Musique-OpEra

Les concerts et spectacles de décembre, janvier, février, mars

Les chroniques du musicologue Patrick Favre Tissot Bonvoisin 

 

Décembre

 

L'Amérique de Leonard Slatkin II
Concert symphonique. Un large panorama de la musique du XX° siècle. Entre avant garde et Harlem. Au programm e : Ned Rorem, Leonard Bernstein et sa Deuxième Symphonie, Charles Ives, Cindy Mc Tee, George Gershwin et Duke Ellington. Orchestre national de Lyon, Leonard Slatkin, direction. Avec le Big Band de la Musique de l'Air et James Tocco, piano. Auditorium les 1er et 3 décembre
 


Carmen et Carmina Burana contés par Eve Ruggieri

En Première partie “Carmen Suite” de Georges Bizet. L'histoire relate la rencontre à Seville de Carmen une bohémiène sensuelle et du militaire Don José. Follement amoureux, le brigadier deviendra pour sa maîtresse contrebandier, bandit et assassin. Et quand il croit posséder entièrement Carmen, celle-ci lui annonce qu'elle préfère mourir libre que de suivre son amant. Fou de douleur et de haine, Don José la poignarde.
En seconde partie “Carmina Burana”. Orchestre, chœur et ballet. Carmina Burana est une œuvre composée en 1935-1936 par Carl Orff sur des poèmes médiévaux trouvés par hasard en 1803 dans l’Abbaye de Benedikbeuern. Il s’agit de textes rédigés entre 1225 et 1250 formant un recueil de chants religieux et profanes. Les langues employées pour cette réalisation de différentes pièces d’inspirations très diverses sont le français, l’allemand et le latin. L’ouvrage de Carl Orff, organisé en plusieurs parties dont la plus célèbre est "Ô Fortuna" a immédiatement connu un immense succès. L’originalité et la fougue de cet ouvrage l’ont rendu très populaire. Halle Tony Garnier le 5 décembre


 

L'Amérique de Leonard Slatkin III
Concert symphonique. Suite et fin de la passionnante série américaine du nouveau directeur musiacal de l'ONL, mais un peu plus classique cette fois. Au programme Elliott Carter, Samuel Barber, John Corigliano et son concerto commandé par James Galway qui le joue pour nous. Orchestre national de Lyon, Leonard Slatkin, direction. Sir James Galway, la star irlandaise de la flûte mondiale. Auditorium les 8 et 10 décembre


Pastorale de Noël
De Marc Antoine Charpentier. Le Concert de l'Hostel Dieu, choeur et ensemble instrumental. Franck-Emmanuel Comte, clavecin, orgue et direction. Temple Lanterne les 6, 7 et 11 décembre. Découvrir des musiques méconnues, jouées dans lieux oubliés sur des instruments anciens, tel est le positionnement original du Concert de l'Hostel Dieu. Et musique ancienne, ne rime pas forcément avec sérieux ou tristesse. La Pastorale de Noël de Marc-Antoine Charpentier était enjouée et tonique. Les Noëls populaires du XVIII°s. étaient vifs et gais. D'autant plus que Franck-Emmanuel Comte, avait fait le pari osé, pour ce Noël des Rois Mages : "Gaspard, Melchior et les autres", d'inviter deux musiciens d'Orient, l'un marocain et l'autre syrien. Les sonorités orientales se mariaient parfaitement à la musique de Charpentier. Une mise en scène pertinente, nous a fait découvrir le plus ancien temple de Lyon. La quinzaine de chanteurs, à tour de rôle, solistes ou choeurs, se jouaient des différents niveaux se déplaçant du choeur à la galerie, revenant en avant scène, bref ce fût un spectacle très vivant. Et rare bonheur tout était chanté en français ! Heather Newshouse, Marie Remandet et Antoine Saint-Espes ont fait résonner leurs belles voix, parfaitement dirigés par Franck-Emmanuel Comte au clavecin et à l'orgue. Cette soirée du 6 décembre fût une surprise et un enchantement plébiscité par le public. JPD.

 

Trio Wanderer
Liszt, Grieg, Franck, Smetana, une belle programmation pour ce trio qui fait le tour du monde. Ecully Musical. Maison de la Rencontre à Ecully le 15 décembre

 

West Side Story
Une version unique du mythique West Side Story de Leonard Bernstein adaptée par les Percussions Claviers de Lyon mise en espace par Jean Lacornerie connaisseur amoureux de la comédie musicale américaine. Soliste de Lyon-Bernard Tétu. Percussiosn Claviers de Lyon. Piano : Sebastien Jourdan. Arrangements, Gérard Lecointe. West Side Story urbaine et contemporaine. Jean Lacornerie, le nouveau directeur du Théâtre de la Croix-Rousse a réussi avec West Side Story et pour son premier spectacle, une belle performance esthétique et musicale. A partir d'une version tout-à-fait particulière de l'oeuvre originale, approuvée par Bernstein lui même, Les Percussions de Lyon et les Solistes de Lyon-Bernard Tétu, ont réalisé une belle version visuelle et urbaine. Les textes et images sont projetés sur un rideau métallique composées de chainettes, à travers lequel on voit les musiciens et les chanteurs. Les textes et les images projetés sur cet écran improvisé prennent une belle allure argentée. En arrière scène un second rideau identique reproduit et déforme les mêmes images. Tout cela contribue à créer une ambiance urbaine assez réaliste. Avec les percussions et le piano, l'oeuvre prend une dimension symphonique. Les quatre chanteurs solistes qui s'expriment an américain des rues sont excellents. Et comme c'est traduit, on comprend tout... Ou presque ! On reconnait au passage les fameux airs : Maria, America, Pretty, Tonight. Ces formidables mélodies musicales sont de purs moment de bonheur ! JPD
Théâtre de la Croix-Rousse du 14 décembre au 7 janvier

 
Oratorio de Noël
Concert symphonique. Johann Sebastian Bach et son fameux oratorio de Noël. Tom Koopmann, revient à Lyon pour la 3° fois, avec le choeur qu'il a fondé à Amsterdam et ses habituels complices vocaux. Orchestre national de Lyon, choeur baroque d'Amsterdam. Tom Koopman, direction. Auditorium les 15, 16 et 17 décembre
Tom Koopman © Marco Borgreve
 
 
Concerts du Nouvel An, avec feu d'artifice
Un concert qui va vous emmener avec l'ONL, sur les terrasses du château de Versailles pour une soirée de fête avec un feu d'artifice final. Orchestre national de Lyon,Leonard Slatkin, direction
Auditorium les 29, 30 et 31 décembre et 1er janvier


Gala du Nouvel An
Difficile de célébrer le Nouvel An sans la musique joyeuse, alerte et sentimentale de Johann Strauss. A l'Opéra de Lyon, Véronique Gens prête sa classe et son talent aux brillantes héroïnes de Strauss. Au programme des extraits du Baron Tzigane, de la Chauve-Souris et d'une Nuit à Venise.
Direction musicale par le chef autricien Leopold Hager. Orchestre de l'Opéra de Lyon. Opéra les 31 décembre et 1er janvier

Janvier


Voyage en Fantaisie / Festival French Kiss

Concert symphonique. Charles Koechlin Les Bandar-Log (scherzo des singes), op. 176. Hector Berlioz Les Nuits d’été, op. 7. Érik Satie Parade, ballet réaliste sur un thème de Jean Cocteau. Arthur Honegger Trois Mouvements symphoniques (Pacific 231, Rugby, Mouvement n° 3). Orchestre national de Lyon. Nathalie Stutzmann, contralto. Ilan Volkov, direction
Auditorium les 19 et 21 janvier.

 

Requiem de Fauré / Festival French Kiss

Concert symphonique.Francis Poulenc Stabat Mater
Gabriel Fauré Requiem op. 48 (version de 1900 pour grand orchestre). Orchestre national de Lyon. Choeur Orfeón Donostiarra de San Sebastián. Patricia Petitbon, soprano. Lionel Lhote, baryton. Josep Pons, direction.
Auditorium les 27 et 28 janvier.

 

Douce et Barbe-Bleue

Conte musical en forme d’opéra. Isabelle Aboulker. A partir de 8 ans. 2002. Livret de Christian Emery, d’après Barbe-Bleue, conte de Charles Perrault. Production de l'Opéra de Lyon. L’opéra est aussi une belle manière de raconter des histoires… Isabelle Aboulker nous fait redécouvrir le conte de Perrault, Barbe-Bleue, au travers de ses notes, d’une musique toujours sensible, mais sans pour autant édulcorer la fin de l’histoire.
Un conte musical étonnant et inspiré, écrit pour les enfants.
Douce et Barbe- Bleue – dont le livret a été écrit par Christian Emery – est une adaptation originale et audacieuse du conte de Perrault. La fin de l’histoire est différente, dramatique. Elle permet à Isabelle Aboulker d’utiliser des intensités et des richesses musicales d’une grande beauté. Opéra du 11 au 14 Janvier


Janvier/Février

 

Opéra Festival Puccini Plus

Il Tabarro / Von Heute auf Morgen
Opéra en un acte, 1918 de Giacomo Puccini. Arnold Schoenberg. Il Tabarro (La Houppelande). Giacomo Puccini. Livret de Giuseppe Adami d’après La Houppelande, pièce de Didier Gold. En italien. Cela se passe à Paris, sur une péniche et les quais de Seine, dans un milieu pittoresque et un peu interlope – et où l’on chante beaucoup. La différence d’âge n’est pas le seul obstacle ayant éloigné Giorgetta de son époux marinier Michele ; des regrets, des frustrations plus secrets les hantent. © Stofleth.

Opéra du 27 Janvier au 10 Février 2012
 

Suor Angelica (Sœur Angélique)
Opéra en un acte, 1918 de Giacomo Puccini. Paul Hindemith. Nouvelles productions. Enregistré par France Musique. Livret de Giovacchino Forzano. Direction musicale : Lothar Koenigs. Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l'Opéra de Lyon. Chanté en italien.
Dans un couvent, des religieuses débattent des désirs refoulés. Suor Angelica feint de les ignorer, mais ses compagnes savent qu’orpheline, elle a été enfermée par la volonté de sa famille, pour avoir commis le péché de chair, et enfanté. Voici qu’une riche visiteuse va enfin donner à Angelica des nouvelles du monde, attendues depuis sept ans...

Sancta Susanna (Sainte Suzanne)

Opéra en un acte, 1922. Paul Hindemith. Livret de August Albert Bernhard Stramm. Direction musicale : Lothar Koenigs Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l'Opéra de Lyon. Chanté en allemand. Mise en scène David Poutney (en photo) © Karl Foster.
Accompagnée d’une vieille religieuse, Susanna savoure les douceurs d’une nuit d’été, et surprend les ébats d’un couple. Fascinée autant que révoltée, la jeune sœur convoque les amoureux et les maudit. Mais l’église du couvent est un lieu étrange : sa compagne lui raconte le scandale qui s’y est produit, une femme dénudée ayant osé caresser l’effigie du Christ. Susanna croit entendre la voix de la pécheresse – qui a été emmurée vive – et au comble de l’hystérie, arrachant le voile dont on a couvert l’effigie du Sauveur, elle aussi succombe au désir... Opéra du 28 Janvier au 9 Février 

Gianni Schicchi : Une tragédie florentine

Opéra en un acte, 1918 de Giacomo Puccini. Alexander von Zemlinsky. Nouvelle Production. Livret de Giovacchino Forzano. Chanté en italien. Direction musicale : Lothar Koenigs. Orchestre et Maîtrise de l'Opéra de Lyon . L’histoire : Le riche Buoso Donati vient de mourir et sa famille espère bien mettre la main sur sa fortune, or le testament reste introuvable. L’ingénieux Gianni Schicchi le découvre, mais la déception est de taille, car c’est à un ordre religieux qu’a été destiné l’héritage. Encore une fois on recourt donc à Schicchi, lequel imagine de se faire passer pour Donati agonisant – dont le décès ne s’est pas encore ébruité – et de leurrer d’abord son médecin, puis son notaire...
Opéra du 29 Janvier au 8 Février

Il Trittico
Le Tryptique de Giacomo Puccini. Est la réunion en une seule soirée des trois opéras cités ci-dessus. Il Tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi. Trois soirées seulement mais de 4 heures chacune !
Opéra du 3 au 13 Février

 

Le Retour d'Emmanuel Krivine à Lyon / Festival French Kiss

Concert symphonique. Pierre-Octave Ferroud Foules. Édouard Lalo Concerto pour violoncelle en ré min. Maurice Ravel Daphnis et Chloé, suites nos 1 et 2. Orchestre national de Lyon
Choeur Britten. Anne Gastinel, violoncelle. Emmanuel Krivine, direction. Auditorium les 2, 4 et 5 février

Série Classique (III) / Festival French Kiss

Concert symphonique. Joseph Haydn Symphonie n° 96, en ré majeur, Hob.I/96, «Miracle»
Felix Mendelssohn Bartholdy Concerto pour piano n° 1, en sol mineur, op. 25. Charles Gounod Symphonie n° 2, en mi bémol majeur. Orchestre national de Lyon. Bertrand Chamayou, piano. Sir Neville Marriner, direction
Auditorium le 9 février

Mars

 

Parsifal de Richard Wagner

Festival scénique sacré (Bühnenweihfestspiel) en trois actes, 1882
Livret du compositeur. En allemand. Parsifal n’a pas été représenté à Lyon depuis 35 ans… Cette nouvelle production sera l’occasion pour toute une génération de découvrir sur scène l’ultime chef-d’oeuvre de Wagner. Durée du spectacle 5h30 environ. Direction musicale : Kazushi Ono . Mise en scène : François Girard. Orchestre et Chœurs de l'Opéra de Lyon
Montsalvat : c’est le domaine des chevaliers qui veillent sur deux reliques sacrées du Christ : le Graal, coupe qu’il a utilisée pour son dernier repas avec les apôtres ; la Lance sacrée, celle de l’officier romain qui transperça son flanc.
Amfortas, roi-prêtre de Montsalvat, souffre d’une inguérissable blessure depuis qu’il a perdu la Lance en défiant le magicien Klingsor. Tant que le Graal et la Lance ne seront pas réunis, Montsalvat vivra dans l’incomplétude, Amfortas dans la souffrance, sa blessure ne s’arrêtera pas de saigner. Or une prophétie céleste a annoncé que la Lance ne serait reprise que par un innocent, un pur. Ce sera Parsifal...
Nouvelle production. En coproduction avec le Metropolitan Opera de New York et la Canadian, Opera Company. Opéra du 6 au 25 mars

Terre et Cendres
Opéra en 4 actes, 2012. Création mondialeJérôme Combier et Atiq Rahimi. Livret d'Atiq Rahimi, d’après Terre et Cendres, roman d’Atiq Rahimi. En français. Direction musicale : Philippe Forget . Mise en scène : Yoshi Oida. Ensemble choral et instrumental de l'Opéra de Lyon. Terre et cendres est inspiré par le roman d’Atiq Rahimi. Prix Goncourt 2008 pour Syngue Sabour, Pierre de patience, Atiq Rahimi signe le livret de cette œuvre nouvelle.
Afghanistan, 1977. La télévision vient d’être installée. Une rivière asséchée, sur un pont presque démoli, Dastaguir, un vieil homme avec son petit-fils, Yassin. Un chemin menant à une mine où Dastaguir doit aller pour voir son fils – le père du petit – et lui annoncer que leur village a été bombardé, leur famille tuée ; la mère du petit, toute nue au hammam lors du bombardement, s’est jetée dans le feu… Le fracas des bombes a rendu Yassin sourd. Mais il ne s’en rend pas compte, il croit que c’est le monde qui est devenu muet. Dastaguir, déchiré entre sa peine, sa solitude et les codes de l’honneur ancrés en lui, se demande s’il doit pousser son fils à la vengeance ou dépasser le deuil avec lui. Sur la route, il va rencontrer différents personnages : un gardien mal luné, un marchand philosophe, un chauffeur de camion jovial…
Production Opéra de Lyon, coréalisation Théâtre de la Croix-Rousse.
Théâtre de la Croix-Rousse du 10 au 21 Mars

 

Biennale Musiques en Scène (I)

Concert symphonique. Jérôme Combier Ruins (commande de l’ONL, création mondiale). Michael Jarrell Concerto pour violoncelle (création française, co-commande de l’ONL)
Johannes Maria Staud Über trügerische Stadtpläne und die Versuchungen der Winternächte, Dichotomie II pour quatuor à cordes et orchestre. Henri Dutilleux Métaboles. Orchestre national de Lyon. Jean-Guihen Queyras, violoncelle. Quatuor Arditti. Pascal Rophé, direction. Auditorium le 1er mars

 

Eroica

Concert symphonique.. Modest Moussorgski Prélude de Khovanchtchina, orchestré par D. Chostakovitch. Dmitri Chostakovitch Concerto pour piano n° 1, op. 35. Ludwig van Beethoven Symphonie n° 3, en mi bémol, op. 55, «Eroica». Orchestre national de Lyon. Olga Kern, piano. Christian Léger, trompette. Leonard Slatkin, direction
Auditorium les 8 et 10 mars


La 4e de Brahms
Concert symphonique. Otto Nicolai Ouverture des Joyeuses Commères de Windsor. Robert Schumann Concerto pour piano en la mineur, op. 54. Johannes Brahms Symphonie n° 4, en mi mineur, op. 98. Orchestre national de Lyon. Christian Zacharias, piano et direction.
Auditorium les 15, 17 et 18 mars

 

Série Classique (IV)
Concert symphonique. Benjamin Britten Sérénade pour ténor, cor et cordes op. 31. Peter Maxwell Davies An Orkney Wedding, With Sunrise, pour cornemuse et orchestre, op. 120a
Felix Mendelssohn Bartholdy Symphonie n° 3, en la mineur, op. 56, «Écossaise». Orchestre national de Lyon. Robert Murray, ténor. Guillaume Tétu, cor. Paul McCreesh, direction. Auditorium le 22 mars


Symphonie de Guerre

Concert symphonique. Richard Wagner «Prélude et Mort d’Isolde», extraits de Tristan et Isolde (version pour orchestre seul). Franz Schreker Cinq Chants pour voix grave et orchestre. Dmitri Chostakovitch. Symphonie n° 8, en ut mineur, op. 65. Orchestre national de Lyon. Jane Irwin, mezzo-soprano. Josep Pons, direction.
Auditorium les 29 et 31 mars.

 

Les chroniques du musicologue Patrick Favre-Tissot

Automne 2011 

Un début de saison mouvementé…

 

                                                     « L’Art est un Paradis sur terre,
auquel on ne fait jamais appel en vain
lorsque l’on est confronté
aux oppressions de ce monde ».
Franz Liszt

I – Les Grands concerts

de l’Orchestre National de Lyon

 

Ravel / Berlioz (16 Septembre) & Ravel / Mahler (18 Septembre)

L’intronisation de Leonard Slatkin. Après avoir salué l’émouvant départ de Jun Märkl, nous voici attentifs aux premières prestations de Leonard Slatkin en tant que nouveau directeur musical de l’O.N.L.
Déjà familier des mélomanes lyonnais, le chef américain n’a pas choisi la facilité pour son installation dans ses nouvelles fonctions en proposant, d’emblée, deux programmes exigeants. © Niko Rodamel.

Lyrisme de bon aloi. Pour la première soirée, notre orchestre est dans son arbre généalogique. Leonard Slatkin a délibérément décidé d’ouvrir son mandat avec le répertoire français et c’est tout à son honneur. Dans la "Rapsodie espagnole" de Ravel, il privilégie la rutilance au détriment du mystère. Ainsi, le tempo pourrait être moins allant pour le premier thème du "Prélude à la nuit" et nous y gagnerions en atmosphère. A partir de la "Habanera" le ton est trouvé et l’on relève le bon étagement des plans sonores autant qu’une impeccable spatialisation. Cela respire large et flamboie, comme de juste. Sensations confirmées dans une lecture nerveuse du "Concerto en sol" où Jean-Efflam Bavouzet s’empare de la partie soliste avec vigueur et conviction mais sans esbroufe. Saluons son lyrisme de bon aloi dans l’Adagio assai. Apte à concilier énergie et poésie, il rivalise d’excellence avec l’orchestre dans les jeux de miroitements. Jusqu’ici surtout apprécié en récital, Jean-Efflam Bavouzet est désormais à suivre attentivement dans ses prestations de concertiste.

 

Une probe lecture. Honneur au magister de La Côte Saint-André en seconde partie. Avec l’inusable "Symphonie Fantastique", Slatkin opte pour un effectif collant aux souhaits de Berlioz puisque l’on approche les 100 instrumentistes. Son introduction est habitée et l’ensemble de son 1er mouvement (traditionnellement le plus difficile à mettre en place) n’est en rien brouillon. Clair, précis, structuré (à un menu décalage près – vite corrigé – dans la réexposition) il révèle des options personnelles séduisantes, en particulier les interventions saillantes des cordes graves. Les 4 harpes – réparties par paires de chaque côté – étincellent dans le "Bal" dont on aime toutefois entendre la valse moins pressée. Une "Scène aux champs" sans alanguissements consacre les échanges cor anglais / hautbois magistraux de Pascal Zamora et Guy Laroche entre plateau et 1er balcon. Une excellente idée, tout autant que celle d’avoir dédoublé les timbales de l’orage imminent derrière le fond de scène. Une "Marche au supplice" impressionnante (avec sa reprise !) et une "Nuit de Sabbat" dantesque, sans une once de vulgarité, apportent la signature à une probe lecture où plus d’un trait acquiert un singulier relief. © Bruno Amsellem.


La technicité l’emporte sur les sentiments. Deux jours plus tard, retour à l’Auditorium pour un tout autre programme. Gustav Mahler fit de sa "2e Symphonie, « Résurrection »" un Cheval de Troie pour la conquête des États-Unis. Un siècle après sa mort, Leonard Slatkin procède de même, en inscrivant cette redoutable partition à l’affiche. © Rikki Cooke.
En principe, avec sa durée moyenne d’exécution de 1H20’, l’œuvre se suffit à elle-même. Généreux, le chef américain nous propose – en guise de prologue relativement cohérent – "Kaddish", première des "2 Mélodies hébraïques" de Ravel, où la mezzo Sasha Cooke projette bien et décline des colorations attrayantes.
Pour la première fois, nous entendons "live" Slatkin dirigeant Mahler. Esthétiquement davantage inscrite dans la filiation wagnero-brucknerienne que dans la préfiguration de la nouvelle école de Vienne, sa vision rappelle celles de Solti ou Metha plus que Bernstein ou Kubelik. A cette aune, la technicité l’emporte sur les sentiments. L’Allegro maestoso initial impressionne, l’attaque des cordes graves étant – comme on l’espérait – terrifiante. D’autres éléments déroutent. Il en va ainsi de certaines fluctuations de tempo. De même, le 2e mouvement a de l’impact mais ne touche guère (le recours à la récente édition Stark-Voit / Kaplan y est-il pour quelque chose ? N’ayant pu la consulter, gardons-nous de l’affirmer). Certes l’intensité peut tenir lieu de ferveur mais on aimerait tout de même un supplément d’âme. On se contentera, pour l’heure, d’admirer le déroulement très classique d’un discours se parant de tons beethoveniens inédits. Les tempi ne traduisent aucune urgence ; pour preuve : la durée totale d’exécution sera de 1H25’ hors pauses.

Le frisson est inévitable. C’est avec "Urlicht" que l’on commence à ressentir un peu d’émoi, l’intervention de Sasha Cooke y contribue largement par la magie de son timbre envoûtant. En revanche, la soprano Camilla Tilling déçoit ce soir. Des problèmes d’intonation placent sa prestation en deçà de celle dont elle nous avait gratifiés dans la "4e Symphonie" du même Mahler en mars dernier [voir chronique lyon-newsletter, printemps 2011]. Néanmoins, le frisson est inévitable dans le Finale. Tous les solistes instrumentaux (très sollicités ici) donnent le meilleur d’eux-mêmes et s’investissent au maximum. En 2006 Märkl, techniquement moins irréprochable que Slatkin, était plus passionné dans sa lecture de cette "Résurrection". Leurs interprétations se complètent donc, laissant toujours en tête celle, mémorable, dont nous gratifia Eliahu Inbal à Fourvière autrefois.

Les Chœurs saisissants d’autorité comme de spiritualité. Préparés par la toujours excellente Catherine Molmerret, les Chœurs de Lyon-Bernard Tétu s’avèrent saisissants d’autorité comme de spiritualité. Les pupitres masculins l’emportent sur leurs consoeurs féminines, spécialement les pupitres de sopranos, ce soir un peu en retrait. Une fois n’est pas coutume et, en dépit des autres réserves émises, ces concerts augurent positivement de l’avenir de la maison avec le Maestro Slatkin.

 

Tchaïkovski / Rachmaninov / Chostakovitch (29 Septembre)

Un fondu orchestral des plus réussis. Bien que cette soirée sous le signe de la Russie soit opportune, c’est une curieuse idée que de l’ouvrir avec la seule "Élégie", prélevée dans la fameuse "Sérénade pour cordes" de Tchaïkovski. Ce 3e mouvement (des 4 que comprend la partition intégrale) aurait un sens à la rigueur en bis mais pas en hors d’œuvre, tel un vulgaire échantillon. En parcourant le vaste catalogue du « pathétique », le "Capriccio italien", la "Marche Slave" ou "Le Voïévode" eussent été des choix plus appropriés. Tout du moins, les archets de l’ONL nous offrent-ils une exécution des plus justes, ample et majestueuse, sans affèteries.

Sonorités pleines et rondes. Après nous avoir favorablement impressionné en récital autrefois, la pianiste Lilya Zilberstein s’empare du "2e Concerto, en ut mineur Opus 18" de Rachmaninov sans emphase, dosant intelligemment puissance et délicatesse. La virtuosité n’est pas prise en défaut et l’on note une séquence cadentielle superlative. C’est tout juste si l’on déplore une carence dans le registre de l’émotion pure, tenue en lisière en l’espèce. Ceci posé, l’artiste domine son sujet et captive par ses sonorités pleines et rondes tout en conférant un relief singulier à plus d’un trait que l’on croyait bien connaître dans cette musique rabâchée. On souhaite l’entendre dans les 1er ou 4ème concertos du même Rachmaninov, trop délaissés et qu’on aimerait retrouver dans les programmations futures céans. La communication est patente avec le chef Dmitri Kitaïenko qui l’enserre de somptueuses arabesques dans un fondu orchestral des plus réussis. L’adéquation de tout le plateau évoque irrésistiblement les toiles d’Ivan Chichkine ou Isaac Levitan, contribuant à nous faire voyager. Cela respire et illumine opportunément les pensées en ces temps difficiles, propices aux humeurs chagrines. © Lisa Kohler.

Où l’on n’a pas opté pour la facilité. Si les divers concertos de Dimitri Chostakovitch ont été régulièrement servis à l’Auditorium ces 30 dernières années, on ne peut en dire autant de ses symphonies qui – à l’exception des 5ème et (surtout) 10ème à plusieurs reprises – ne furent que chichement abordées par l’ONL. Constituant un fil rouge de la Saison 2011 / 2012, le grand maître de la musique soviétique mérite que les lyonnais explorent enfin dignement ses autres créations dans ce domaine précis. En choisissant la "11ème en sol mineur Opus 103 « L’Année 1905 »", l’on n’a pas opté pour la facilité. L’œuvre est notoirement inégale, ce que même les meilleurs amis de son créateur – comme Rostropovitch – n’ont pas hésité à remarquer. Pour ses débuts dans une page aussi redoutable qu’ingrate, notre orchestre passe brillamment l’épreuve et s’investit sans relâche sous la baguette experte de Dmitri Kitaïenko. Narration, pages évocatrices à double niveau d’interprétation (l’allusion au Dimanche Rouge de 1905 masque la répression en Hongrie de 1956) sont restituées avec force et cet infaillible sens de l’image indispensable dans cette fresque épique. Parfois, les tempi gagneraient à plus de vélocité (avec 64’ au total, la lecture s’inscrit parmi les plus lentes) mais cela ne lèse en rien une vision d’ensemble cohérente.
Nous attendons désormais les symphonies dites "de guerre" (7ème et 8ème précisément) avant que d’espérer, dans un futur pas trop lointain, la poignante 13ème « Babi Yar »… pourquoi pas avec le même chef ? © Paul Harris.

 

Beethoven / Britten / Strauss (13 Octobre)

Une prestation tendue à craquer. Malgré un programme attrayant, le 2d balcon de l’Auditorium est fermé pour la deuxième fois depuis le début de la saison. Les remarques des mélomanes rencontrés quotidiennement à l’occasion de nos conférences offrent un début de réponse : face à une offre pléthorique cette année, le choix est difficile. En outre, Lyon et sa région ne disposent pas d’une capacité d’absorption à la mesure d’un programme aussi touffu que profus. Si ce phénomène se pérennise dans les mois à venir, il y aura vraiment de graves questions à se poser.

Lecture haletante et fougueuse. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, Leonard Slatkin n’a pas choisi de monter un grand cycle Beethoven pour sa première saison. Test imparable lorsque l’on prend les rênes d’un orchestre, le Maître de Bonn est néanmoins présent ce soir avec l’exigeante "Ouverture Léonore III". Optant pour une vision traditionnelle à effectifs consistants (cordes fournies et de belle étoffe), Slatkin délivre une lecture haletante et fougueuse, à pâte épaisse (regardant néanmoins davantage du côté de Klemperer que de Furtwängler). Sa direction "au cordeau" aboutit à une coda produisant l’émoi attendu. © Bruno Amsellem.
Les angoisses exprimées dans la rare "Sinfonia da requiem" de Benjamin Britten sont soigneusement restituées par une prestation orchestrale tendue à craquer. Pouvons-nous espérer le "War Requiem" du compositeur britannique dans une future saison ? Assurément, notre maestro y serait à son aise !

L’éclat tient lieu d’opulence. Depuis l’ère Krivine, il ne fut pas rare d’entendre ici de belles exécutions de "Ein Heldenleben" de Richard Strauss. Tout en demeurant à un bon niveau, celle de ce soir demeure en deçà de l’attente légitime. En effet, malgré une prestation généreuse (et sonore ! aurait-elle changé d’instrument ?) de Jennifer Gilbert dans la périlleuse partie de violon solo, l’éclat tient lieu d’opulence. Certains pupitres ne se montrent pas sous leur meilleur jour, en particulier les cordes aiguës qui nous avaient habitué à des couleurs, un brillant, une fluidité comme une transparence straussienne que l’on cherche vainement. Il en résulte une lecture plus appliquée qu’impliquée, nuisant à un élément fondamental de l’œuvre : la narration. Chacun accomplit honnêtement son travail mais sans paraître concerné par le contenu. Du coup, les épisodes de cette épopée très autobiographique confinent au "collage", là où l’on devrait être tenu en haleine. Alors… baisse de régime ? Manque d’inspiration ? On ne sait… Toujours est-il que le charme n’opère pas. Pour la première fois, Leonard Slatkin marque le pas sur Jun Märkl, détenteur d’un sens dramatique irrésistible dans Strauss.

 

Bartók / Bruckner (10 Novembre) Implacable rigueur rythmique

Grimal offre une cadence superlative. Dans le "Concerto pour violon N°2" de Béla Bartók, David Grimal attaque hardiment tandis que Simone Young s’évertue à faire ressortir ce que la partition contient de lyrisme. C’est un bon début. Outre sa propension à faire chanter ces pages jusque dans leurs plus arides retranchements, la chef australienne arbore son implacable rigueur rythmique, justement appréciée de ses admirateurs. La communication est bonne et l’équilibre réalisé. Grimal offre une cadence superlative dans l’Allegro non troppo initial avec, surtout, des doubles cordes impérieuses. L’implication de l’ONL est admirable, spécifiquement au niveau des cordes. © JL Atlan.

Le climat mystique ne s’installe pas. La "9ème Symphonie en ré mineur" d’Anton Bruckner nous revient et entendre le testament du Maître de Saint Florian constitue toujours un moment privilégié. Après sa mémorable "6ème Symphonie" de Mahler en 2009, Simone Young s’attaque avec aplomb à cet autre sommet de la musique viennoise. Nous savons combien elle apprécie "le gros gibier" et attendons beaucoup de sa vision, peut-être trop. En effet, le 1er mouvement n’est pas vraiment habité dans sa dimension spirituelle. C’est souvent très beau mais cela ne parvient pas à toucher le cœur. La grande artiste nous sert ensuite un Scherzo titanesque, où elle se montre à son meilleur (à vrai dire, on le devinait d’avance), osant une section B façon Mendelssohn. C’est inattendu mais convaincant. Superbe prestation des vents : élasticité des bois, majesté des cuivres, un régal ! Les premières mesures de l’Adagio final suscitent bien l’éprouvante sensation attendue de vide à l’estomac. Le climat pré-mahlérien de cette section sied indubitablement à l’interprète. Pourtant, le soufflé retombe progressivement, car le climat mystique ne s’installe pas. Simone Young y parviendra, un jour futur, lorsqu’elle aura atteint la maturité indispensable d’un Blomstedt. En revanche, elle doit d’ores et déjà exceller dans la colossale "8ème Symphonie en ut mineur" du même Bruckner qui correspond mieux à ses aptitudes naturelles. Nous aimerions vraiment l’y entendre ! © Fabricius.

 

Mendelssohn / Mozart / Beethoven (17 Novembre)

Une distinction et une maîtrise jamais prises en défautInterprétation toute en finesse. Quelquefois, il peut arriver qu’une soirée dont on n’attend a priori rien d’exceptionnel vous réserve de bonnes surprises. C’est le cas ce soir. Depuis que Jun Märkl avait brillement fêté son Bicentenaire en 2008 / 2009 Felix Mendelssohn est tristement négligé dans les programmes de l’ONL. Aussi, c’est une véritable félicité de pouvoir entendre "Les Hébrides" ouverture de concert très suggestive, au même titre que celle de " La Belle Mélusine ". Malgré une gestique sans grâce, Jaime Laredo délivre une interprétation toute en finesse, nimbée de mystère et de brumes écossaises. Un régal !

Un goût exquis. Conçu par le jeune Mozart en 1774 – soit après le dernier voyage italien – le "Concertone en Ut Majeur K.190" est une œuvre rarement exécutée, à la différence de la "Symphonie Concertante en K.364 en Mi b Majeur". Jouant opportunément sur effectifs réduits, l’orchestre ne nous avait jamais convaincu comme aujourd’hui dans ce type de formation. A aucun moment il n’est poussif et pourrait en remontrer à plus d’une phalange baroqueuse.

La direction de Laredo y est de toute évidence pour beaucoup. Tenant simultanément la partie soliste de violon I, le chef bolivien sait ce que style mozartien veut dire. © Salomon Associates.

Irrésistible partenaire, Jennifer Gilbert lui donne la réplique au violon II avec une distinction et une maîtrise jamais prises en défaut. Tous deux phrasent avec un goût exquis dans l’Andantino grazioso et leurs dialogues avec le hautbois de Guy Laroche touchent au sublime. Mentionnons une divine cadence où le violoncelle solo de Nicolas Hartmann apporte une part d’âme essentielle. Un enchantement rappelant la sentence de Sacha Guitry : « Le silence qui suit Mozart est encore du Mozart ».

 

Se laisser surprendre. Nous demeurons sous le charme avec l’ambiance apollinienne proposée dans la "4ème Symphonie" de Beethoven. Le 1er mouvement est bien traité comme inscrit dans la filiation Haydnienne. Franchise des cordes, vents pondérés tous concourent au succès. L’Adagio confirme plus que jamais l’enthousiasme de Berlioz face à cette page ainsi décrite : « Ce morceau semble avoir été soupiré par l’archange Michel un jour où, saisi d’un accès de mélancolie, il contemplait les mondes debout sur le seuil de l’Empyrée ». Certes on est loin de la vision décapante récemment proposée par Riccardo Chailly [DECCA] mais on demeure dans une belle tradition classique très appréciée et qu’un petit dérapage ne parvient pas à gâter. Le Scherzo est restitué avec toute la verve nécessaire et l’Allegro ma non troppo final donne dans le vif-argent. Incisif, paré de couleurs éclatantes, Laredo y révèle un tempérament volcanique auquel cet artiste décidément protéiforme ne nous avait nullement préparés… tant il est bon de se laisser surprendre !

 

L’Amérique de Léonard Slatkin, II (1er Décembre)

Hors des sentiers battus

Judicieuse idée. Le nouveau directeur musical de l’ONL a la judicieuse idée de proposer trois programmes consacrés à la découvert de "son" Amérique. Présentant avec esprit les ouvrages inscrits au programme de ce soir (dans un bon français, pimenté d’une « so charming » touche d’accent Yankee) il déclare : « Le Jazz fait partie du paysage américain mais il fallut attendre 1924 pour le voir entrer dans les salles de concert. Je souhaite faire voir comment il a influencé l’orchestre symphonique, avec des pièces tentant un mixage des genres. ». © Niko Rodamel.

Prestation impétueuse de Botond Kostyàk. Ainsi, "Lions" de Ned Rorem surprend par son caractère insolite, enchevêtrant de troublantes réminiscences de blues et une instrumentation chatoyante, riche en effets variés et spectaculaires. La "Symphonie N°2 « The Age of Anxiety »" de Bernstein est une composition poignante, annonciatrice des ombres de la "3ème Symphonie « Kaddish »". Apportant sa participation idiomatique dans la copieuse partie de piano solo, James Tocco est un précieux atout tandis que Leonard Slatkin délivre une lecture plus âpre encore que celle du compositeur lui-même [1 CD / DGG, enregistré en 1978].
Si tout l’orchestre adhère au projet avec ardeur, on remarque tout particulièrement ce soir la prestation impétueuse du talentueux Botond Kostyàk – 1ère contrebasse solo – et de toute la percussion, Benoît Cambreling et Michel Visse en tête.

Carrément tonique ! L’enchaînement de "The Unanswered Question" de Charles Ives avec "Tempus fugit" de Cindy Mac Tee (NB : Madame Leonard Slatkin à la ville) instaure une ambiance envoûtante, aux frontières de l’étrange. Les rythmes et ostinati obsédants succèdent étonnamment aux courbes lénifiantes. Et si Gershwin galvanise forcément les foules avec un extrait de "Shall we dance" conduit avec rondeur et bonhomie, le clou du spectacle demeure la participation du Big Band de la Musique de l’Air à ce programme hors des sentiers battus. Conjuguée à celle de l’ONL, leur prestation dans "Harlem" de Duke Ellington s’avère carrément tonique !  © Pierre Vignacq.


Oratorio de Noël de J.S. Bach (17 Décembre) : pâle réjouissance

Improbable rencontre. Ton Koopman n’avait guère impressionné en avril dernier avec ses forces bataves dans la "Passion selon Saint Jean". Cette fois, il ose une improbable rencontre avec l’ONL, tout en conservant son Chœur baroque d’Amsterdam. On sait ce que le mélange entre un chef baroqueux et une phalange traditionnelle peut produire des étincelles (la discorde entre Emmanuelle Haïm et l’Orchestre de l’Opéra de Paris avait défrayé la chronique, début 2010). Heureuse surprise : la collaboration fonctionne ici plutôt bien. On craignait de Koopman une vision "radicale" avec des tempi véloces… il n’en est rien et il se révèle plus lent qu’un Herreweghe ou un Gardiner par exemple. On appréhendait de l’ONL une lecture empesée et, sommes toutes, nos instrumentistes font preuve d’une capacité d’adaptation globalement satisfaisante, encore que variable suivant les pupitres. © Eddy Posthuma.

Benoît Cambreling, grand triomphateur de la soirée. Les vents font de la belle ouvrage, le travail d’orfèvre de la petite harmonie l’emportant sur les trompettes excessivement sages. Pour les cordes, les pupitres graves sont irréprochables de cohésion et se coulent avec aisance dans les options du chef. Cette vertu échappe aux violons, plus appliqués qu’impliqués. Il suffit de les observer pour constater (de visu) que la remise en question de principes traditionnels (attaques, coups d’archets…) n’a rien d’évident ni de naturel et que leur jeu respire la contrainte et le malaise. En revanche, rien de coincé chez Benoît Cambreling : timbales baroques, baguettes bois, il prend un plaisir hédoniste à jouer la carte de l’authenticité et demeure le grand triomphateur de la soirée.

L’homogénéité du Chœur baroque d’Amsterdam. Reste que Koopman n’est pas captivant sur la distance. D’ailleurs, ne serait-ce pas la vraie cause d’un exécution amputée des cantates 4 et 5 ? Outre qu’une telle mutilation n’a plus lieu d’être de nos jours [NB : la durée moyenne du "Weihnachtsoratorium" a été ramenée des 3 heures d’un Karl Richter à une moyenne de 2H30’ dans les interprétations baroquisantes] elle peut trouver sa source dans les craintes d’un chef à concilier sa vision avec les habitudes de ses interprètes. Si le chœur d’entrée « Jauchzet, frohlocket » et le choral conclusif « Nun seid ihr wohl gerochen » sont parmi les plus beaux jamais entendus, on le doit aussi à la précision et l’homogénéité du Chœur baroque d’Amsterdam. Mais que de grisaille entre-temps ! La vraie raison ne serait-elle pas à rechercher au niveau des solistes vocaux ?

Un quatuor vocal indigent. Rarement nous n’aurons dût subir à l’Auditorium un quatuor vocal aussi indigent. Pointue, étriquée, dépourvue d’attraits (ah ! si ! elle arbore un très joli bustier…) la soprano Lisa Larsson est molle de diction tout en restant trop théâtrale, confondant sa partie avec celle de Papagena (sans doute pour compenser un navrant trou dans le médium). La mezzo-soprano Franziska Gottwald est, de loin, la meilleure (ou la moins mauvaise ?) voix du plateau. Mais tout est relatif. Homogène sur toute la tessiture elle est handicapée par un volume restreint, une projection réduite, un timbre impersonnel et, pour couronner le tout, distille un ennui mortel. Cumulant la partie de l’Evangéliste et les airs, le ténor Jörg Dürmüller inspire la commisération. Tendu dès le fa dans l’aigu, son registre supérieur s’amenuise progressivement, générant des sensations peu agréables. Même la vocalisation demeure scolaire et sue la banalité (que n’a-t-on réengagé le merveilleux Tilman Lichdi qui avait ravi l’auditoire en avril dernier ?). Reste Klaus Mertens dont le professionnalisme ne suffit plus à créer l’illusion. Terne, de plus en plus éteint, usé jusqu’à l’émail, il ne parvient plus à dissimuler ses efforts pour conserver un tant soit peu de ligne. Son laborieux « Großer Herr » fait peine à entendre, manquant singulièrement de majesté. Sans doute fort sympathique, connaisseur chevronné de ce répertoire, la basse préférée de Koopman "n’en peut mais"...
Tout ces carences énoncées plombent la partition et méritent qu’on s’y arrête : il n’est pas pensable qu’avec une maison de ce niveau soit affiché un casting à ce point médiocre. On en arrive à se poser des questions sur la réalité d’un poste de conseiller artistique à l’Auditorium. Un Bach aussi festif, préludant idéalement à Noël, mérite mieux qu’une pâle réjouissance.


II – Série "Orchestres invités" & autres formations

 

Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Chostakovitch / Rachmaninov (25 Octobre) 

Comme un bonheur retrouvé. Classée au 1er rang des orchestres français (hors capitale… d’après certains parisiens… !) la phalange toulousaine fait escale à Lyon. Pour cette tournée, Tugan Sokhiev a prudemment choisi d’éviter le répertoire français où plane fatalement l’ombre de son prédécesseur Michel Plasson. En conséquence, il nous offre un programme 100 % "Russie du XXème siècle". © Patricer Nin.

Performance du soliste en deçà de l’attente. En hors d’œuvre, l’"Ouverture de fête Opus 96" de Chostakovitch, magistralement enlevée, étincelle de mille feux. L’orchestre sonne hélas beaucoup moins bien dans le "1er Concerto pour violon" du compositeur soviétique. La raison semble évidente : Vadim Gluzman (qui joue avec partition, à l’instar de Gidon Kremer – ce n’est pas un reproche) offre sur le Stradivarius de Auer un son d’une grande finesse mais ténu dans le médium et l’aigu. Du coup, le chef est contraint de modérer excessivement ses troupes, y compris dans le 2e mouvement qui s’en trouve affadi. En outre, l’élégiaque sied mieux au soliste que les emportements, ce qui nous vaut une vibrante passacaille, couronnée par une cadence aux ardentes doubles cordes. Et si l’artiste paraît se libérer de toute raideur dans la 4e partie, affrontant avec plus d’audace l’Allegro con brio conclusif, sa performance – pour admirable qu’elle soit – reste en deçà de l’attente notamment après l’inoubliable Lydia Mordkovitch. Elle demeure pour nous la référence moderne dans cette effrayante partition [enregistrée sous la baguette de Neeme Järvi chez CHANDOS, couplée idéalement avec le 2d Concerto]. © J. Kringas.

Programme prodigue en sensations agréables. En seconde partie, nous eussions préféré entendre Sokhiev dans une symphonie de Tchaïkovski – voire de Balakirev ; rêvons ! – ou une œuvre de Rimski-Korsakov telle que "Antar", dans la mesure ou nous entendîmes en mars dernier ces mêmes "Danses Symphoniques" par l’O.N.L. (les responsables de la programmation s’en sont-ils seulement aperçus ?). Va pour Rachmaninov, donc, et ne boudons pas notre plaisir. D’autant que ces comparaisons rapprochées dans le temps sont souvent riches d’enseignements.
Indéniablement l’éclairage est différent. Plus idiomatique que Krystian Järvi, Sokhiev est, aussi, moins accentué rythmiquement. Plus rude (en ce sens davantage moujik que boyard) il veut peut-être établir une parenté entre cet Opus 45 et les résurgences de la Russie primitive du stravinskien "Sacre du printemps". Les deux lectures se complètent donc et apportent un éclairage différent sur une partition en laquelle il faut croire, où rien n’est jamais gagné d’avance. Les instrumentistes de Toulouse apprécient leur chef et éprouvent – visiblement ! – un grand plaisir à jouer. Ceci nous est confirmé dans l’extrait des "Variations Enigma" d’Elgar et le Trépak (Danse Russe) de "Casse – Noisette" donnés en Bis au terme de ce programme prodigue en sensations agréables… comme celles d’un bonheur retrouvé. © Matt Hennek.

 

Orchestre des jeunes ; Liszt / Wagner / Brahms (6 Novembre)

«Aux âmes bien nées… »

Augurer de belles espérances. Dans le cadre de l’Académie de l’Orchestre National de Lyon, le public lyonnais est convié (NB : entrée libre !) à apprécier les progrès des jeunes talents qui composeront les effectifs de nos phalanges symphoniques de demain. Encadrés par le chef résident Antoine Marguier, les stagiaires (en fin de 3ème cycle) laissent augurer de belles espérances. Ils manifestent une ferveur et une puissance qui font plaisir à voir (et entendre !). Certes, si l’on veut pinailler, il arrive que les timbres paraissent excessivement verts, que les prises de souffle des vents soient ponctuellement mal calculées, que les cordes sous-estiment les longueurs d’archet nécessaires à certains traits, que l’on ne soit pas à l’abri de menus dérapages ou écarts de justesse, qu’une forte dose d’application nuise au naturel… en résumé, que de "l’apprêt" trahisse la juvénilité de l’ensemble. Cependant, ces constats n’ont rien d’anormal et l’on doit plutôt se réjouir de relever une beauté sonore bien réelle et maints pupitres possédant déjà une couleur intéressante ou de la personnalité (violoncelles, cors…).

Lecture extatique. Avec ces postulats de départ, on en apprécie que mieux la tenue élégante de l’ensemble dans "Les Préludes" de Liszt, juste hommage au Bicentenaire du Maître hongrois [incompréhensiblement négligé par l’ONL ! Pourquoi diable (sic !) n’avoir pas donné céans la "Faust Symphonie", pourtant programmée au Festival Berlioz en août dernier ?].
Quelle lecture extatique du Prélude du I de "Lohengrin" ensuite, où ces juvéniles musiciens n’ont rien à envier aux professionnels. Voilà bien un résultat imprévisible dans une page si exposée pour sa division des cordes et avec le handicap d’un nombre trop restreint d’altos (3 !). L’émotion est même palpable et gagne l’assistance.

Texture aérée. L’excellent travail accompli avec Antoine Marguier se confirme en 2de partie, avec une "1ère Symphonie Opus 68" de Brahms à la texture aérée, exempte de pesanteurs teutonnes. Aussi, malgré de menues raideurs et une implication discontinue, la foi l’emporte et ses fruits sont plus que prometteurs. Comme quoi Corneille avait raison d’écrire : «… aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années. » !

 

III - OPÉRA DE LYON

 

"Le Nez" de Chostakovitch (10 Octobre) Une absolue réussite

Tout se conjugue et virevolte. Après "Moscou, quartier des cerises", l’Opéra de Lyon a l’excellente idée d’afficher "Le Nez", probablement le plus difficile à réaliser parmi les ouvrages lyriques de Chostakovitch.

Une fois n’est pas coutume, c’est d’abord la mise en scène qui est une source de bonheur ! Réalisée en coproduction avec le Metropolitan Opera de New York et le Festival d’Aix-en-Provence, la scénographie de William Kentridge est une absolue réussite. Issu de la nouvelle de Gogol, rappelons que le livret mêle diaboliquement le fantastique, le surréalisme et l’absurde dans un univers délirant où plane l’ombre du théâtre de Meyerhold, axé sur la biomécanique et le constructivisme. Au cours de ses passionnantes conférences données sur Lyon et Ecully, notre confrère et ami André Lischké (le plus grand spécialiste de la musique russe dans notre pays), a d’ailleurs décrypté avec art la complexité de cet univers hors des normes, fruit de la pensée du tout jeune – mais déjà génial – Dimitri Chostakovitch. Opportunément, le visage de ce dernier se compose astucieusement sur le plateau dès le début de la représentation. C’est ensuite un véritable ballet, un formidable tourbillon dans lequel le metteur en scène nous entraîne avec une ahurissante inventivité, jamais prise en défaut. Projections, ombres chinoises, vidéos, films, jeux astucieux de découpages et autres techniques, tout se conjugue et virevolte sous nos yeux sans nous laisser le temps de respirer, pour le plus grand plaisir du spectateur. Car "Le Nez" fait partie de ces opéras qu’il faut impérativement voir sur scène pour les assimiler et vraiment les apprécier. Kentridge l’a bien compris et sa mise en scène allie une direction d’acteurs superlative à un concept d’une efficacité redoutable. Nos lecteurs savent combien nous détestons les transpositions, non en tant que telles mais parce qu’elles n’ont que rarement un sens. Or, nous apprécions celle de ce soir. Le dispositif fonctionne parfaitement, transporté de la Saint-Pétersbourg romantique à la Leningrad stalinienne où des parallèles saisissants peuvent s’établir entre l’arbitraire du régime tsariste et la pression du système bolchévique. Parmi de nombreux tours de force, on retiendra celui utilisé pour la scène du journal. La disposition spatiale des solistes (rédacteurs des petites annonces) tient ici de la prouesse, surtout avec la fugue qu’ils doivent exécuter ! © Stofleth.

Kazushi Ono fait corps avec la partition. Musicalement aussi les auditeurs sont à la fête. Kazushi Ono fait corps avec une partition diabolique, dominant son stupéfiant mélange de styles et parvenant à faire chanter son orchestre jusque dans les ostinati rythmiques a priori les plus rébarbatifs.
Avec ses nombreux petits rôles, la distribution est un casse-tête, comparable à celui généré par "Guerre & Paix" de Prokofiev. Comme de coutume pour "Le Nez", les solistes se partagent plusieurs personnages épisodiques avec brio. S’il est impossible de citer tout le monde, retenons certains interprètes au singulier relief. Si le Major Kovaliov de Vladimir Samsonov est meilleur acteur que chanteur, le barbier de Vladimir Ognovenko et l’excellent Docteur de Gennady Bezzubenkov dominent dans les clefs de fa. Bien que parfois trop sonore (une réserve plutôt rare par les temps qui courent !) le Sergent de quartier d’Andrey Popov semble inépuisable, se payant le luxe de tenir toute la tessiture effroyablement suraiguë de cet emploi de ténor haute-contre en voix de poitrine et en voix mixte, là où ses prédécesseurs avaient recours au falsetto. Les dames sont fort correctes quoique un peu en retrait, à l’exception de Claudia Waite qui fait une prestation remarquée dans les emplois aussi brefs que terribles de la femme du barbier et de la marchande de bublikis. © Stofleth.

Les chœurs féminins l’emportent. Le phénomène s’inverse du point de vue de la masse chorale, où les voix féminines l’emportent en brillance comme en présence. Au reste, les chœurs sont tellement sollicités scéniquement qu’ils paraissent parfois prudents. C’est surtout vrai des pupitres de basses, ce soir méconnaissables et perceptiblement gênés dans l’extrême grave. On ne les reconnaît plus, surtout si l’on se souvient de leur prestation impressionnante dans les partitions de Rachmaninov, l’an passé. Souhaitons qu’une reconstitution des pupitres d’alors soit rapidement réalisée, surtout pour "Parsifal" en mars prochain.
Quoiqu’il en soit, à l’issue d’une représentation si réussie, nous n’exprimerons qu’un vœu : vivement que la maison affiche enfin "Lady Macbeth de Mtzensk" !

 

"I Capuleti e i Montecchi" de Bellini (13 Novembre)

 

Une incroyable émotion. Il y a gros à parier que l’opéra "I Capuleti e i Montecchi" de Vincenzo Bellini n’a jamais été entendu à Lyon. Vainement nous avons cherché la trace d’une représentation au XIXème siècle, à plus forte raison dans les temps modernes. Bien que servie en version de concert, l’œuvre effectue une entrée magistrale au répertoire.

Une fougue bienvenue. Ce nonobstant, en l’espèce ce n’est point une injure de rappeler que la partition est très inégale, à des lieux du chef-d’œuvre qu’est "Norma", bien inférieure à "Beatrice di Tenda" ou "I Puritani" du même Bellini. Là où Riccardo Muti lui-même n’est pas parvenu à gommer certains prosaïsmes de l’écriture orchestrale, il ne fallait pas espérer des miracles d’Evelino Pidò. Les faiblesses de sa direction sont sensibles dans la première demi-heure, spécialement au niveau des pupitres de violons (son disgracieux, dépourvu de lié et d’unité, attaques incertaines). Fort heureusement, le chef italien s’affine progressivement, même si une fougue bienvenue l’emporte excessivement sur la rigueur et l’ordre. Relevons les généreuses prestations solistes au sein de l’orchestre (et Dieu sait qu’elles sont nombreuses chez Bellini : cor, harpe, violoncelle…). Rendons justice à l’irréprochable prestation des chœurs d’Alan Woodbridge. Les réserves exprimées pour "Le Nez" s’effacent. Les dames étant réduites par le compositeur à la portion congrue, les messieurs se taillent ici la part du lion avec un remarquable panache.

Engagement ramenant à un âge d’or. Côté solistes, nous sommes à la fête. Malgré une technique peu orthodoxe (qui risque fort de lui être fatale à la longue) le ténor Juan Francisco Gatell dessine un Tebaldo plus rêveur et tendre que viril et belliqueux. © Fidelio Artists Joan Thomas et © Antonacci.

Paraît Anna Caterina Antonacci et l’on passe à la vitesse supérieure. Certes, on a connu à la scène des Romeo belliniens convaincants (Agnes Baltsa et Martine Dupuy en tête) mais celui-ci nous séduit par son rare mélange d’aplomb et de tendresse. Pour la première fois une compassion réelle s’exprime, ce dès « Se Romeo t’uccise il figlio »). A vrai dire, le discours n’est pas toujours aisé car le matériau s’est durci avec la fréquentation d’emplois dramatiques déclamatoires (Cassandre des "Troyens", Rachel de "La Juive"). De même, la cabalette « La tremenda ultrice spada » révèle des passages de registres forcés ainsi qu’une vocalisation raide. Ceci posé, on oublie tout face à un engagement ramenant à un âge d’or ! Bien plus concernée que dans sa Desdémone de Rossini l’an passé, elle semble galvanisée par sa partenaire
Appartenant à la nouvelle génération, Olga Peretyatko fascine en Giulietta. Déjà éblouissante dans "Le Rossignol" de Stravinski en 2010, rien ne laissait soupçonner une telle adéquation à l’écriture belcantiste. Elle parvient à passionner l’auditoire par sa sûreté vocale et ses inflexions touchantes. Un zeste d’affectation en moins (certaines postures et attitudes annoncent une diva en herbe) serait pourtant bienvenu. En effet, cela n’est en rien impératif lorsqu’on possède ce timbre fruité et cette homogénéité de registres couronnés par un aigu lumineux. La plastique fait le reste et Anna Netrebko n’a qu’à bien se tenir, la relève est déjà là. Incessamment, la concurrence sera rude !

Des petits rôles luxueusement tenus. Capellio et Lorenzo, les deux basses, sont cantonnées à des petits rôles, luxueusement tenus par Giovanni Battista Parodi et Carlo Cigni. Déjà remarqué sur d’autres scènes ces dernières années, le second ferait un excellent Sir Giorgio Walton dans "I Puritani". À bon entendeur… ! Le finale dégage une incroyable émotion qui provoque en retour une ovation unanime. Bien qu’en étant à sa cinquième représentation de "I Capuleti e i Montecchi" en 30 ans, l’auteur de ces lignes n’a jamais éprouvé une impression aussi saisissante. Le jeu sobre et juste des interprètes y contribue largement. Aucune scénographie prétentieuse n’est là pour les gêner et ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, visant l’essence du drame. Cela prouve dangereusement l’inutilité des metteurs en scène lorsque l’on a affaire à des chanteurs intelligents. Un mot encore sur le programme de salle signé Vincent Borel. Remarquable d’érudition il est regrettable qu’il soit pollué, çà et là, de menues trivialités malséantes.

 

IV - AUTRES LIEUX & INSTITUTIONS

 

Festival Orgue en jeu IXème concert (14 Octobre)

Captivant parcours. Pour sa 5ème édition, le Festival "Orgue en Jeu" a fait les choses en grand. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 18 concerts, répartis sur 15 jours entre près de 20 organistes jouant sur 16 instruments différents. Les lieux sont principalement lyonnais avec, au premier rang, St François de Salles, St Paul, St Bonaventure, Fourvière… et bien d’autres encore, y compris à l’extérieur, comme Tassin, Villeurbanne ou Charbonnières. A noter que l’entrée est libre, une collecte étant organisée systématiquement et le montant des dons laissé à l’appréciation des auditeurs. Enfin, relevons l’intelligence des programmateurs qui choisissent, opportunément, de célébrer le centenaire de Jehan Alain ainsi que les bicentenaires de Franz Liszt et Aristide Cavaillé-Coll, cruellement négligés à Lyon par ailleurs.

Programme varié, propice à la séduction des plus réfractaires
Précisément, nous assistons, le 14 octobre, à la soirée organisée – pour la première fois ! – à l’Auditorium Maurice Ravel. C’est l’occasion d’entendre sonner le gigantesque orgue dit "du Trocadéro", à l’origine un puissant Cavaillé-Coll, ultérieurement remanié par Gonzalez et Danion, riche de 6700 tuyaux.
A la console, Yves Lafargue propose un programme copieux et varié, propice à séduire les plus réfractaires à un instrument qualifié d’austère par méconnaissance. Si "Thalle" de Jean-Claude Henry, pièce expérimentale très datée "années 70", intrigue plus qu’elle ne passionne, on adhère sans réserves à ce qui lui succède. Un "Prélude, Fugue & Variation" de César Franck souverainement conduit, le bonheur d’explorer le catalogue du grand lyonnais Edouard Commette (ravissant "Scherzo", interprété avec brio et légèreté), les subtiles « Trois Danses » de Alain (mises en valeurs par les judicieux choix de timbres et registrations) sont autant d’étapes appréciées dans ce captivant parcours.

Le roi des instruments reconquiert le grand public. En dernière partie, c’est un feu d’artifice avec d’éblouissantes transcriptions. Celle réalisée par Liszt du "Chœur des pèlerins" extrait de "Tannhäuser" de Wagner rend bien à l’orgue, à l’exception du motif en guirlandes jubilatoires qui sonne un peu sec et mesquin. De même, la transcription réalisée par Yves Lafargue pour la "Marche des pèlerins" du berliozien "Harold en Italie" s’avère très réussie pour la restitution de la partie de l’alto solo ainsi que de la cloche dans le lointain. Celle d’Henri Büsser pour la "Marche de Rakóczi" revêt parfois des accents à la Lefèbure-Wély et la coda en est un peu brouillonne… mais une fatigue légitime de l’interprète au terme d’un tel marathon peut aisément l’expliquer. L’accueil chaleureux du public prouve que le pari est gagné. La fête est totale. Nombreux sont ceux qui attendent déjà avec impatience la prochaine édition d’"Orgue en Jeu", un évènement qui mérite de devenir une véritable institution, un rendez-vous pérenne pour tous les mélomanes et pas seulement les fans du répertoire d’orgue. A noter enfin qu’Yves Lafargue présente en bon orateur chaque pièce avec naturel et aisance, en allant droit au but sans parler pour ne rien dire. C’est également ainsi que le roi des instruments reconquiert le grand public…

 

Chœurs & Orchestre XIX – Crypte de Fourvière
Fauré / Gouvy (14 Novembre) 

Les chemins de la spiritualité. Sensation de lumière dorée, chaleureuse et enveloppante. Après la création lyonnaise du Requiem de Gouvy en juin dernier, Jean-Philippe Dubor a choisi d’ouvrir cette soirée de musique française par deux extraits (Kyrie & Agnus Dei) de la "Missa brevis" du compositeur Lorrain. N’ayant jamais pu lire cette partition, nous nous garderons bien de porter des appréciations définitives. Aussi userons-nous – une fois n’est pas coutume – de subjectivité. Notre ressenti ? Une sensation de lumière dorée, chaleureuse et enveloppante, comme dans une toile de Georges de La Tour. Indéniablement, cette sélection incite à en découvrir plus, excitant la curiosité. Donnée dans la réduction d’orgue, elle privilégie le chœur et un ensemble de solistes presque idéal.

Si l’on apprécie le joli timbre du ténor Aurélien Reymond, la sûreté de la basse Guy Lathuraz (photo) et l’efficacité de la mezzo Valérie Dellong, on a du mal à adhérer à la prestation de la soprano. Maud Hertz possède certainement de grands moyens mais peine à les discipliner autant qu’à maîtriser un vibrato envahissant, follement épris de liberté dès que paraît une valeur longue. La prestation du chœur impressionne, en particulier dans la conclusion du « Pacem » exigeant une longueur de souffle ahurissante. Ces vertus techniques se conjuguent harmonieusement à la direction très contrôlée d’un chef expert. © Pichène Pictoriah.

La porte des cieux. Le Requiem de Gabriel Fauré est proposé dans sa version de 1893 – à notre avis la meilleure – avec orchestre de chambre et sans les groupes de violons I & II. L’ensemble instrumental est très homogène et accomplit un excellent travail. Précisons que si l’organiste parvient à tirer le meilleur d’un instrument à la palette limitée, les sonorités rébarbatives de l’unique violon solo gâchent l’effet de lumière du « Sanctus ». Néanmoins, ceci ne grève en rien la prestation d’ensemble.

La vision de Dubor est foncièrement tragique, rude et musclée. Cela surprend souvent (la vigueur de la masse chorale, les timbales percutantes comme jamais, des accents berlioziens inédits…) et maints passages révèlent des détails jamais entendus. Rapidement, l’on se dit que multiples sont les chemins de la spiritualité et que cette interprétation fait oublier toutes les guimauves saint-sulpiciennes trop souvent endurées dans cet ouvrage. D’ailleurs le maestro sait rendre justice aux pages élégiaques de cette « berceuse de la mort » (selon le mot de l’auteur). Il porte Claudia Karrasch dans le « Pie Jesu », où la soprano fait oublier sa prestation rigide de "Carmina Burana" l’an passé, retrouvant une voix saine. En remarquable technicien, Guy Lathuraz allège la sienne sans jamais détimbrer pour des séquences « Hostias » et « Libera me » anthologiques. Le « In paradisum » ne l’est pas moins et nous entrouvre la porte des cieux. Le recueillement qui suit la musique est encore de la musique et évoque ce soir un petit coin de Paradis sur terre.

 

Festival de musique baroque – Chapelle de la Trinité

"Giulio Cesare" de Haendel (29 Novembre) 

Marie-Nicole Lemieux musique incarnée

Une prestigieuse formation. Voilà près de 40 ans que "Giulio Cesare" n’a pas été exécuté à Lyon (précisément : depuis 1976). Cette absence parait d’autant plus inadmissible s’agissant de l’opéra qui, avec "Alcina" et "Rinaldo" [euh… au fait, quand entendrons-nous enfin ce dernier dans notre bonne ville… ?], participe au trio de tête dans la production du "Cher Saxon" à la scène lyrique. En effet, sur la quarantaine d’opéras italiens laissés par Haendel, rappelons que nous touchons ici au chef-d’œuvre, sur le double plan de l’écriture musicale et de la dramaturgie. Grâces soient rendues au Festival de Musique Baroque d’accueillir une prestigieuse formation ornée d’une splendide brochette de solistes pour ce grand retour. Certes, nous sommes en version de concert mais, une fois de plus, l’intelligence des artistes pallie à l’absence de scénographie. C’est d’autant plus vrai que leurs attitudes et expressions appropriées nous font rentrer plus aisément dans le drame qu’une quelconque et énième transposition gratuite (chez les émirs du pétrole ou les partisans de Che Guevara… dont certains pitoyables et incultes "metteurs en pièces" contemporains se plaisent à nous régaler). © François Vasseur.

Options musicales parfois déroutantes. Pour connaître les travaux d’Alan Curtis depuis plus de 30 ans, nous avons pu relever ses qualités comme ses défauts. A son crédit : une vigueur d’expression, d’attaques et d’accents qui jamais ne sombrent dans l’hystérie et le nervosisme tenant lieu de projet artistique à bien des baroqueux. A son débit : des options musicologiques parfois déroutantes. A ce titre, s’il paraissait plus que probable que l’on n’allait pas nous offrir les 4 heures pleines de la partition intégrale, on ne s’attendait pas, a contrario, à une réduction à ce point drastique. Applaudissements compris, il nous reste 2H15’ d’audition, ce qui est pire que dans l’enregistrement très daté de Julius Rudel, lequel était tout sauf philologique. Que les chœurs et les rôles dits secondaires (Achillas, Curio et Nireno) soient supprimés admettons encore ! Mais faire passer Ptolémée à la trappe relève du non sens pur et simple. Le ressort principal de l’action (son antagonisme avec César) s’en trouve brisé. Franchement, conserver ses 3 principaux airs n’aurait allongé que d’un quart d’heure une soirée plutôt courte. C’est d’autant plus regrettable que tout ce que nous entendons ce soir est de haute volée. La prestation orchestrale d’Il Complesso barocco est superbe, avec des solistes (1er violon et cor naturel) époustouflants. Tous les instrumentistes sont visiblement impliqués, concernés par l’œuvre qui en est transfigurée.

Vocalisation impérieuse, gestion souveraine du souffle. La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux brûle les planches et domine haut la main le plateau vocal. Ébouriffante en César, elle éclipse le souvenir des plus grandes (Baker, Troyanos…) que nous ayons entendues dans le rôle. Elle vit la musique, elle est musique incarnée. Sa technique impressionnante lui permet de triompher de toutes les embûches d’une écriture meurtrière. On ne sait ce que l’on doit le plus admirer : vocalisation impérieuse, gestion souveraine du souffle, arrogance et contrôle de l’émission, ligne voluptueuse, aplomb et autorité dramatiques sur toute la tessiture… et en sus un charme naturel, une simplicité alliée à une spontanéité et une complicité exceptionnelles avec l’ensemble de ses partenaires ! Un miracle évoquant le souvenir de Marilyn Horne, même avec des moyens moindres et le côté "bulldozer" en moins ! Le seul détail à surveiller demeure une tendance à la mobilité corporelle dans les passages ornés, traduisant physiquement chaque effort technique. Broutille au regard de tant de vertus, on s’en doute.  © Denis Rouvreh.
Sa consoeur Romina Basso campe une émouvante Cornélia, réussissant à rendre intéressante chaque intervention de ce personnage ingrat, excessivement uniforme dans l’expression des affects. Son Sesto de fils est brillamment servi par Emke Barath. Cette jeune soprano hongroise s’acquitte avec brio de sa tâche dans cette partie usuellement distribuée à des mezzos. Elle s’avère être une valeur sûre, à suivre absolument tant elle fait preuve d’un impeccable métier (en particulier, nous apprécions ses options judicieuses pour l’ornementation de ses da capo). Karina Gauvin a plus de mal à nous convaincre. Sa Cléopâtre est d’abord monochrome et plébéienne dans l’expression. Progressivement toutefois, sa technique transcendante lui garantit de dépasser le stade du travail simplement honnête en forçant la sympathie. Le bilan s’impose de lui-même : si elle avait intégré un Ptolémée de classe, cette soirée eût été ni plus ni moins que la plus mémorable de tout cet automne musical lyonnais !


"The Fairy Queen" de Purcell (16 Décembre) : l’esprit d’équipe

La dernière exécution scénique du "semi-opéra" de Purcell remonte à juin 2003 à l’Opéra de Lyon. Au paroxysme de la crise des intermittents du spectacle, Le Concert de l’Hostel-Dieu en délivra, alors, une interprétation aussi mémorable qu’héroïque. Le Festival de Musique Baroque de Lyon retente l’expérience, en confiant la réalisation à l’équipe responsable du beau "Scylla & Glaucus" de Leclair l’an passé.

Le piège de la relecture. Si en 2003 le seul point faible était une mise en scène aussi absconse que déplacée, ce cru 2011 est victime d’un défaut analogue. Caroline Mutel avait si bien suggéré l’univers de la tragédie-lyrique de Leclair que nous attendions beaucoup d’elle. Las ! Au lieu de poursuivre dans une recherche esthétique visant à la restitution sublime de la féerie, voilà qu’elle tombe à son tour dans le piège de la relecture. Une fois de plus, nous avons ainsi droit à une transposition qui n’a rien de « moderne » (comme l’affirmait un groupe de "bobos" aussi snobinards qu’incultes à l’entracte) et s’inscrit dans la ringardise commune à ce genre de billevesées resservies depuis 40 ans. Nous voici donc dans les tranchées de Verdun pendant le 1er conflit mondial où un poilu (bien trop soigné au demeurant !) sort de sa tranchée pour vivre un rêve éveillé. Pardonnez-nous Madame, nous avons beau connaître le livret, nous ne parvenons pas à adhérer à votre principe. Vous racontez une autre histoire et les néophytes ont autant de mal à suivre. Il s’en est pourtant fallu de peu ! Eussiez-vous montré un soldat britannique (nous avons aperçu un casque de "Tommy" dans votre attirail) s’endormant au milieu de toutes ces horreurs de la guerre, puis une véritable féerie onirique de nuit d’été élisabéthaine envahissant l’espace, que cela aurait parfaitement fonctionné. Malheureusement, votre propos tourne à vide car il vire à l’artifice. Croyez bien que nous éprouvons une peine sincère à l’écrire, dans la mesure où nous estimons que vous possédez un grand et authentique talent. Vous l’avez précédemment prouvé et n’avez nul besoin de faire du Laurent Pelly (la bêtise et la vulgarité en moins, il est vrai, ce qui est tout à votre honneur) en passant au ripolin des oeuvres qui survivront, malgré tout, au traitement infligé. Vous savez occuper l’espace et diriger vos acteurs. Ces vertus se conjuguent aux maquillages subtils de Carole Ortega, lesquels s’unissent harmonieusement aux jeux de lumières inspirés, réglés par Fabrice Guilbert. Là est la féerie à laquelle tout le monde a droit et que chacun est capable d’apprécier, même sans bagage culturel préalable, car jouir de la beauté n’est pas l’apanage d’une élite.

Ardeur peu commune. Oublions le dadaïsme du propos visuel et penchons-nous sur l’essentiel : la partition. De ce point de vue, c’est un régal, même s’il faut bien admettre que Franck-Emmanuel Comte en 2003 disposait d’un orchestre plus fourni en cordes, plus assuré et aux sonorités plus rondes. Avec son ensemble "Les Nouveaux Caractères", Sébastien d’Hérin compense ces insuffisances par une folle énergie et une ardeur peu commune, aptes à faire passer l’éponge sur de ponctuels écarts de justesse. Le jeune chef se dépense sans compter, réalisant même des exploits. L’esprit poétique est présent dans les prestations impeccables des bois. L’engagement des cordes (les graves, surtout !) et du timbalier sont dignes d’éloges.
Mais ce soir, ce sont les chanteurs qui focalisent l’attention.

Virginie Pochon domine le plateau vocal. Seule rescapée du spectacle de l’Opéra en 2003, Virginie Pochon domine le plateau vocal de son métier très sûr, fruit de la fréquentation constante des scènes internationales. La vaillante soprano polit jour après jour une extraordinaire égalité de registres alliée à des moyens considérables. Pour elle, l’heure de la mutation a sonné et, après avoir longtemps servi avec bonheur les "servantes", le temps est désormais venu d’incarner les dames de haut lignage. Bien mieux que dans Circé en 2010, Caroline Mutel révèle ses qualités de cantatrice, faisant preuve d’un panache, d’une autorité et d’un aplomb (spécialement dans le registre aigu) à faire pâlir bien des stars surévaluées. En outre, son implication scénique force l’admiration. Outre la prestation sympathique de Hjördis Thébault en 3ème soprano, mentionnons sans réserves l’apport de la mezzo Sarah Jouffroy qui affiche une étonnante sensibilité vocale, une digne présence et une appréciable prestance scénique.
Côté messieurs, la basse Frédéric Caton se hisse au premier rang par la beauté du timbre et du phrasé. Roman Nédélec et Frédéric Bourreau complètent efficacement les pupitres de clefs de fa. Si trois ténors – Sébastien Droy, Julien Picard et Lisandro Nesis – se partagent la tâche en clefs de sol, le premier se fait remarquer comme le plus expérimenté. Enfin, les contre-ténors Jean-Paul Bonnevalle et Théophile Alexandre sont presque sous-employés. Ils constituent un luxe dans une distribution où domine un véritable esprit d’équipe, dans la grande tradition des troupes d’opéra, aujourd’hui maintenue dans les seuls pays germaniques et slaves.

Indéniablement, le Festival est très méritant de livrer sa propre production scénographique. C’est même un véritable exploit, compte-tenu des moyens techniques restreints du lieu. Encore faut-il, dans ce somptueux "décor naturel", opter pour autre chose qu’une vision décalée. Avec les moyens mis en œuvre cette année, Caroline Mutel peut mieux faire dans la fidélité à l’esprit des œuvres. On lui doit une revanche, elle nous la doit. Nous n’avons pu voir sa mise en scène de "L’Orfeo" de Monteverdi que tant de spectateurs fiables ont estimée de très bon goût. Ce pourrait être, céans, un choix opportun pour décembre 2012. © François Vasseur.

 

Almaviva– Salle Molière - "Jeux Lyriques" (4 Décembre) 

Quand les jeunes pianistes fusionnent avec les espoirs vocaux

Favoriser la promotion des jeunes chanteurs. Fondée en 1941, ALMAVIVA (anciennement "Les Frères des 4èmes de l’Opéra de Lyon") célèbre son 70ème anniversaire. Depuis ses origines, la vénérable institution se donne pour mission de favoriser la promotion des jeunes chanteurs lyriques. Ainsi, bien des interprètes célèbres se sont vus donner leur chance lors des concerts organisés traditionnellement Salle Molière. Depuis quatre ans, lesdits concerts sont devenus spectacles, avec des scénographies d’autant plus efficientes qu’elles sont d’une intelligente simplicité.

 

Après de mémorables "Traviata", "Offenbachiade" et "Rigoletto", deux opéras-comiques en 1 acte sont à l’honneur. Petits bijoux chichement représentés de nos jours, "Une éducation manquée" d’Emmanuel Chabrier (photo)

et "La Poule noire" de Manuel Rosenthal (photo) bénéficient d’une réalisation aussi remarquable que soignée. La mise en scène d’Annie Tasset est admirable de justesse.

A aucun moment elle ne sombre dans les deux plaies redoutables ayant pour noms : relecture prétentieuse et ringardise. Toute finesse, sa vision respecte les époques (fin XVIIIème pour Chabrier et 1900 pour Rosenthal) avec un esprit qui n’a d’égal que son sens de l’esthétisme et son évidente culture. Ajoutons que la direction d’acteurs est excellente, les costumes d’Hélène Marchand d’une exceptionnelle élégance et les éclairages d’Alexandre Luciani des plus pertinents dans leur sobriété. © Daniel Bourdenet.

Conjuguer les talents. Présentées dans leurs réductions pianistiques, les partitions sont défendues avec brio par les étudiants du Conservatoire de Lyon. La sage idée est d’avoir pensé à conjuguer les talents des classes de chant et d’accompagnement, respectivement confiées aux doctes Marcin Habela et Laetitia Bougnol. Les jeunes pianistes fusionnent ainsi avec les espoirs vocaux, faisant preuve d’un professionnalisme inespéré. Cinq instrumentistes alternent au clavier, soutenant efficacement six chanteurs solistes et sept choristes. Les premiers parviennent à trouver – vertu rare – des couleurs évoquant l’orchestre et les seconds assument crânement leurs parties, s’avérant, de surcroît, de bons comédiens. Aucun ne démérite, en dépit d’une verdeur inévitable. Toutefois, force est d’admettre que deux interprètes dominent le plateau. La mezzo-soprano Pauline Loncelle campe un Gontran de Boismassif (Chabrier) impétueux avec une puissance, une étendue et une égalité de registres stupéfiantes. A condition de ne pas s’emballer, de trouver un impresario sérieux et de savoir résister aux sirènes, elle pourrait d’ici peu surprendre dans des rôles de mezzo léger voire lyrique. A suivre de près. Sa camarade, la soprano Jessie Nguenan, incarne une Constance (Rosenthal) dont le maintient élégant en scène sait ravir l’assistance, sans démériter sur le strict plan de la grâce vocale.

Une interrogation… Le public, tous âges confondus, réserve une ovation méritée à l’ensemble des exécutants, manifestant chaleureusement sa joie d’avoir passé un moment d’exception par ce gris après-midi automnal. Une seule interrogation demeure : après avoir consacré tant d’énergie à un travail de qualité, Michelle Bérod – parvenue au terme de son mandat de Présidente – ne trouve pas de successeur. Outre qu’il est inconcevable de ne voir aucune volonté se manifester en interne pour reprendre le flambeau, il serait affligeant qu’une entreprise aussi noble, indispensable à l’épanouissement des jeunes talents, disparaisse de l’horizon culturel lyonnais. Qu’on se le dise… !

Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin

Le Trio Wanderer à Ecully Musical. Grand moment émotionnel !

La dynamique équipe d'Ecully Musical avait invité le célèbre Trio Wanderer à venir se produire à la Maison de la Rencontre à Ecully. Une performance unique pour cette active petite structure.
Le Trio Wanderer, créé sur le thème du "Voyageur errant" est régulièrement invité par les plus grandes scènes internationales (Philharmonie de Berlin, Théâtre des Champs-Élysées, Wigmore Hall de Londres, Opéra de Pékin, Scala de Milan,...) Et dans les prestigieux festivals d'Edimbourg, Montreux, Osaka, Salzbourg. Il se produit dans le monde entier.
Patrick Favre Tissot Bonvoisin (par ailleurs connu de nos lecteurs comme notre chroniqueur ès musique "maison" - photo), présenta avec talent, anecdotes à l'appui, les œuvres des quatre compositeurs au programme de la soirée : Franz Liszt, Edvard Grieg, César Franck et Bedrich Smetana. Il est historien de la musique, il nous a fait découvrir les liens entre Liszt et ses trois confrères, par ailleurs ses héritiers sur le plan esthétique.
Chemises et pantalons noirs, les trois musiciens du Trio Wanderer, ont donné une prestation parfaite. Ils tirent la quintessence de la sonorité de leurs instruments. Tour à tour graves et romantiques ou alertes et vifs, ils jouent avec une grande expressivité, une technique et un brio inégalé. Les attaques sont nettes et précises et ils savent très bien restituer les sentiments et les états d'âme des compositeurs. Quand ils jouent tous les trois ensemble  avec une formidable complicité et homogénéité, ils sont au top de leur art. Surtout dans les mouvements rapides.
Mais, Vincent Coq au piano, Jean-Marc Phillips-Varjabédian au violon et Raphaël Pidoux au violoncelle, sont aussi d'extraordinaires individualités. Photo © Marco Borggreve. A les écouter jouer tour à tour, des passages les mettant isolément en valeur, on croirait assister au concert d'un grand interprète soliste ! Bref, on ne fait pas mieux en matière de Trio en ce moment et leur excellence les conduit aux mêmes sommets que le Beaux-Arts Trio autrefois. Ce fût un superbe cadeau de Noël, et une soirée inoubliable pour un public de mélomanes enthousiastes. JPD

PS :  Par souci de déontologie, Patrick Favre Tissot Bonvoisin n'a pas souhaité commenter ce concert où il était intervenant.

Ecully Musical 06 85 29 11 90. www.ecully-musical.fr

 

Retrouvez les anciennes chroniques

de Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin voir ici.

6 / Printemps 2011 - 5 / Hiver 2010/11 - 4 / Automne 2010
3 / Printemps 2010 - 2 / Hiver 2010/11 - 1 / Automne 2009

 

  • Liens

Orchestre national de Lyon www.auditoriumlyon.com
Opéra de Lyon : Danse, opéra, concerts et jazz à l'Amphi

www.opera-lyon.com
Salle Molière. Saison de Musique de Chambre de Lyon :

www.musiquedechambre-lyon.org

La Chapelle de la Trinité. Festival de Musique Baroque de Lyon
www.lachapelle-lyon.org
Bourse du Travail– Musiques Traditionnelles

www.lesgrandsconcerts.com
Concerts de l'Hostel Dieu : www.concert-hosteldieu.com
Choeurs et Orchestre XIX : www.choeur-orchestre19.org/
Fortissimo Musiques : www.fortissimo-musiques.com

Association Piano à Lyon www.pianoalyon.com
Solistes de Lyon-Bernard Tétu www.solisteslyontetu.com

 

OPERETTE

La Compagnie Cala

Andalousie © Laurent Cooper.
Les spécialistes assurent que ses spectacles sont tous d'excellente qualité. Et puis, l'opérette ne fait-elle pas partie du patrimoine musical français, au même titre que l'opéra ou la musique classique ! La Compagnie Cala est lyonnaise, elle accueille 25000 spectateurs par saison, dispose de 1400 abonnés très réguliers et joue surtout en matinée. L'orchestre et les chanteurs sont des professionnels et les choeurs sont mixtes : très bons amateurs et professionnels. Le seul handicap est, à la différence de l'ONL ou de l'Opéra , de ne pas avoir de salle aussi bien pour les répétitions que les représentations.
Cette année la Cie Cala présente un choix éclectique de productions avec seulement un seul spectacle invité.

 

* Princesse Czardas opérette viennoise de Emmerich Kalman. Une superbe opérette prétexte à la valse. Celles de Princesse Czardas sont bien rythmées et langoureuses à souhaits... La Bourse les 26 et 27 novembre.

 

* Jazz à Molière. Pour la cinquième année, le Big Beat band de Patrick Bensoussan jouera tous les standards les plus connus du jazz New Orleans. Tonus et ambiance garantie ! Salle Molière le 11 décembre.

 

* La Vie Parisienne de Jacques Offenbach Amphi 3000 le soir du réveillon du 31 décembre.

 

* Andalousie opérette à grand spectacle de Francis Lopez. La Bourse les 7 et 8 janvier.

* Ciboulette. Opérette de Reynaldo Hahn. Un petit bijou du patrimoine musical français. Avec une excellente musique, fin évoquant Ravel, Messager et Massenet. Mise ene scène de J. J. Chazalet, directeur du Théaâtre Odéon de Marseille. Une première à la Cie Cala.© Laurent Cooper. La Bourse les 4 et 5 février.

 

* Tangoforte... le alma del tango. Récital de Gilles San Juan, les diverses formes de tango. Avec un trio bandonéon, piano et contrebasse. Salle Molière le 25 février

 

* La Périchole. Opéra-bouffe de Jacques Offenbach.
La Bourse les 3 et 4 mars

 

* Rigoletto. Opéra de Verdi. Voilà plus de 30 ans qu'il n'a pas été donné à l'Opéra de Lyon. Deus très beaux airs du réertoire de ténor et un sextuor considéré comme la plus belle pièce d'ensemble vocal de l'opéra italien. Direction Andreï Chevtchouk avec Liza Wingard, Elena Sommer, Ignacio Encinas, Patrice Berger. Amphi 3000 les 24 et 25 mars.

 

 Autour de Rigoletto

* Récital Lyrique. Avec les jeunes solistes du Rigoletto qui sera joué la semaine suivante avec au piano Andreï Chevtchouk élève de Rostropovitch. Salle Molière le 18 mars.

 

* Rigoletto de Verdi ou l'avénement du drame lyrique moderne. Une conférence du musicologue Patrick-Favre-Tissot-Bonvoisin. Verdi consacre, en précurseur, en Italie et avec Rigoletto, la naissance du drame lyrique de l'avenir.
Salle André Latreille le 23 mars.

 

* Les nuits de Moscou. L'ensemble Troïka est l'un des prestigieux spectacles en matières de danses, chants et musiques slaves. Avec un violoniste cosaque virtuose. Spectacle invité. La Bourse les 31 mars et 1er avril.