Décembre 2008
     Dans cette page : La Chine - Les villages perchés du Lubéron - Andalousie mythique ?
 
De Lyon Saint Exupéry à Pékin, via Francfort

 

Entre Chine éternelle et mégacités futuristes


Appliquez vous
à garder en toute chose le juste milieu.
Confucius 550-480 av.J.C.



Oublions les J.O. et le Tibet, pour ne parler que de tourisme. Nous sommes allés, hors saison c'est la meilleure période, faire une découverte d’un dizaine de jours en Chine. Un voyage organisé par Asia, en individuels avec chauffeurs et guides particuliers. Carnet de route.


Pékin (Beijing)- L’harmonie silencieuse des palais impériaux

Shuang Xia, la guide et le chauffeur Chen Sifu sont là tout sourire, à la descente d’avion. Après un vol de nuit Lufthansa, sans histoire, nous voici enfin dans cette mythique capitale de l’Empire du Milieu, crée par le petit-fils de Gengis Khan au 13° s. Première visite, le Temple du Soleil, est une belle enfilade de trois temples circulaires installés dans un immense parc. Mao est encore sur la place Tian ‘an men. Une foule dense de touristes chinois se presse à l’entrée de la Cité Interdite. Nous traversons le palais impérial restauré. C’est une somptueuse succession de portes, de cours et de pavillons.

Le rouge, symbole de la chance et de la joie prédomine, les hautes portes sont rehaussées de 9 séries de 9 cabochons dorés, les poutres des toits sont de couleurs vives vert et bleu et les tuiles grises ou jaunes . Des animaux symboliques égayent l’austérité des lieux : dragons (l’animal totémique de la Chine), lions, phénix, oiseaux, tortues. Des groupes disciplinés, repérables à leurs casquette de couleur, suivent leur guide et son drapeau.
Depuis les congés payés instaurés il y a 8 ans les chinois visitent en masse leur pays. De la colline du Charbon, nous dominons la Cité Interdite et ses 999 pièces, autre chiffre particulièrement vénéré.


Pékin - high tech

Wang Fu Jiang la grande avenue piétonne de Pékin. Toutes les marques mondiales du luxe et du sport sont là, dans des centres commerciaux high tech, surmontés d’écrans muraux géants. Une foule dense déambule. Si les boutiques de luxe sont quasi vides, par contre les magasins bon marché sont bondés, c’est très vivant ! Ici on dîne et se couche tôt. Sur les chantiers, les chalumeaux crépitent toute la nuit. On travaillait d’arrache pied pour que tout soit prêt pour les J.O.


La grande muraille - le serpent infini

Jinshanling, à 147 km de la capitale, est le site le plus sauvage et le plus authentique de la Grande Muraille de Chine. Les fortifications grimpent tout droit dans les montagnes escarpées et arides. Le lieu est resté dans son jus, mi-restauré, mi-en ruine. Découvrir ces remparts séculaires au marches disjointes est un réel plaisir. Depuis le IV° s. av.J.-C., au fil des dynasties Quin, Han, Ming et autres, ce sont quelques 50000 km de remparts, sans cesse recommencés, qui auraient été construits. Un incroyable travail et dont il ne reste que quelques 6300 km de tronçons, mis bout à bout.


Chengde - Nord-Est de la Chine


Chengde, à mi-chemin de la Mongolie, était la résidence d’été des empereurs. C’était un lieu de contact et de diplomatie avec les peuples des steppes. Le palais d’été et son lac enchanteur font oublier les chaleurs des plaines. Deux magnifiques temples: le petit Potala, réplique réduite de celui de Lhssa celui de la Paix Universelle, dédiés au bouddhisme lamaïque, témoignent de la forte influence tibétaine. Au petit matin brumeux et calme nous montons les 300 marches du Petit Potala installé sur une colline. Jardins, moulins à prière, fourneaux en fonte, pins séculaires, tout contribue à créer une atmosphère poétique.


Pékin - périphériques

Retour. L’autoroute à péage débouche sur le 6°, puis les 5°, 4° et 3° périphériques. Nous longeons une interminable succession de groupes de tours d’habitation d’une vingtaine d’étages agglutinées les unes aux autres. Le 2° périphérique, est nettement mieux : anciens buildings sino-soviétiques colossaux, appartements de luxe, sièges sociaux rutilants, immenses complexes de bureaux en cours de travaux. Il faut loger 14 millions d’habitants à Pékin. La circulation sur 3 à 6 voies est dense. Impression générale : fluidité extraordinaire et rythme de construction époustouflant.


Pékin - hutongs

Les hutongs sont les quartiers anciens, de petites maisons basses à cour carrée toutes identiques, reliées par des ruelles étroites et sinueuses. Murs, tuiles, poussière : tout est gris. La plupart des hutongs est remplacée par des buildings ou restaurée à l’identique par des gens aisés. Nous visitons en cyclo-pousse, comme autrefois, ce monde englouti, cerné de chantiers. Temple des Lamas. C’est un jour de fête pour les croyants, une foule bon enfant se presse pour acheter des bâtonnets d’encens traditionnels, les allumer à la flamme d’un grand brasero, déposer une offrande au bouddha, et faire une brève prière. On sent une grande ferveur religieuse.


Pékin - Dashanzi et l’art contemporain


Du côté du 4° périphérique, installé sur un ancien site industriel désaffecté, le 798 Artist Area, regroupe une centaine de galeries d’art contemporain. Les artistes ont tout d’abord squatté les entrepôts, puis le business a pris le dessus, maintenant ce sont de belles galeries. Les œuvres présentées sont imaginatives avec un réel talent. Et leur côte monte en flèche ! A voir absolument quitte à zapper un palais ! Les boutiques de Liulichang (la rue des antiquaires) au façades repeintes, présentent un bric à brac incroyable d’objets, de statues, d’estampes et de calligraphies d’où il est difficile de distinguer le vrai du faux. Ce soir le vent de sable des steppes, associé à la pollution, crée un brouillard dense sur la ville.


Couchettes molles

Train de nuit Z 19. Pékin, immense gare de l’ouest, 21h24. Une belle hôtesse nous accueille à la portière du wagon, souriante dans un garde à vous impeccable. Le compartiment est propret, quatre couchettes “molles”, rideaux, napperons, couettes, thermos, écrans vidéos individuels. Mais la suspension du wagon est un peu fatiguée et le profil de la voie parfois bosselé.

Bonne nuit quand même. Pékin-Xi'An 1280 km.


Xi’an - l’armée oubliée des guerriers enterrés

Chang Hao, le guide et Sun le chauffeur, nous conduisent dans une superbe Drapeau Rouge noire neuve avec porte emblème à l’avant. Xi’an fut la capitale sous les dynasties des Hans et des Tangs pendant plus de mille ans ! Cette ville est la seule à avoir conservé intacts ses très imposants remparts. Le tour complet fait 14 km. Il s’y déroule même un semi-marathon ! La pagode de l’Oie Sauvage s’érige haute de 74m dans un jardin très vert aux arbres séculaires, bouffée de fraîcheur dans une ville de 2 millions d’habitants. Visite du très complet musée d’art : objets en émaux cloisonnés, porcelaines rares, vases tripodes en bronze, sculptures de jade, masques.
Qin Shi Huangdi, le premier empereur de Chine, fut un grand bâtisseur, unificateur de la monnaie, de l'écriture, des poids et mesures et de la largeur des essieux de chars. Mais il fût aussi un grand mégalomane puisqu'il fit bâtir de son vivant un immense ensemble funéraire où une armée de 7000 soldats de terre cuite a été enterrée. Et oubliée ! En 1976, un paysan, creusant un puits, découvre les premiers guerriers de terre cuite et ainsi ressuscite la ville endormie. Depuis cette date les fouilles continuent et un vaste complexe touristique a été bâti sur et autour des archers, officiers et chevaux. Chaque année 7 millions de visiteurs.


Xi’an - détour chez l’habitant

Mr. Lee, retraité de l’administration, nous donne une leçon de calligraphie, art majeur chinois. “Les caractères s’inscrivent dans un carré. Ils sont toujours tracés de haut en bas et dans le même ordre”. Plus tard, déjeuner chez l’habitant, dans le modeste appartement d’un ouvrier retraité, profusion de plats simples mais accueil chaleureux. A voir aussi, la pagode de l'Oie, 65m de haut ! A l'époque c'était une belle performance technique ! Puis le quartier musulman et le superbe musée de Xian.


Shanghai - un décor de bd futuriste

Arrivée du vol Air China. Zou Xiuli notre guide et Zhou Lingying, deux charmantes jeunes femmes, nous accueillent avec de larges sourires. D’entrée tout nous parait démesuré : l’aéroport, l’entrelacs de voies rapides surélevées, les vieux quartiers, les ruelles, les tours. On se croirait dans un film ou une BD de science fiction. C’est vraiment époustouflant ! Zou : Il y a plus de 3000 tours , plus les tours de grande hauteur comme la tour du World Financial Center, en cours de construction 492m, 108 étages., la tour Jinmao 420m, 90 étages l’Oriental Pearl TV Tower 468m. Combien d’habitants ici ? Zou :10 millions et avec la banlieue 15 millions dont un million de “flottants”, saisonniers logés par leur employeurs, immigrants clandestins venus d’autres provinces, etc...


Shanghai - Nanjing Road


Avec ses centres commerciaux et ses centaines de magasins, Nanjing Road est la rue piétonne par excellence. Une foule, à couper au couteau, passe sous les néons et écrans géants. People’s Square (place du Peuple), est dominée de buildings de prestige, comme une clairière l’est d’immenses arbres. Ici se trouvent le musée d’art, l’opéra et la mairie.


A table, profusion de plats

De quatre à dix plats communs vous sont servis successivement au milieu de la table et chacun se sert avec ses baguettes. Viandes en fines lamelles, légumes bouillis, raviolis, nouilles, riz. Les sauces sont à part. Et le thé au jasmin est mis d’office.

La cuisine chinoise est légère, digeste et conviviale.


Shanghai - un peu d'histoire

L’occident, ayant gagné la guerre de l’opium en 1842, réclama à la Chine 5 concessions, dont Shanghai, ce qui aida le port à devenir l’un des premiers du monde. L’ancienne concession française a eu jusqu’à un million d’habitants dans les années folles. Les riches chinois venaient s’y installer car la sécurité était assurée par l’armée. Huahai Road (ex. av. Mal Joffre) qui la traverse de part en part, a gardé un réel charme rétro avec ses belles maisons, ses platanes. Zou: il y a 20000 français à Shanghai et 7000 à Pékin. Parc de la Renaissance 9h30 : hommes et femmes, seuls ou en groupes font leur gym “taiji”. Étonnante tranche de vie.


Shanghai - Pudong - Puxi

La nouvelle zone de Pudong avec ses tours démesurées évoque un extravagant Wall Street asiatique. La diaspora chinoise et les investissements étrangers, ont bâti là, un immense quartier d’affaires. Le quartier de Puxi, au bord du fleuve Huangpu est une vaste zone de démolition et se prépare à devenir le futur chantier géant de l’exposition universelle de 2010. Partout on s’active pour refaire des routes, des rocades, construire de nouvelles tours, etc... Shanghai est vraiment une ville fascinante !


Suzhou - environs de Shanghai


Nous traversons une des plus riches provinces de Chine. D’incroyable suites d’usines ultramodernes aux sièges sociaux superbes bordent la route. En voiture. Zou à propos du Tibet : "Les français s’intéressent à la politique, les chinois d’abord à l’économie". Le tout nouveau musée d’art du jardin conçu par Pei Luming, l’architecte de la pyramide du Louvre, contraste avec la maison du mandarin son jardin romantique du Maître des Filets, qui ont le charme désuet des peintures chinoises d’autrefois. La balade en barque sur un des nombreux canaux, qui firent autrefois la réputation de la ville, ajoute une touche romantique à la journée.


Impressionnes et dépayses

Tout au long de ce périple nous avons été impressionnés par la cohabitation simultanée des héritages d’un passé bimillénaire et d’une modernité galopante omniprésente. Appliquons nous aussi à garder en toutes choses le juste milieu. Il faut bien le reconnaître, ici tout est parfait pour le touriste. Nous avons été accueillis partout avec courtoisie, prévenance et sourire. Et tout fonctionne à l’heure : avions, train, rendez-vous avec les guides, etc. Grâce à nos trois guides successifs, tous diplômés d’université, parlant parfaitement le français sans accent, bien que n’étant jamais venus en France, avec eux, nous avons beaucoup appris sur la vie quotidienne des chinois.


Partir n’est plus un luxe réservé aux autres

C’est juste une expérience extraordinaire. Allez-y vite pendant qu’un tel voyage, avec guides et chauffeurs particuliers, est encore à un prix abordable. Dans dix ans cela ne sera sans doute plus possible. Saisons : printemps, automne jusqu’en novembre. Éviter les grosses chaleurs de l’été. Prix : 1 € = 10 yuans, ce qui facilite les calculs. Ce fût une vraie satisfaction de descendre dans trois des 28 hôtels asiatiques du groupe Accor (premier groupe hôtelier au monde), dont l’un des deux co-fondateurs est un lyonnais : Gérard Pélisson. Asia est le spécialiste des voyages individuels en Asie. Ce circuit essentiel, complet avec ses détours enrichissants de 11 jours revient à 2479 euros. Une cinquantaine de circuits sont au catalogue en asie du sud-est, en orient extrême, en asie du sud, en asie mineure et asie centrale. Asia organise aussi des circuits groupes en Asie et en Australie. Asia à Lyon 46, rue Président Herriot (entrée 10, rue St Nizier) 69002 Lyon - Tél 04 78 38 30 40 - E-mail : lyon@asia.fr. www.asia.fr

© J-P. Doiteau

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A moins de trois heures de Lyon

Les villages perchés du Lubéron

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Je vous écris d’une région où subsistent, intacts, de superbes villages perchés, où toutes les nuances d’un vert perpétuel se mêlent aux ocres des mas et des bastides, où des fleurs parsèment encore les prés, même en automne, où règne un ciel d’un bleu imperturbable. Et où, sur le pourtour d’un massif d’une soixantaine de kilomètres, s’est façonné, au fil des siècles, un décor harmonieux, unique au monde. Carnet de route de village en village.

Oppède-le-Vieux est sans doute le plus médiéval, avec ses vestiges et ses ruines au milieu desquels émergent des arbres centenaires.

Menerbes, véritable place forte, aligne ses superbes façades au dessus du vide, comme si un architecte génial en avait déjà prévu le plan d’urbanisme. 

A Lacoste, tout en haut d’abruptes rues pavées, les œuvres d’art contemporain tranchent sur la silhouette déchiquetée du château du marquis de Sade, restauré par Pierre Cardin.

Le village-rue de Bonnieux est d’apparence austère, mais il faut s’échapper dans les petites rues latérales pour en découvrir le charme.

Gordes, c’est l’archétype du village-perché. Trop bien restauré, il est devenu l’étape touristique incontournable. Dedans il y a foule. Dehors, la vue sur le village au coucher de soleil est absolument splendide.

St-Saturnin- les-Apt est niché dans une exubérante végétation de vignobles et de vergers. Le soleil couchant dans l’axe de la grande rue met en valeur ses riches maisons.

Roussillon, c’est toute la palette des ocres qui s’exprime sur les façades et les toits des maisons. Remarquez la porte en bois peint de la maison de l’écrivain Jean Lacouture. Et montez prendre un sirop d’orgeat sur la de l’étonnante librairie-café.

Lourmarin est installé sur le versant sud du massif, au débouché des gorges qui divisent la montagne en Petit et Grand Lubéron. Le château Renaissance fait face au village. Maisons bourgeoises, rues coquettes, boutiques branchées pour riches bobos-gogos, galeries d’art, agences immobilières et terrasses de cafés animées : tout y est. Passez une agréable soirée dans une pizzeria entouré d’anglais, d’américains, de néerlandais, d’espagnols, d’allemands et de russes. Ici, c’est comme un microcosme d’Europe !

Mon coup de cœur : Buoux. Installé dans un vallon secret du plateau des Claparèdes, le lieu est à peine assez grand pour dire que c’est un village. Mais quelle harmonie dans le décor ! Et tout y si tranquille, on se croirait au bout du monde. A découvrir uniquement si l’on aime les endroits sauvages.

Reprenons le volant. Plus à l’est, les villages sont moins connus, mais plus authentiques et moins fréquentés.

Le Rocher de Saignon surplombe la vallée du Calavon. Là- haut, la vue sur le Mt. Ventoux et la montagne de Lure est grandiose. Et le village a gardé le charme intact d’autrefois.

Auribeau, ce sont une petite place avec des cadrans solaires, et quelques belles maisons. Nous sommes au pied du Mourre Nègre (1125m), le sommet du massif.

A Viens - c’est son nom-, au bout d’une belle route en corniche, vous ferez le tour du village à travers un dédale compliqué de rues en pente et de mini-placettes.

Dans une région retirée, Simiane-la-Rotonde garde quelques belles maisons, signes d’un certain statut social des habitants de l’époque.

Enfin Oppedette, au bout d’une interminable route, est caché derrière un repli de terrain. Ce village très simple, mais resté dans son jus, domine les gorges calcaires du Calavon.                           

Il faudrait une bonne semaine pour tout découvrir : Apt, Les Beaumettes, Manosque, Pierrevert, Cucurron, l’abbaye de Senanque, le Colorado provençal, l’Isle-sur la-Sorgue et ses antiquaires, etc...

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Des décors changeants agrémentent le parcours : vergers de plaines, coteaux à vignes, vallons à lavande et ruches; anciennes restanques enfouies sous la végétation, mas et bastides en pierres sèches, bories en ruine, vieux moulins à huile et, ça et là, une chapelle romane restaurée au milieu de la garrigue. Vous verrez des pins, des chênes verts, des cèdres, des cyprès, des oliviers ! Vous humerez les senteurs sauvages de thym, de romarin, de marjolaine. Et parfois vous ferez une rencontre, au détour d’un chemin immémorial, comme ce berger, ses trois chiens et ses 280 chèvres. Dans la campagne n’hésitez pas à vous arrêter pour acheter chez le producteur : de l’huile d’olive, du miel de lavande, de l’essence de lavandin aux vertus toniques, du fromage de chèvre et du vin des coteaux du Lubéron -il y a des caves partout- !

Mais pour s’imprégner de l’esprit de ces lieux, le mieux encore est de flâner dans les ruelles tortueuses, de s’attarder à la terrasse des cafés, de s’attabler pour l’aiöli du vendredi midi, ou encore de chiner dans un vide grenier imprévu.

Et vous retrouverez ainsi un certain art de vivre disparu, un je-ne-sais-quoi dans l’air du temps qui fait tout le charme du Lubéron.  www.luberon-en-provence.com.

© P-J. GOUDARD

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Un regard oblique sur un haut lieu du tourisme

Andalousie mythique ?

Voilà bien trois semaines que j'étais à Lyon et l'envie de partir commençait à me démanger. Alors j'ai décidé d'aller passer quelques jours en Andalousie. En voiture, à l'aventure, sans réservation, avec juste un atlas routier Europe et un Guide Vert Michelin. Un long trajet, et la liberté d'aller à ma guise. Mais avec une règle, une fois arrivé dans une ville, je ne touche plus à la voiture, toutes les découvertes se font à pied. Comme le dit  R. L Stevenson  "En vérité, je ne voyage pas moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher : simple plaisir de voyager. Et puis tant pis, si faute de place à l'hôtel, je rate une ville ou si j'arrive trop tard pour visiter un  palais !"

Tous les voyageurs, tous les guides ont décrit les merveilles des églises et des palais andalous. Mais là j'éprouve un véritable embarras. Dois-je offrir la peinture exacte de ces lieux..... Je m’attendais, à trouver là-bas, un calme relatif. Erreur, en octobre, c'est encore la haute saison, les fameux sites étaient envahis d'une foule considérable et bruyante et de groupes agglutinés autour de leurs guides. Certes les décors étaient bien tels qu'annoncés, superbes et magnifiques, mais encombrés qu'ils étaient de flots de touristes aux chemises bariolées, pieds nus dans des sandales, l'appareil photo crépitant en permanence, l'effet attendu tombait un peu. Donc la vision était parfois un peu brouillée. Aussi je ne vous parlerais pas de la mosquée de Cordoue, ni de la cathédrale ou de l’Alcazar de Séville, ni de la cathédrale ou de l’Alhambra de Grenade. Par contre je voudrais vous livrer quelques coups de cœurs et petits agacements.

Le Parador de Tortosa, installé dans une forteresse médiévale dominant la ville, est l'étape idéale. C’est un havre de détente bienvenu, après 800 km d'autoroute. C’est le château fort type avec tours, remparts, créneaux, vieux canons, etc... A 20 km de l'autoroute au sud de Tarragone.

 

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Agréable surprise : avec ses larges avenues Cordoue, est une belle ville, inscrite au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Premier plaisir : une balade dans la Judéria, l'ancien quartier juif, maisons blanches, balcons en fer forgé, coquet et gai, suivie d’un repas sur la terrasse d’ El Burlaero sur une minuscule placette. Le patron est un officianados, ici figurent les photos de toreros célèbres : L.M. Dominguin et El Cordobes. En fin d'après-midi, j’ai fait une agréable trouvaille, le petit Museo Arqueologico, découvert par hasard au coin d'une ruelle, dans le somptueux palais Renaissance des Paez, dont les gardes sont heureux de bavarder avec les derniers visiteurs du soir.

Séville. Faire une balade au petit matin calme, autour de la cathédrale et de la Giralda, pour en apprécier tout l’art, les portails, l’importance et le jeu des volumes, c'est je crois, la troisième du monde chrétien après Rome et Londres. Puis entrer subrepticement à l'intérieur pendant la messe, avant l'ouverture officielle en fin de matinée.  Personne, on peut alors, découvrir les trésors en toute tranquillité. Autre coup de cœur, le Museo de Bellas Artes qui possède une somptueuse collection de peintures espagnoles Francisco Zurbaran, Valério Dominguez Becquer, Valdès Leal, Murillo, un pur bonheur à visiter! 

Ronda, c'est d'abord la belle route de montagne qui y mène, à travers une sierra sauvage survolée de vautours. C'est aussi un hôtel de charme, le San Gabriel, au cœur du quartier historique.  Cette authentique et chaleureuse maison bourgeoise de 1736 est décorée avec un goût exquis et l'on se sent comme chez soi. Orson Wells et Ernest Hemingway y sont passé et bien d'autres encore, aux murs, une belle collection de photos en témoigne. 

 

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A Grenade tout tourne autour de l'Alhambra. En arrivant, j’ai dîné de succulents tapas et d'un verre de Rioja, à la Bodega Casteneda à deux pas de la Plaza Nueva, sûrement l'endroit le plus animé de la ville. Puis j'ai fait une promenade romantique au clair de lune au bord du Rio Darro, sous les remparts illuminés de l'Alhambra. Dans les tabernas enfumées, les étudiants de l'Université de Grenade allaient discuter jusqu'à une heure avancée de la nuit. Le lendemain matin, de bonne heure, je suis monté avec le minibus rouge de l’Alhambra, découvrir l'ancien quartier gitan du Sacromonte. Depuis la terrasse de San Nicolas, encore déserte pour quelques instants, s’offrait à moi une vue splendide sur l'ensemble imposant de l'Alhambra, qui se détachait en silhouette sombre sur les sommets enneigés de la Sierra Nevada (sommet principal le Mulhacen 3482m).  Là, j’ai prêté attention au profond silence qui règnait autour de moi, Un des plus beaux moments du voyage. Et je suis redescendu par un enchevêtrement de petites rues tortueuses jusqu'à la ville moderne.  

Autres coups de cœur : les jardins. La notion islamique du paradis réside dans l’harmonie de l’eau, de la végétation et de l’architecture des jardins. C'est un cadeau divin que de pouvoir en profiter. Et j’avoue qu’aussi bien dans les grands jardins que dans ceux des petits palais, j’ai été impressionné. Les arabes sont restés huit siècles en Andalousie, certains sultans étaient des amateurs d’art et des esthètes éclairés, ils ont eu tout le temps de peaufiner leurs jardins.  Contemplant ces bassins, ces jets d’eau et ces fontaines, tous fonctionnant à merveille, je songeait à cette vie qui fleurissait là il y a des siècles et qui à présent n’est plus qu’une illusion !

 

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Les Alpujarras. Sur la route du retour, en quittant Grenade par le sud, au bout d'une quarantaine de kilomètres j’ai pris à Lanjaron une petite route de montagne qui longe à mi-pente toute la Sierra Nevada. Le décor de châtaigniers, de mûriers et de chênes verts, surmonté de sommets dénudés et arides fait penser à la Corse. Les villages perchés, aux belles maisons blanches ont une couleur locale unique. Mon préfèré : Capileira pour ses terrasses et son air pur de vacances à la montagne.

Barcelone est une des villes les plus dynamiques d'Europe. L'autoroute urbaine arrive sur des travaux et des buildings gigantesques en construction. En soirée les boutiques sont ouvertes et animées tard le soir et les ramblas sont noires de monde. Quelle ville tonique ! Et puis pour en sortir, rien de plus facile, j'ai pris une seule avenue, la Gran Via, ensuite c'était tout droit jusqu'en France !

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Petits agacements. Les garçons de café sont parfois un peu filous. Granada, Plaza Nueva, un couple d'américains paye ses consommations avec un billet de 20 euros, le garçon tarde à rapporter la monnaie et rend la monnaie sur 10 euros. Le client s'en rend compte et râle. Quand j’ai payé idem, il m’a rendu la monnaie en me demandant naïvement diez euros ? Il avait gardé le billet de 10 euros caché dans sa main. A Capileira, même scénario, mais c'était une espagnole, elle a contesté vigoureusement. Trois fois en deux jours : serait-ce une habitude ? A Barcelone dans un bar à tapas, le caissier avait majoré systématiquement chaque tapas de 20 centimes par rapport à la carte. Bien sûr, le serveur n'a pas eu de pourboire !

La foule ! Alors me direz-vous, il ne fallait pas partir ! Rester chez soi aurait été une négligence dont tôt ou tard je me serais mordu les doigts ! Malgré tout, j'ai fait au cours de ce long périple de 3900 km, une provision d'impressions, de rencontres, de paysages, que le souvenir va magnifier. Je ne reviens pas les mains complètement vides. Ce que l'exotisme et le soleil n'ont pas parvenu à réaliser totalement, ma mémoire va le faire. www.viamichelin.com - www.airfrance.fr - www.iberia.com - www.spain.info

 

                                                                                                                                      © Henri Antonin

 Pour visiter tranquillement mieux vaut prévoir sa saison.

Basse saison : janv-fev-nov-déc.

Haute saison : mars-avr -mai-juin-oct.

Ultra haute saison : juillet-aout-sept et semaine Sainte.