La Lettre Culturelle de Lyon - N°27 Printemps-Eté 2017  - Création 2008

VOYAGES

Détours en Vénitie : I – Trieste / II – Vérone

Détours en Vénitie : Trieste et Vérone

Nous poursuivons nos détours en Vénétie. Après « Venise, la nuit l’hiver », mis en ligne dans le numéro précédent, voici « Trieste, soir de printemps ». Et « Vérone, nuit d’été ». Deux belles villes étapes sur la route des vacances pour ceux qui vont en Croatie ou en Slovénie. Deux villes au riche passé historique et au patrimoine culturel remarquable. Deux trop courtes étapes de 24 heures chacune.

I – Trieste, soir de printemps

 Ville célèbre au temps de l’Empire Austro-Hongrois

 

Longtemps troisième ville de l’Empire Austro Hongrois, Trieste a eu un passé mouvementé par sa position de carrefour naturel, tiraillée entre l’Est et l’Ouest. Son port était le seul débouché maritime de l’Empire. Le Llyod Triestino fût la plus grande compagnie maritime d’Italie : construction navale, commerce, architecture, urbanisme, publication, ethnologie, diplomatie, multiculturalisme, innovation. Ses bateaux à vapeur faisaient le tour du monde. Le port est toujours actuellement le plus important d’Adriatique. Photo, Cette statue sur la façade du Llyod Triestino montre ce que fût la richesse de cette compagnie . © JPD.

 

 

L’après-midi et le soir, la ville s’anime autour des caffè historiques

 

Soir d’après midi de printemps. J’admire les voiliers tirer des bords dans l’immense rade, tandis que les porte containers attendent au mouillage leur tour de décharger. Je commence par flâner dans les rues. Le centre ville est très animé. Au Caffe degli Specchi, sur la Plazza dell’Unira d’Italia, je me fais servir un apérol accompagné de ses chips, dans un bocal de verre. De là je contemple les sept superbes palais qui entourent la place. Ensuite je vais dîner en terrasse, dans l’un des anciens café installés dans les rues latérales Caffè San Marco ou Caffè Urbanis. Une fois la nuit complètement tombée, je savoure une glace à la Gelateria Zampolli. Puis je fais un dernier tour sur le quai en admirant la majestueuse place illuminée, se refléter dans les eaux du port.  © JPD.

 

Vastes perspectives, palais luxueux et château sur la colline

 

Mais c’est tôt le matin, avant l’agitation urbaine et touristique qu’il faut partir à la découverte de la ville. J’apprécie, au calme, les vastes perspectives, les palais, la Collina San Giusto, l’ancienne Basilica San Giusto et son belvédère qui domine la baie. Passant par la Piazza della Borsa aux belles colonnades, je découvre le Teatro Verdi, il est la réplique en plus petit de la Scala de Milan. Il est le plus ancien théâtre lyrique encore en activité, avec un vrai programme d’opéras. Au loin, le Castello di Miramare en pierre blanche d’Istrie, se détache sur la falaise. Parfait mélange de styles, avec son ravissant jardin en terrasses, il a tout d’un châteaux de conte de fées. La Plazza dell’Unira d’Italia © JPD.

 

Une ville culturelle, encore maintenant

 

Le Canal Grande, servait autrefois d’accès aux navires pour décharger leurs marchandises. Sur le pont, qui le traverse, je croise (ou plutôt sa statue de bronze) l’écrivain irlandais James Joyce, allant son carnet à la main, donner des cours d’anglais aux enfants des riches armateurs du Llyod Triestino. Cosmopolite, il vécu seize ans à Trieste. Dans Ulysse, son célèbre roman épique de 870 pages en édition originale, James Joyce joue avec délectation sur les mots.  » Inéluctable modalité du visible : tout au moins cela, sinon plus qui est pensé à travers mes yeux «  ou encore « Parce ce que de l’outrage (mariage) à l’outrage (adultère) il ne s’est produit qu’outrage (copulation) et cependant le violeur conjugal de la conjugalement violée n’a pas été outragé par le violeur adultère de l’extraconjugalement violée »... La ville a beaucoup inspiré les écrivains italiens, au début du XX°s. Photos Le Canal Grande et la statue de James Joyce © JPD.

 

II – Vérone, nuit d’été

Romaine, médiévale, Renaissance et parfaitement conservée

 

 

 Les groupes de touristes agglutinés autour de leurs guides, l’audiophone pendu autour du cou, sont remontés dans leurs bus, la cité est enfin rendue à ses habitants et au touristes privilégiés logés dans des hôtel proches… Je prend un spritz au très ancien Ristorante Liston 12, sur l’immense Piazza Bra’ en contemplant le rayons obliques du soleil couchant raviver de chaudes couleurs, les murs de l’Arena romaine, juste en face. Je remonte ensuite la via Mazzini, aux vitrines hautes en couleurs des boutiques de luxe. Et je fais immédiatement la différence entre le chic italien des citadins et le look débraillé des derniers touristes ! J’arrive enfin sur la jolie Piazza delle Erbe, l’ancien forum romain, devenu le coeur vivant de la cité. Tout autour les palazzi, les églises, les monuments, datent presque tous du Moyen Âge et de la Renaissance. Par chance ils sont restés intacts et superbes ! Photo. Piazza delle Erbe, coeur de la cité, pimpante maison ancienne © JPD.

 

Roméo et Juliette, mythe ou réalité ?

 

Les derniers rayons du soleil éclairent encore les étages supérieurs des maisons anciennes. La foule compacte du jour s’est évaporée, les terrasses se remplissent, retour à la vie normale. Un dernier détour par le n°23 de la via Capello voisine, s’impose. J’entre dans la cour de la Casa Julietta, et je vois le fameux balcon de marbre rendu célèbre par Shakespeare dans son fameux Roméo et Juliette ! Un instant, je rêve à la romantique et tragique histoire des amants de Vérone. Les murs sous le porche d’entrée sont couverts de graffitis des amoureux. Shakespeare est parti de deux contes anciens. Le premier de Tomaso Guardati paru en 1476, le second de Matteo Brandello de 1551. Son drame a été écrit en 1597, il a densifié l’intensité passionnelle et l’efficacité scénique avec des visions et des pressentiments qui l’a rendu universelle. C’est la pièce la plus jouée de Shakespeare L’histoire : deux familles ennemies de Vérone, les Montaigu et les Capulet, se vouent une haine féroce. Elles se battent régulièrement. Deux amants. Roméo est un Montaigu, Juliette est une Capulet. Leur amour est impossible, jusqu’à la mort. Juliette est une jeune fille libre qui ose affirmer son désir. Et c’est sans doute dans cette liberté de Juliette que réside l’universalité de l’oeuvre. Des compositeurs comme Tchaïkovski dans son ouverture fantaisie, Prokofiev dans son ballet Roméo et Juliette, ou Berlioz avec sa Symphonie Fantastique s’en sont inspirés. Des auteurs de théâtre, des metteurs en scène, se sont aussi appropriés ce drame. Mais aucun chercheur n’a pu prouver la véracité de cette histoire qui a une origine toute littéraire et imaginaire… Et pourtant une foule dense se presse au pied du balcon (supposé) de Juliette dans la cour du palais des Capulet. Ce balcon rendu célèbre par la fameuse scène du balcon (acte II scène II). Photo Palais des Capulet, le balcon de Juliette, via Capello n°23 © JPD

 

Visiter tôt le matin pour apprécier le charme de la cité

 

Comme partout ailleurs, c’est tôt le matin qu’il faut visiter au calme la cité. La parfaite petite église romane San Lorenzo, (1117) est à moitié cachée derrière un porche, avec un minuscule jardin.Au bout du Corso Cavour, le Castelvecchio et le pont Scaligero forment un bel ensemble d’architecture militaire du XIII°s. Brique rouge, créneaux arrondis, cheminements variés, il est totalement différent de nos forts français en pierre de taille. A l’intérieur est installé le Museo d’Arte. La rénovation contemporaine à base de ciment, de béton et de fer, due à l’architecte Carlo Scarpa, est très réussie. Certaines peintures et panneaux sont installés sur des chevalets en plein milieu des salles, offrant un parcours nouveau au visiteur. Des fresques et des peintures sont reconstituées partiellement dans des grands cadres en ciment. Photos. L’Arena romaine, depuis la piazza Bra’.  Le Castelvecchio. Belles maisons depuis le Ponte Pietra.

Les collections permanentes de peinture véronaises et vénitiennes sont de grande qualité (Carpaccio, Bellini, Tiepolo, Bellini, Guardi). Voilà une parfaite mise en valeur du lieu et de ses oeuvres. Retour au centre de la cité. Le passant inattentif manquerait presque l’Arche Scaligere, un espace étroit coincé entre un palais et une église, où sont installés les élégants mausolées gothiques des tombeaux de la famille Scaligere. Au bout de la rue Sant’Anastasia (XII° / XV°s.), se trouve la plus belle église de Vérone, l’intérieur est vaste et élancé. Le quartier du Ponte Pietra, qui mène au Theatro Romano, a un côté baba-cool sympathique, les étudiants achètent des focacchia à deux euros. Ambiance décontractée dans ce vieux quartier. Retour par la Piazza delle Erbe, on passe dans l’élégante Piazza die Signori, dominée par la très haute Torre die Lamberti (84m). L’escalier majestueux de Palazzo del Comune, était le décor, ce jour là, de photos de mode. Mais il faut déjà repartir, il reste tant de choses à voir. Vérone est une cité absolument superbe, très agréable à parcourir à pied et qui mérite bien plus qu’un simple détour. Photos. De fort belles peintures, mises en valeur sur des chevalets dans le musée du Castelveccho.. Piazza delle Erbe, la très haute Torre die Lamberti  © JPD.

Textes et photos copyright © Jean-Pierre Doiteau
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Venise, la nuit (l’hiver) à retrouver dans le numéro précédent.