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LES CHRONIQUES MUSICALES

de Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin

N°30 Automne-Hiver 18/19 – 10ème Année !
Les chroniques sont mises en ligne en fin de chaque mois
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Octobre 2018

OPÉRA DE LYON

17 Octobre / MEFISTOFELE de BOITO
Lors que la magie n’est pas visible, elle s’entend !

Le 19 septembre dernier, l’Opéra de Lyon ouvrait brillamment sa saison à la Chapelle de la Trinité par un concert dédié à Gioacchino Rossini à l’occasion du cent-cinquantenaire de sa mort (chichement fêté à Lyon). Ce fut pour Daniele Rustioni l’occasion de confirmer ses époustouflantes affinités avec les œuvres du Cygne de Pesaro. Pour la première production scénique de 2018 / 2019, notre juvénile autant que dynamique directeur musical s’implique totalement dans une autre et double célébration : celle du cent-cinquantenaire de la création de Mefistofele (dans sa mouture princeps) alliée à celle du centenaire de la mort d’Arrigo Boito.

Transposer – véritable tarte à la crème – une énième fois l’action à l’époque contemporaine
Après Orange en juillet, Lyon relève le défi de monter cet opéra colossal et complexe. En ne remontant qu’à 1980, les productions n’ont certes pas manqué dans le Monde. Mais, rien qu’en Europe, il fallait souvent que le mélomane curieux voyage pour le voir à la scène. Notre ville l’avait présenté au tout début des années 1960 avec Huc Santana (nous avons souvenir de l’avoir constaté en consultant des programmes d’archives ; amis lecteurs : vos compléments d’informations seraient les bienvenus !). Depuis plus d’un demi-siècle, Lyon n’avait plus entendu siffler le démon de Boito. Ce retour est donc des plus heureux. Las ! Encore aurait-il fallu bénéficier d’une réalisation scénique à la hauteur des enjeux grandioses de l’ouvrage. Sur ce plan, nous sommes loin du compte. Les productions de la Fura dels Baus à l’opéra nous ont parfois agréablement surpris (leur Tristan & Isolde de Wagner, frisant la perfection ici-même). Mais, trop souvent, le collectif catalan fait fausse route. À ce titre, leur vision de La Damnation de Faust de Berlioz à Salzbourg était carrément à côté de la question. C’est hélas encore le cas avec l’opéra de Boito. Les déclarations d’intention d’Àlex Ollé suscitaient l’inquiétude avant même les représentations. Transposant – véritable tarte à la crème – une énième fois l’action à l’époque contemporaine, il se situe en-deçà des implications métaphysiques du sujet. Ainsi, il nous impose un contexte mille fois vu d’une totale platitude, où un anodin Méphistophélès sans assurance ni arrogance se trouve ravalé au rang d’un technicien de surface psychopathe et, comble du non-sens, plutôt manipulé par Faust. Ça commence d’ailleurs très mal dès le Prologue : au lieu d’une vision fantastique d’un univers céleste, nous voici dans un laboratoire aseptisé où des chirurgiens dissèquent des cœurs (NB : nous avons échappé aux fœtus !) avant que les collègues de travail de Méphistophélès ne viennent passer du désinfectant. Pendant ce temps, le chœur (symbolisant la voix divine) est maintenu à l’arrière-plan, ce qui ne facilite en rien ses interventions. Ensuite, tout est à l’avenant : la kermesse devient le pot de départ d’un quelconque mandarin local ; la scène du jardin – par essence intimiste – se situe dans un dancing envahi d’une foule de comparses, fait révélateur d’une obsession de vouloir meubler à tout prix ; le Sabbat lui est enchaîné sans précipité (ce qui contribue à l’incompréhension légitime de spectateurs néophytes qui ne savent plus d’où on en est) ; Marguerite monte volontairement sur la chaise électrique (entre autres accessoires supposés « modernes ») pour quitter ce monde ; l’acte grec relève davantage des Folies-Bergères ou du Casino de Paris que de la subtile évocation philosophique de l’Attique présente dans le Second Faust de Goethe…etc. Seul le Sabbat ne manque pas son but, constituant à la fois une scène de débauche et d’horreur collant au sens exact de ce tableau. C’est vraiment bien peu en regard d’une surabondance d’idées hors de propos ou contre-productives par ailleurs, délayées dans des décors d’une invariable autant qu’accablante laideur. Seul élément à sauver dans la réalisation : les lumières, toujours bien conduites et soignées d’Urs Schönebaum, qui mérite un vrai coup de chapeau. Il aurait vraiment fallu que le sieur Ollé entende les désolantes réflexions des spectateurs de tous âges à la sortie, où la phrase « je n’ai pas tout compris » revenait sur maintes lèvres, tel un leitmotiv. Même si elle était parfois contestable (l’acte grec, en particulier) la fameuse vision de Robert Carsen ouvrait de toutes autres perspectives [créée à Genève, en coproduction avec Chicago et San Francisco avant d’être affichée à Turin, vous pouvez la retrouver en un DVD publié chez Arthaus Musik]. Photo Mefistofele © Jean-Louis Fernandez.

Question largeur et volume, John Relyea efface le souvenir du grêle Erwin Schrott à Orange
Foin des relectures usées jusqu’à la corde et de ces visions globalement réductrices. Passons maintenant à ce qui nous conduit aux plus sublimes hauteurs : l’exécution musicale. Côté solistes, le bilan est certes inégal. John Relyea avait retenu toute notre attention en Vodník dans la Rusalka de Dvořák au Metropolitan de New York en février 2014. Son format vocal sonore convient au Méphistophélès de Boito. Question largeur et volume, il nous comble, effaçant le souvenir du grêle Erwin Schrott à Orange. Les registres médium et grave (il en rajoute même ; par exemple dans « si umanamente » !) s’avèrent imposants tandis que l’aigu manque d’aisance. À ce titre, la scène « Ecco il mondo » présente des mi et fa un peu tirés. De même, la souplesse a ses limites (évidentes dans un passage exposé comme « quell’ebra illusione ») et le souffle mérite d’être développé. Ceci posé, le mordant séduit, l’expressivité aussi et les intentions sont bonnes. Meilleur moment, un « Son lo spirito che nega » très inspiré de celui de Samuel Ramey, mais curieusement privé de ses coups de sifflets complets (pourtant expressément mentionnés dans l’édition Ricordi que nous possédons). En résumé, sans atteindre à l’idéal des trois interprètes majeurs que furent – chacun dans leur genre – Cesare Siepi, Nicola Ghiuselev et Ramey, la basse canadienne nous aura réservé les plus beaux moments de la soirée au sein d’un casting par ailleurs discutable.
Point n’est besoin d’être grand expert pour deviner à l’avance que Paul Groves n’allait pas délivrer un Faust transcendant. Nous avons suffisamment fait les louanges de ce ténor dans le War Requiem de Britten l’an passé pour ne pas lui faire offense en relevant son inadéquation stylistique avec la partie de ténor lirico-spinto écrite par Boito. Contraint, sans aura (loin du solstice solaire de Jean-François Borras à Orange) ni aisance dans le registre supérieur souvent négocié en voix mixte ou proche du détimbrage (« Baluardo m’è il Vangelo » carrément scabreux à ce titre), le ténor américain promène laborieusement son Faust anthracite de timbre de Francfort à la Grèce en passant par le Brocken. Il nous a rappelé son confrère britannique Stuart Burrows lorsqu’il abordait Donizetti : mêmes problèmes d’inadéquation dus à une voisine typologie vocale, inadaptée à ces répertoires italiens. Reste, dans les deux cas, un professionnalisme qui force l’admiration et permet à ces dignes artistes de contourner les périls sans trahir la lettre de la partition, même si l’esprit et la couleur n’y sont pas.
Pas de trahison non plus chez la Margherita / Elena de Evgenia Muraveva. Très audible, sa voix sans être confidentielle demeure foncièrement celle d’un soprano lyrique. À ce titre, elle doit exceller en Mimi chez Puccini. Pour autant, elle ne peut se fabriquer la typologie de soprano grand-lyrique de la Marguerite de Boito ni, à plus forte raison le soprano dramatico-spinto de son Hélène de Troie. En outre, les limites techniques apparaissent bien vite chez cette cantatrice encore verte, dont le curriculum vitae a de quoi inquiéter, tant elle aborde des emplois au-delà de ses moyens naturels, qu’elle risque de détériorer précocement. Mal contrôlée, l’émission présente déjà des scories et le souffle court trahit maintes incertitudes techniques. Convenable, sans plus, sa Margherita ne produit pas l’émotion escomptée tandis que, dépassée par les évènements, son Elena demeure insignifiante tout en parvenant, malgré tout, à passer la rampe grâce aux prévenances du chef qui se fait galant homme en évitant que l’orchestre ne la couvre.
Côté seconds rôles, Agata Schmidt campe une Martha ordinaire mais une excellente Pantalis. Le rapport s’inverse chez le ténor Peter Kirk, saillant Wagner mais transparent Nereo. Photo Mefistofele Paul  Groves et John Relya © Jean-Louis Fernandez.

Rustioni et les forces maison communiquent le grand frisson
Nous avons naturellement gardé le meilleur pour la fin. Lors que la magie n’est pas visible, elle s’entend. La direction étourdissante de Daniele Rustioni, entraîne toutes les forces maison dans la plus hypertendue des interprétations de Mefistofele que nous ayons pu vérifier de auditu, communiquant le grand frisson. Jamais le chef italien ne traîne. Sa direction affiche une nervosité de bon aloi, le tempo étant soutenu dès les échanges des fanfares célestes. Flamboyante par la suite, elle restitue ou souligne efficacement tout ce que l’écriture composite autant que magistrale de Boito peut devoir, çà et là, à Berlioz, Wagner ou Verdi tout en lui conservant ses vertus intrinsèques. Ainsi, ce que la scénographie renie sort de la fosse avec une vivifiante fluidité, dans un éventail de textures rougeoyantes ou immaculées et une interpellation permanente de l’auditoire. Seule réserve que nous émettrons : les coupures. Pourquoi diable (!) avoir ainsi taillé dans les 28 mesures de la Danse des sorcières au Sabbat et tout l’Andantino danzante en Ré bémol Majeur de type menuet antique dans l’acte Grec ?
L’autre contrariété n’est pas imputable au chef. Il s’agit du nombre insuffisant de cordes, dû à la fosse trop exigüe de notre opéra. De ce fait, plus d’un passage manque de l’étoffe requise en dépit de l’investissement admirable de toute la phalange, absolument irréprochable.
Pour les autres pupitres, si les bois sont superlatifs, les cuivres (les trompettes, surtout) laissent en revanche à désirer et ne sonnent pas constamment avec la noblesse ou la férocité requises.
La question de la dimension s’inscrit, ceci dit, au cœur du problème. Outre la fosse, la scène de l’opéra lyonnais demeure désespérément trop restreinte pour accueillir des ouvrages exigeant des forces aussi nombreuses. Du coup, avec un plateau aussi encombré de surcroît par la scénographie, le chœur ne peut se déployer avec aisance. Une soixantaine de protagonistes ne suffit pas là où ils devraient être une centaine (NB : ils étaient 120 à Orange). Il en va de même pour la Maîtrise. En dépit de l’immense qualité du travail accompli, par Johannes Knecht pour les adultes et Karine Locatelli pour les enfants, le nombre n’y est pas. Certes, le résultat dans ces conditions force malgré tout notre constante autant que fervente admiration, tant la partition est lourde et exigeante à tous les niveaux pour les masses vocales : endurance, puissance, contrôle des nuances, palette variée d’expression et gestion du souffle (avec, sommets absolus, les 7 mesures tenues des conclusions du Prologue et de l’Épilogue, ici miraculeuses !). Ce nonobstant, force est de constater que cela ne pourra pas durer éternellement. Les chœurs de cette maison sont depuis des années en surrégime quasi permanent (ils répètent déjà forcément la production suivante en parallèle) du fait de leur nombre insuffisant. Il est donc plus que temps que la musique l’emporte et qu’une partie des fonds dispensés largement pour la partie visuelle des réalisations soit redirigée vers l’accroissement des effectifs choraux et instrumentaux. Un chef de premier plan comme Daniele Rustioni le mérite. Les œuvres et le public aussi. Photo Mefistofele Scène du Sabbat © Jean-Louis Fernandez.

 

AUDITORIUM MAURICE RAVEL
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

4 Octobre : « BRAHMS REQUIEM ALLEMAND »
Du bel ouvrage pour une grande œuvre, augurant bien des prochains rendez-vous d’une saison prometteuse

En ce début de saison artistique, le retour d’une pièce aussi substantielle que Eine Deutsches Requiem de Johannes Brahms fait figure d’évènement majeur. Sans doute davantage par les forces mises en branle que pour la rareté de l’œuvre. En effet, les occasions d’entendre cette partition dans notre région ont été plutôt satisfaisantes ces quatre dernières décennies. Pour susciter l’attraction, la présence d’un chef d’envergure est une indispensable condition préalable. Offrir, en sus, un supplément avant un monument qui se suffit à lui-même, constitue un cadeau inattendu. Ce soir, l’Auditorium nous régale de l’un et de l’autre.

Rythmiquement implacable, David Zinman obtient d’oppressantes résonnances
Vrai rareté à Lyon, la Sinfonia da requiem Opus 20 de Benjamin Britten est opportunément présentée en première partie. Plus adaptée aujourd’hui en complément de programme par son propos qu’esthétiquement parlant, elle motive l’intérêt du public. Rappelons qu’il put – voici juste un an – apprécier le War Requiem à l’Opéra de Lyon. Pièce purement orchestrale, plus abstraite mais d’un abord davantage aisé (car moins touffue), cette page de Britten exige de ses interprètes une bonne dose d’imagination, propice à renforcer l’expressivité. Sur ce plan, nous sommes comblés. D’une baguette impérieuse, David Zinman ouvre le Lacrymosa, obtenant des cordes et bois de l’ONL une intensité de la meilleure veine. Outre les coloris acidulés, les évolutions des motifs ressortent ici torturées comme rarement, même au disque. Plus étonnant encore, l’enchaînement avec l’Allegro con fuoco du Dies Irae n’entraîne aucune chute de tension. Rythmiquement implacable, le chef américano-suisse obtient d’oppressantes résonnances là où d’autres se contentent de beau son et d’une lecture en surface. À l’opposé, le délicat épisode chambriste entre flûtes et cors reposant sur les harpes bénéficie d’une merveilleuse mise en lumière. Elle profite d’ailleurs à l’ensemble de l’Andante molto tranquillo du Requiem æternam, soigné jusque dans la différenciation des plans sonores. Apte à magnifier toutes les ressources de timbres, la gestion rigoureuse des pleins et déliés du phrasé instaure un climat d’apaisement, secrétant lui-même une émotion non feinte, ennemie de toute vaine démonstration. Photo David Zinman © Priska Ketterer.

Les forces chorales réunies ce soir présentent limites et vertus à parts égales
Édifice grandiose du sacré renouvelant la musique d’inspiration luthérienne, Eine Deutsches Requiem nach Worten der Heiligen Schrift Opus 45 fut servi depuis sa création à Brème (1ère mouture) en 1868 par moult interprétations abouties. La part dévolue à la masse chorale y est considérable. Les forces réunies ce soir (Spirito de Nicole Corti, Jeune chœur symphonique préparé par Laetitia Toulouse et Gabriel Bourgoin) présentent limites et vertus à part égales. S’agissant des premières, l’on relève surtout une homogénéité qui tarde à s’installer et une timidité conjuguée à une restitution approximative de la prosodie allemande (l’articulation manque de fermeté, les consonnes, restent souvent peu perceptibles). À leur avantage : de jolis timbres, une indéniable ferveur alliée à une précision croissante et un volume sonore suffisamment consistant, sans boursouflure. Dans ces conditions, il convient de faire table rase du « Selig sind, die da Leid tragen » introductif, qui tient lieu d’échauffement. Les choses s’arrangent opportunément dès le crucial « Denn alles Fleisch es ist wie Gras ». Précisons que David Zinman accroît alors perceptiblement son implication : l’orchestre gagne en relief, les chœurs en consistance. Les variations de dynamique accèdent à un degré supérieur de valeur, bien au-delà d’une banale restitution scrupuleuse des indications. Le tempo de la procession funèbre figure parmi les plus retenus entendus mais sans alanguissement inutile. Photo Camilla Tilling soprano © Maria Ostlin.

Exemplaire d’équilibre, l’ultime séquence parvient à nous hisser dans les hautes sphères
Dans la séquence « Herr, lehre doch mich », la surprise vient du baryton solo, Nikolaï Bortchev. D’où nous étions placés (1er balcon), non seulement la projection s’avère remarquable mais, de surcroît, son chant nuancé se trouve soutenu par une diction germanique impeccable (les consonnes, pour le coup !) propre à ne pas nous faire perdre une once du texte.
Si les chœurs font preuve d’une sensibilité certaine dans « Wie lieblich sind Deine Wohnungen » (à laquelle répond une poésie de jeu superlative des violons I et II), la soprano Camilla Tilling peine, en revanche, à emporter une totale adhésion. Les notes sont là, certes, le volume aussi, mais un vibrato serré, une émission raide, un timbre monochrome lestent sa prestation. Cela passerait peut-être mieux dans le rôle principal de Das Paradies und die Peri de Schumann ou tout autre contexte dramatique. Beaucoup moins ici où l’on attend un résultat encore davantage céleste, une ambiance dénuée de tout prosaïsme. Le contraste s’avère d’autant plus défavorable avec la seconde intervention de Bortchev : force de conviction agrémentée d’une belle conduite de la ligne, style châtié, aucune pâleur par rapport à la masse chorale… exemplaire ! Splendide fugue conclusive (Zinman excelle perceptiblement dans ce genre d’exercice), d’une clarté, d’une lisibilité parfaites grâce à une balance idéale voix / orchestre. Suprêmement équilibrée, l’ultime séquence « Selig sind die Toten, die in dem Herrn sterben » parvient à nous hisser dans les hautes sphères. Zinman insuffle à tous les protagonistes réunis sous sa houlette une inspiration idéalement appariée à cette sereine méditation sur la mort. Assurément du bel ouvrage pour une grande œuvre, augurant bien des prochains rendez-vous d’une saison à l’affiche prometteuse. Photo Nicolaa Bortchev © Nina Ai-Artyan.

 



2008 / 2018 – Les coups de coeur du musicologue

Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin nous rappelle les concerts, récitals et opéras qui l’ont marqué au cours de ces dernières années. En voici l’essentiel.

Saison 2009 / 2010  / Avril-Mai-Juin : A l’Opéra, un Festival Pouchkine. Légendaire ! (à l’Opéra)
Saluons tout d’abord la fabuleuse performance de notre scène lyrique lyonnaise. C’est le mot, dans la mesure où une opération de cette envergure est du domaine du quotidien au Metropolitan de New York ou au Staatsoper de Vienne mais excède largement les moyens naturels d’une maison de la dimension de l’Opéra de Lyon. Photo Opéra Mazeppa © Stofleth. Voir la chronique complète :
https://www.lyon-newsletter.com/1003/news.html

Saison  2010 / 2011 / 4 Juin : Les adieux de Jun Märkl (à l’Auditorium).
Que de soirées exceptionnelles vécues depuis 2005 !

S’il y eut quelques concerts inégaux, jamais Märkl ne nous infligea un ratage et l’on peut se dire : que de soirées exceptionnelles vécues depuis 2005 ! Pratiquement toutes les écoles nationales auront été servies par cette baguette d’exception, dont la française – une intégrale Debussy chez Naxos en témoignera pour l’Éternité – au premier chef (on se souvient d’une Fantastique de Berlioz et d’une Turangalîla de Messiaen inspirées). Toutefois, c’est bien dans le répertoire germanique – au sens large – qu’il nous a laissé les plus inoubliables souvenirs. Permettez à l’auteur de ces lignes d’user (pour une fois) de subjectivité et de rappeler quelques grands moments privilégiés vécus ensemble : les poèmes symphoniques de Liszt ; la 3ème de Bruckner (où il dama le pion aux Wiener Philharmoniker eux-mêmes !), une IXème de Beethoven en communion avec le public pour le bis du finale ; une soirée Wagner où planait l’ombre de Sir Georg Solti ; une 3ème de Mahler titanesque ; le fabuleux voyage de Eine Alpensinfonie de Richard Strauss, enfin révélée dans sa plénitude en nos murs au même titre que la rare Genoveva de Schumann… et… s’il fallait n’en retenir qu’un ? Alors, sans hésiter, ce serait la miraculeuse soirée du 11 octobre 2008 où la monumentale Symphonie N° 2 « Lobgesang » de Mendelssohn accédait enfin au statut de chef-d’œuvre, tout simplement parce que notre Maestro l’empoignait avec une conviction exceptionnelle, nous offrant une interprétation historique où le frisson passa comme jamais dans la salle. De ces moments où l’on accepterait sereinement la venue de la mort après la dernière mesure, parce que l’on a perçu comme une vision de l’au-delà, bien peu d’artistes sont capables. Jun Märkl l’a fait et plus d’une fois ! Bien sûr, de telles émotions il aurait pu – en interprète idéal des grandes fresques – nous en donner encore bien d’autres et l’on regrettera toujours qu’il n’ai point dirigé devant nous trois partitions bien précises : Roméo & Juliette de Berlioz, la 8ème Symphonie « des Mille » de Mahler et le Concerto pour piano géant de Busoni. Il est fait pour elles et il les abordera sans doute un jour… ailleurs. Photo © Reinhardt Brenz.
https://www.lyon-newsletter.com/1105/musique.html#chronique

Saison 2011 / 2012 / 10 octobre : Le Nez de Chostakovitch (à l’Opéra).
Tout se conjugue et virevolte. 
Après « Moscou, quartier des cerises », l’Opéra de Lyon a l’excellente idée d’afficher « Le Nez », probablement le plus difficile à réaliser parmi les ouvrages lyriques de Chostakovitch. Une fois n’est pas coutume, c’est d’abord la mise en scène qui est une source de bonheur ! Réalisée en coproduction avec le Metropolitan Opera de New York et le Festival d’Aix-en-Provence, la scénographie de William Kentridge est une absolue réussite. Issu de la nouvelle de Gogol, rappelons que le livret mêle diaboliquement le fantastique, le surréalisme et l’absurde dans un univers délirant où plane l’ombre du théâtre de Meyerhold, axé sur la biomécanique et le constructivisme. Photo Opéra Le Nez © Stofleth.
https://www.lyon-newsletter.com/1112/musique-opera.html

Saison 2012 / 2013 / 5 septembre : Requiem de Berlioz (à l’Auditorium).
Quand l’oreille est éblouie !

Le 5 septembre. Après 23 ans d’absence, quelle félicité de renouer avec une œuvre insigne ! Rappelons que cette « Grande Messe des morts Opus 5 » fut donnée à 3 reprises lors du regretté Festival Berlioz de Lyon, sous les directions de : Serge Baudo (1981, le plus spectaculaire), John Nelson (1985, le plus mystique), Emmanuel Krivine (1989, le plus distingué). Puisqu’une partie de la presse locale s’est répandue en inexactitudes et autres approximations dont elle a le secret, observons qu’avec 347 choristes, 84 instrumentistes et les 4 fanfares fortes chacune d’une dizaine de pupitres, nous sommes presque à l’effectif de 500 exécutants souhaités par l’auteur [qu’on ne s’émeuve pas : pour son « Te Deum » et la fastueuse cantate « L’Impériale », il en exige… 900 !]. Jamais le plateau de l’Auditorium n’a paru si petit qu’en accueillant cette composition colossale (NB : les exécutions citées du « Requiem » avaient été respectivement reçues au Palais des sports, au Théâtre Antique de Fourvière et à la Halle Tony Garnier). Photo © David Duchon-Doris…
https://www.lyon-newsletter.com/1209/musique-opera.html#chroniquepftb

Saison 2013 / 2014 / 20 novembre : Trio Guarneri de Prague (chez Fortissimo Musiques). Une élégance qui sort de l’ordinaire.
Fondé en 1986, le Trio Guarneri – fait notable – conserve sa formation d’origine : Ivan Klansky au piano, Cenek Pavlik au violon et Marek Jerie au violoncelle. Ces deux derniers jouent sur des instruments historiques signés Guarneri (d’où le nom de l’ensemble). Leur élégance sortant de l’ordinaire est également appréciable  : nœuds et ceinture en satin bordeaux assortis des plus seyants. L’œil est flatté avant l’oreille et ce n’est pas pour déplaire… Photo, le Trio Guarneri de Prague auditorium de Lyon , Ivan Klànsky piano, Cenek Pavlik violon, Marek Jerie Violoncelle © Vincent Dargent.
https://www.lyon-newsletter.com/1309/chronique-musique.html

Saison 2014 / 2015 / 24 mars : Stabat Mater de Dvorak par Les Siècles Romantiques (Chapelle de la Trinité). Moment de haute spiritualité dont on sort régénéré.
En ce temps de Carême, l’exécution d’un Stabat Mater demeure opportune. Mais quand il s’agit de celui de Dvorák – qui plus est dans sa mouture d’origine avec orchestre – l’événement frise en soi l’exceptionnel tant cet ouvrage fut chichement proposé à Lyon ce dernier demi-siècle. Premier indice d’une frustration enfin éradiquée : la Chapelle de la Trinité est bondée, ce qui constitue un bon présage. Photo Jean-Philippe Dubor © Bertrand Pichene.
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Saison 2015 / 2016 / 12 décembre : concert Mozart / Mahler(à l’Auditorium). 
Le plus mémorable concert en ces lieux depuis l’automne 2011 !
Sur le papier, quel séduisant programme danubien, passant du Classicisme salzbourgeois le plus pur aux prémices des orages artistiques inhérents aux temps dits modernes. Voilà qui est très incitatif et, si nous venions avant tout pour le rare monument mahlérien, la découverte locale d’une talentueuse soliste norvégienne, Vilde Frang, constitue un joli cadeau, bon présage aux fêtes de fin d’année. Si nous pressentions le concert de ce soir comme hors du commun, rien n’augurait qu’il serait aussi exceptionne. Photo Vilde Frang © Sussie Ahlburg.
http://www.lyon-newsletter.com/16-01/musique-opera-jazz/chronique-patrick-favre-tissot-bonvoisin/

Saison 2016 / 2017 / 13 novembre : Ermione de Rossini (à l’Opéra). Etat de choc pour une soirée historique ou l’euphorisante sensation de revivre un âge d’or.
Probablement le plus avant-gardiste des opéras de Rossini créés à Naples, Ermione tomba dans l’oubli immédiatement après la série de représentations du printemps 1819 au Teatro San Carlo. Si sa résurrection dans les temps modernes attendra 1977 à Sienne, la partition connaît son premier enregistrement mondial en 1986 : Erato confiant à un Claudio Scimone trop uniformément pressé un plateau vocal où d’éminents interprètes ne sont pas dans leurs meilleurs emplois. Au cours de l’été 1987, le Festival de Pesaro propose une production légendaire de l’œuvre – la plus significative de toute son histoire – réunissant sous la baguette enflammée de Gustav Kühn une distribution hallucinante : Montserrat Caballé, Chris Merritt, Marilyn Horne, Rockwell Blake, Giorgio Surjan et Giuseppe Morino (excusez du peu !). Depuis, l’œuvre connut de sporadiques exécutions, concertantes ou scéniques, à travers le monde, sans jamais s’imposer comme une évidence à la majorité des directeurs d’opéras. Aujourd’hui, Lyon relève magistralement le défi avec une éclatante version de concert, infligeant un superbe soufflet aux programmateurs sourds et aveugles. Photo Maestro Alberto Zedda © DR.
http://www.lyon-newsletter.com/16-09/chronique-patrick-favre-tissot-bonvoisin/

Saison 2017 / 2018 / 1er février : Beethoven / Chostakovitch, de l’Empereur à Leningrad (à l’Auditorium). Prodigieux ! 
En l’espace de deux semaines, les institutions musicales majeures de Lyon – l’Opéra, Les Grands Concerts et l’Auditorium – ne nous proposent pas moins que les créations (locales) de trois partitions du passé : Der Kreidekreis de Zemlinsky, la Messa di Gloria de Rossini et la 7ème Symphonie de Chostakovitch !
Car, en dépit de la présence à l’affiche de l’empereur des concertos, de surcroît servi par un de nos plus brillants pianistes français, c’est bien la plus prodigieuse symphonie de guerre du compositeur soviétique qui motive notre venue. Ajoutons à cela un chef dont nous avions déjà relevé l’inspiration. Toutes les conditions se trouvent donc réunies pour un évènement hors des normes communément admises. Photo Stanislas Kochanovsky © DR.
http://www.lyon-newsletter.com/18-03/musiqueoperajazz-2/chronique-patrick-favre-tissot-bonvoisin-2/ 

PS. Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin est musicologue, historien de la musique et conférencier. Il a déjà réalisé deux livres sur Verdi et Beethoven et en prépare un troisième sur Berlioz. Voir extrait de ses conférences de la rentrée. patrick.ftb@gmail.com 

 

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