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PATRIMOINE

N°28 Automne-Hiver 17/18

Journées Européennes du Patrimoine
La Métropole au fil de l’eau
Grand Lyon / Métropole 16 et 17 sept

Cette édition est placée sous le signe de l’eau. Un sujet fédérateur, grâce aux deux fleuves et aux petites rivières alentour qui dessinent notre paysage. Au programme 650 animations, 400 sites et monuments ouverts, avec l’aide de 500 acteurs locaux engagés. Une quinzaine de sites inédits. Bref, il y en pour tous les goûts. Les classiques, Musée autos anciennes H. Malartre. Usine Arkema. Observatoire astronomique de Lyon. Canal de Jonage. TNP-Villeurbanne. Le Grenier d’Abondance (Drac). Les Subsistances. Hôtel de Ville. Opéra. Chapelle de l’Hôstel-Dieu, réornemnentée. FAB-ÄT et vous le patrimoine en 3D. Musée des Tissus. Poste d’Aiguillage de Lyon-Perrache. Musée des Confluences. Villa Berliet. Tassinari & Chatel (soierie). Maison des canuts. Eglise Saint-Paul. Musée Gadagne. Hôtel du Gouverneur Militaire. TLM. Maison de la Danse. Chapelle Notre-Dame (nef restaurée Île Barbe). Etc.

Lumière ! Le cinéma inventé par les Lumière
Une exposition de référence
Musée des Confluences jusqu’au 25 février 2018


Cinématographe n°1 en projection (décembre 1895). © Collection Institut Lumière, photo Pierre Aubert.

Exposition qui a le mérite d’être à la fois didactique et très ludique avec de très nombreux extraits des premiers films. Une exposition bien structurée. Les frères Lumière, au départ une industrie florissante dédiée à la photographie. Les frères Lumière ont un fort ancrage familial à Lyon. La chronologie de l’invention est instructive. La ville sert naturellement de décor aux nombreuses photos, aux premiers autochromes (photographies couleur) et aux premiers films. Avec des inventions majeures dans le domaine de l’image. Puis l’invention du « Cinématographe » et ses préludes, dont les lanternes magiques et leurs nombreuses variantes et jouets optiques. Des contemporains qui participent aussi à la naissance du cinéma : Charles Pathé, Léon Gaumont et Georges Mélies. Puis la naissance du cinéma. un succès et une fascination immédiate qui ne se démentiront pas. Il en résulte une ouverture sans précédent sur le monde. Avec enfin en guise d’épilogue le passage de l’argentine au numérique qui redéfinit ses métiers et engendre de nouvelles théories esthétiques. Bref, tout ce que tout lyonnais devrait savoir sur les frères Lumière et l’invention du « Cinématographe ». Et pour en savoir plus, L’Institut Lumière, en reste la mémoire vive. 

De la Rue du Premier Film aux Musée des Confluences
Hélène Lafont-Couturier. Directrice du musée des Confluences. Il y a deux ans, le musée des Confluences présentait une grande exposition ayant pour thème L’art et la machine. C’est à la culture technique de Lyon que cet événement voulait rendre hommage, à ses artisans soyeux, à ses ingénieurs qui ont insu lé un réel esprit d’innovation depuis le 18e siècle jusqu’à aujourd’hui, en faisant cohabiter sur le territoire artisanat et industrie de pointe.
Ce n’est donc pas un hasard si le cinéma est né à Lyon tant l’industrie textile et ses techniques notamment, sont à l’origine de ce que Louis et Auguste Lumière ont inventé dans l’usine de Monplaisir et où l’Institut qui porte leur nom y perpétue toujours activement leur mémoire. Le musée des Confluences s’associe à l’Institut Lumière qui depuis tant d’années œuvre à faire connaître ctte histoire. De la rue du Premier film à la pointe de la confluence, il n’y qu’un pont, qu’il est passionnant de franchir !
Photo Henri Grandjean

Enfin une grande exposition sur les Lumière et le Cinématographe !
Thierry Frémaux , Directeur général de l’Institut Lumière Commissaire de l’exposition. Pour la première fois, Lyon accueille une grande exposition sur les Lumière. C’est avec ambition que nous voulons célébrer, avec la complicité enthousiaste des équipes du musée des Confluences, l’invention du Cinématographe dans sa ville de naissance et rendre hommage à Louis et Auguste Lumière, doux dingues, ingénieurs, entrepreneurs et artistes.
L’exposition, témoin de ce e aventure familiale et industrielle hors du commun, re et de ce e fascination constante pour les images xes et animées et de la créativité de ses protagonistes, perme ra aux visiteurs de comprendre que les Lumière ont inventé par trois fois le cinéma.
La technique : la mise au point du Cinématographe, aboutissement de nombreux travaux menés antérieurement par de nombreux scientifiques est l’acte fondateur.
L’art : les films Lumière relèvent d’une inspiration créatrice, d’un imaginaire et d’une vision du monde inestimables. Louis Lumière est le dernier des inventeurs et le premier des cinéastes.
La salle de cinéma : les Lumière ont rendu possible l’expérience collective de partager ses émotions devant un lm.
En 2017, 122 ans après l’avènement du Cinématographe, Louis et Auguste Lumière sont célébrés à Lyon. Merci au musée des Confluences de permettre un si bel hommage

Auguste et Louis Lumière dans leur laboratoire, vers 1925. © Collection Institut Lumière.

Une exposition consacrée aux pionniers lyonnais du cinéma,
Louis et Auguste Lumière, et à leurs inventions phares
dans le domaine de l’image 

De la première salle de projection reconstituée à la diffusion intégrale des 1 422 films Lumière sous la forme d’un mur magistral d’images, de la maquette du site originel des usines Lumière à des jouets optiques du 19e siècle, entre affiches, Autochromes et vues panoramiques, le visiteur est plongé au cœur de la créativité des Lumière et de la réussite industrielle de ce e famille lyonnaise.
L’épopée du Cinématographe est le fil conducteur de l’exposition : à la fois prouesse technique qui constitue le point d’aboutissement de tentatives antérieures et acte fondateur d’une pratique artistique qui révolutionne encore aujourd’hui notre vision du monde.
Le geste de Louis Lumière relève d’une inspiration créatrice et d’une vision du monde inestimables. En se posant des questions de mise en scène, en inventant des sujets dont s’inspireront de nombreux réalisateurs, en envoyant des opérateurs aux quatre coins du monde, Louis Lumière s’est véritablement imposé comme le tout premier des cinéastes.
L’avènement du cinéma a été celui d’une nouvelle forme de divertissement collectif, qui deviendra l’une des principales expressions de la culture populaire tout au long du 20e siècle. A l’heure de la révolution numérique et du changement que celle-ci induit sur notre rapport aux images, l’exposition questionne l’avenir du cinéma et ce qu’il nous laisse en héritage.

Extrait du film « Sortie d’usine » de Louis Lumière (1895)
© Collection Institut Lumière.

Une géniale invention : le Cinématographe !
Les frères Lumière sont avant tout célèbres pour leurs remarquables inventions, à commencer par celle du Cinématographe. Ce furent aussi de respectables industriels lyonnais qui contribuèrent considérablement à la croissance de l’économie régionale et nationale. Une industrie florissante dédiée à la photographie. Cette saga familiale trouve sa genèse dans le studio photographique d’Antoine, père de Louis et Auguste. C’est là, en 1881, que Louis Lumière, à l’âge de 17 ans, met au point une plaque photographique sèche prête à l’emploi. Cette innovation ouvre la voie à la pratique amateur de la photographie, et marque les débuts de la fortune pour les Lumière père et fils. Ceux-ci prospèrent avec la fabrication et la vente de plaques sur verre, de papier photographique et de produits chimiques. En 1892, la société compte parmi les principales entreprises de la chimie à Lyon et devient la première industrie européenne de plaques photographiques, la seconde au niveau mondial, derrière la société américaine Kodak. Grâce à l’absorption d’entités concurrentes ou complémentaires, l’activité s’étend progressivement à tous les domaines de l’industrie photographique : plaques, films et papiers noir et blanc et couleur, films radiographiques et cinématographiques, produits photochimiques, appareils photographiques. La société Lumière poursuivra son activité sous ce nom jusqu’en 1982 avant de devenir Ilford France.

Des inventions majeures dans le domaine de l’image.
Si le Cinématographe s’inscrit comme l’invention la plus révolutionnaire des frères Lumière, Louis Lumière a également été à l’origine d’autres innovations majeures dans le domaine de l’image.
L’Autochrome constitue sa plus grande fierté : breveté en 1903, il s’agit du premier procédé commercial de photographie en couleur. Il consiste à intégrer à une plaque de verre en noir et blanc un écran composé de millions de grains de fécule de pomme de terre, teintés en trois couleurs, celles-ci permettant de filtrer à l’échelle microscopique les radiations colorées de la lumière.
En 1896, l’invention du Kinora Lumière, une visionneuse perme ant de feuilleter des photogrammes, met la photographie animée à la portée du grand public. Pour l’Exposition Universelle de Paris 1900, Louis Lumière conçoit un nouveau Cinématographe (page 13) au format large utilisant une pellicule de 75 mm qui donne la possibilité de projeter des films sur un écran monumental.
Breveté par Louis Lumière en 1900, le Photorama consiste à projeter une photographie à 360°, présentant un tour d’horizon complet dans une salle ronde. La photo est réalisée en un seul cliché grâce à un appareil appelé Périphote. L’image, projetée autour des spectateurs, crée un spectacle vertigineux et hypnotique. L’exploitation du Photorama s’arrête en raison de son coût.
Au cours des années 1930, Louis Lumière expérimente les lms en relief, en transposant au cinéma les principes de la stéréoscopie. Avec des lune es équipées de filtres de couleurs, le relief de l’image apparaît. Hélas, l’usage imposé de lune es rebutera le public.

Autochromes, les ancêtres de la photo couleur
Ancêtres de la photo couleur, les Autochromes ont été fabriqués par les usines Lumière à des millions d’exemplaires. Nombres d’entre eux offrent des témoignages incomparables de la vie quotidienne au début du 20e siècle.
Réunissant les principes de la lanterne magique, de la chambre photographique et des jouets optiques créant l’illusion du mouvement, le cinéma est à la croisée des chemins d’une série de découvertes dans des disciplines aussi diverses que l’optique, la perception du mouvement, la mécanique et la chimie.
Produire et projeter des images animées : une longue quête. La lanterne magique, instrument d’optique apparu au 17e siècle et fabriqué en série à partir du 19e siècle, est considérée comme l’ancêtre des appareils de projection. Elle associe une lentille convergente et une source lumineuse pour projeter une image peinte sur plaque de verre.
Le 19e siècle voit parallèlement se succéder une série de jouets optiques, comme le Thaumatrope, le Phénakisticope, le Zootrope et le Praxinoscope, autour du principe de la persistance rétinienne, qui nous donne l’illusion du mouvement. Mais il ne s’agit encore que d’animation de dessins successifs. La chronophotographie, mise au point à la n du 19e siècle, consiste à prendre une succession de photographies à intervalles réguliers pour décomposer un mouvement invisible à l’œil nu afin de l’analyser et en comprendre les différentes étapes. Cette technique permettra des recherches sur l’outil d’enregistrement successif des images et donnera naissance à la caméra.
En 1891, Thomas Edison met au point le Kinétographe, un chronophotographe destiné à l’enregistrement des images. Une perforation de chaque côté des images permet leur espacement régulier les unes par rapport aux autres. Ceci marque l’avènement du lm 35 mm. Il crée parallèlement le Kinétoscope, une visionneuse destinée à un spectateur unique, dans lequel le lm dé le très rapidement et de manière continue. Le Thaumatrope, littéralement « prodige tournant », inventé en 1825 par les britanniques Fi on et Paris, est un disque imprimé sur deux faces. Une fois mis en mouvement grâce à deux cordons, il fait se superposer les deux images, comme l’oiseau dans la cage ou le cavalier sur le cheval. Photo. Plaque Autochrome Lumière : Andrée Lumière et sa cousine Madeleine en 1910 © Famille Lumière / Collection Institut Lumière.

Le Cinématographe
Inspirés par ces différentes inventions, les frères Lumière veulent rendre la vision d’images animées, non plus individuelle, mais collective. Ils entament des recherches sur la chronophotographie et fabriquent
des prototypes d’appareils permttant d’insu ler le mouvement à des images fixes.
Fin 1894, d’un trait de génie, Louis Lumière rassemble et complète les mécanismes imparfaits réalisés jusqu’alors. Pour imprimer des déplacements successifs réguliers, il met au point un mécanisme similaire à celui de la machine à coudre, qui fait successivement avancer et s’immobiliser le tissu, le temps que le point soit réalisé. Il utilise des bandes analogues à celles d’Edison, sur lesquelles il appose une seule paire de perforations rondes.
Cinématographe n°1 en projection (décembre 1895)
© Collection Institut Lumière, photo Pierre Aubert.

Les trois fonctions du Cinématographe Lumière : caméra, tireuse et projecteur
Le brevet du Cinématographe, littéralement « l’écriture du mouvement » est déposé le 13 février 1895 et en précise les différents emplois : « appareil servant à l’obtention et à la vision des épreuves chronographiques », c’est-à-dire la prise de vue et la projection. L’appareil se verra également doté de la capacité de tirer des copies. Il sera fabriqué en série à partir de décembre 1895 et commercialisé dès 1897.
Pour filmer, il suffisait de placer une pellicule vierge dans le magasin supérieur et de la faire déf ler derrière l’objectif, en tournant la manivelle à vitesse constante. Placée sur un trépied, cette petite caméra pèse moins de 5 kg, la rendant très facile d’utilisation.
Pour passer de la caméra au projecteur, il suffit de remplacer l’objectif, d’utiliser un porte pellicule, et de fixer l’appareil sur un chevalet supportant la lanterne à arc. Cette lampe envoie la lumière à travers la pellicule. Le projectionniste met les images en mouvement en faisant défiler la pellicule grâce à la manivelle.
Le Cinématographe permet également de tirer des copies positives pour la projection à partir du négatif développé. Le principe est d’entrainer simultanément une pellicule vierge et un négatif, d’ôter l’objectif et d’orienter l’appareil vers une source lumineuse uniforme pour que les images du négatif s’impriment en positif sur la copie. D’autres appareils, toujours plus évolués techniquement seront fabriqués selon le même principe. Ces évolutions conduiront notamment à distinguer caméras et projecteurs.
Au-delà de la seule prouesse technique, Louis Lumière sera le premier inventeur qui pourra dire : « je suis allé au cinéma ».

Ch. Pathé, L. Gaumont et G. Méliès ont participé aussi à la naissance du cinéma
Contemporains des frères Lumière, Charles Pathé, Léon Gaumont et Georges Méliès ont influencé le monde du cinéma et plus particulièrement celui de la production. « Éditeurs de vues cinématographiques », les deux industriels Charles Pathé et Léon Gaumont dont l’activité consistera à produire et à distribuer les lms, vont contribuer en France à faire du cinéma une industrie.
Méliès quant à lui, réalisateur, producteur et distributeur de lms, confère à l’industrie cinématographique
une dimension esthétique. En véritable cinéaste, il expérimente la mise en scène cinématographique.
Méliès utilise l’outil cinématographique pour explorer des thématiques encore peu répandues à l’époque : les vues fantastiques. L’illusion et le trucage deviendront des éléments récurrents dans son œuvre d’un genre nouveau. Il mêle des effets de mise en scène théâtrale aux trucages et autres effets visuels que permet l’appareil de prise de vue.

Reconstitution inspirée du Salon Indien, où s’est déroulée le 28 décembre 1895 la première projection publique payante © Collection Institut Lumière photo Olivier Garcin – musée des Confluences.

Le Salon Indien où sont projetés des films rarissimes !
A ne pas manquer. Une reconstitution inspirée du Salon Indien : le sous-sol du Grand Café (aujourd’hui hôtel Scribe) était il y a 120 ans une salle de billard décorée à l’orientale. Où sont projetés pour les visiteurs des films rarissimes ! Aucune archive photographique de cette pièce n’existe. Jacques Grange a réalisé une reconstitution libre de ce salon, se basant, certainement comme les décorateurs de l’époque, sur une représentation fanthasmée de l’Inde, propre aux Occidentaux. Le 28 décembre 1895, avec la première projection publique payante qui se déroule au Salon Indien du Grand Café à Paris, l’ère du spectacle cinématographique débute.
On assiste à l’acte fondateur de l’expérience collective du partage des images.Les premiers spectateurs sont subjugués par ce qu’ils voient. Certains sont mêmes prêts à acheter l’appareil très cher. Mais, Antoine Lumière ne cède pas, bien décidé à conserver l’exploitation exclusive du Cinématographe.
Si cette première projection ne réunit que
33 personnes, le bouche-à-oreille répand rapidement la nouvelle et les séances seront multipliées pour répondre à la demande. Quelques semaines plus tard, le Salon Indien accueillera 2 500 spectateurs quotidiens. Le succès ne se démentira plus. Plus d’un siècle après son invention, la magie du cinéma est intacte. Jusqu’à l’avènement de la télévision, la sortie au cinéma constitue, aux États-Unis comme en Europe, le divertissement populaire par excellence. Une multitude de salles, une profusion de films et des tickets d’entrée très abordables permettent alors de drainer des milliers de spectateurs au cinéma : 4 milliards de tickets de cinéma sont vendus annuellement après-guerre aux États-Unis, contre environ 1,35 milliard ces dernières années.
Comme le montrent les affiches publicitaires qui fleurissent alors, les spectateurs se déplacent avant tout pour assister au spectacle du Cinématographe. À l’origine, peu importe le sujet des films qu’ils vont découvrir. Ce n’est que plus tard que les spectateurs se déplaceront pour un lm en particulier. Première affiche du Cinématographe par Brispot (1896). Collection Institut Lumière, photo Pierre Aubert
Néons fluorescents, façades excentriques et clinquantes, décors majestueux : ces éléments ont contribué à façonner la mythologie de la salle de cinéma du milieu du siècle dernier, avant l’irruption, bien des années plus tard, des multiplexes en bordure des villes.
Si les supports de diffusion des images se sont multipliés avec l’apparition du numérique, l’émotion collective des salles obscures n’a pas pris une ride.


Projection des 1422 films réalisés par les frères Lumière  © Collection Institut Lumière photo Olivier Garcin – musée des Confluences

Un incroyable mur de 1422 films qui tournent en boucle !
Avec 1 422 films, dont les négatifs sont tous quasiment intacts, les Lumière ont laissé un héritage exceptionnel à plusieurs titres.
Poétiques et réalistes, sublimes et inventifs, ces lms captent des époques, des personnes, des situations, des pays, des coutumes, en mêlant l’officiel au banal, le grandiose à l’intime. Ils constituent des témoignages inoubliables et uniques sur la France et le monde au 20e siècle.
Pour promouvoir le Cinématographe à l’étranger, la firme Lumière envoie à partir de 1896 des opérateurs à qui elle con e, pour certains, la mission d’effectuer de nouvelles prises de vues. Ainsi, Constant Girel part au Japon et ramène de ce voyage les premières vues tournées en Extrême Orient, des images
Ci-contre, de gauche à droite— Gabriel Veyre, Dar Bou Azza (1935) Autoportrait Collection Fondation Gabriel Veyre Gabriel Veyre au Japon (1898) Collection Fondation Gabriel Veyre du Japon de l’ère Meiji où se côtoient les scènes de vie quotidienne des japonais et les danses traditionnelles de la population aïnu. Gabriel Veyre se rend en Amérique Centrale, au Japon et en Indochine, destinations dont il ramènera de très nombreuses vues Lumière et photographies.
Ces images tournées dans le monde entier offrent pour la première fois aux spectateurs un sentiment de proximité fulgurante et de rétrécissement singulier du globe terrestre.
Avec le Cinématographe, les Lumière ont également écrit les premières pages de l’écriture cinématographique. Avec leurs opérateurs,
en quelques années seulement, ils ont déjà tout inventé : le travelling, le trucage, le gag, le film familial, le film d’entreprise publicitaire, le film comique, le film d’actualité, le documentaire et même le remake, avec les versions multiples d’un même sujet !

De l’argentique au numérique ! 
Si depuis son invention, le cinéma a connu de nombreuses évolutions techniques, le passage de l’argentique, support physique, au numérique, support virtuel, a considérablement transformé les systèmes de  » lmage », de projection mais aussi les modes de consommation des images. Cette mutation affecte le cinéma dans son essence. Elle redéfinit ses métiers et engendre de nouvelles théories esthétiques. Elle interroge aussi le devenir de l’expérience collective de la salle de cinéma en regard de l’expérience individuelle sur un écran d’ordinateur ou de téléphone. Les artistes contemporains portent leur regard sur l’empreinte du cinéma dans la culture populaire et sur son héritage. L’artiste Stephan Crasneanscki convoque la mémoire du spectateur et pose la question de la trace de la pérennité et de l’archive, en photographiant les archives du cinéaste Jean-Luc Godard.

Bon à savoir. Bobines 35mm et DCP (Digital Cinema Package) de « La dolce vita » de Federico Fellini (1960) En passant de l’argentique au numérique, la pellicule 35 mm disparaît au pro t des DCP, Digital Cinema Package. Encodés sur des disques durs, les lms sont lus par un serveur relié à un projecteur numérique. Peu à peu, le cinéma classique est restauré et préservé en DCP. What We Leave Behind de Stephan Crasneanscki (Série, 2014). Ilan Engel Gallery, photo Pascal Amoyel.

Et aussi des expérimentations et recherches au service de la santé
Les frères Lumière étaient des touche-à- tout aux talents inouïs qu’ils ont mis au service des Lyonnais lors de la Première Guerre Mondiale. Ils produisent des plaques photographiques utilisées pour la radiographie et la photographie aérienne.
Auguste, à la tête du service radiographique de l’Hôtel-Dieu, fait développer, agrandir et livrer les radios à Monplaisir, sans aucune contrepartie. Au cours de ce e période, il invente aussi le « tulle gras », qui sera vendu jusqu’à récemment.
Louis Lumière met également au point une prothèse de main-pince articulée distribuée gratuitement aux soldats mutilés. Il invente le réchau eur catalytique qui réchauffe les nacelles d’avions pour éviter la congélation de l’huile des moteurs tout en évitant les risques d’incendie.
En 1925, les frères se retirent de l’entreprise. Auguste se consacre alors à l’expérimentation et à la recherche scientifique. Membre de l’Académie de médecine, il contribue à faire progresser le traitement de nombreuses pathologies (cancer, tuberculose, rhumatisme…) et produit de nombreux médicaments dans ses laboratoires de Monplaisir.