JPD.

Avez-vous rajouté des types d’expositions, des animations, des activités en plus ?
Le musée a rapidement tissé des liens avec les autres acteurs culturels du territoire. Nous sommes aussi entrés dans la programmation des Journées du Patrimoine ou de la Fête de la Science par exemple. En parallèle, la baisse des budgets depuis l’ouverture nous a amené à rationaliser différemment la production de nos expositions, tout en gardant une offre équilibrée et renouvelée de 4 à 5 expositions par an.

Combien de visiteurs/an actuels. Quelle position parmi les autres musées de France ?
En 2017, le musée a accueilli près de 725 000 visiteurs. 4 ans après l’ouverture, ce sont 3 millions de personnes qui auront visité le musée. C’est le musée le plus fréquenté de France, hors-Paris.

Quels ont été pour vous les grands moments, les grandes expositions depuis le début ?
Parmi les 4 à 5 expositions ouvertes chaque année, « Antarctica », « Venenum » et aujourd’hui « Hugo Pratt » ont été les expositions les plus plébiscitées. Nous recevons aussi des retours enthousiastes du public, fidèle aux rendez-vous de la programmation « Vibrations du monde » : plusieurs fois par an, chaque spectacle est une rencontre avec des artistes, à la fois porteurs de cultures traditionnels et acteurs de la scène contemporaine. Ce sont des moments uniques. *Hors Paris.


Infos & Liens

La Biennale de Lyon. www.labiennaledelyon.com
Musée des Confluences. 86, quai Perrache 69002 Lyon 04 28 38 12 12 – www.museedesconfluences.fr
Musée des Beaux-Arts (MBA). www.mba-lyon.fr
Musée d’art contemporain (MAC). Cité Internationale – www.mac-lyon.com
Institut d’Art Contemporain (IAC). Villeurbanne  – www.i-art-c.org
Musées Gallo-Romains de Lyon et Saint-Romain-en-Gal – www.musees-gallo-romains.com
Gadagne Musées – www.gadagne.musees.lyon.fr
Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique. 13 rue de la Poullaillerie 69002 Lyon – 04 78 37 65 98  – www.imprimerie.lyon.fr
Musées des Tissus et Musée des Arts décoratifs de Lyon – 34 rue de la Charité F-69002 Lyon – 04 78 38 42 00 – www.mtmad.fr
Musée de l’Automobile Henri Malartre 645, rue du Musée 69270 Rochetaillée 04 78 22 18 80 – musee.malartre@mairie-lyon.frwww.musee-malartre.com