La lettre culturelle de Lyon  - N°26 Automne-hiver 16/17 - Création 2008

VOYAGES

Retour sur numéro Printemps-Eté 2017

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Venise, l’hiver (la nuit)

Pour ma part, simple visiteur curieux, j’ai toujours pris soin d’éviter la foule lorsque je visite une ville ou un pays… Quoique ce soit loin d’être chose facile. Voici donc quelques notes d’un court séjour à Venise, suivi d’une escapade d’une journée à Trieste et d’une autre à Vérone. Trois villes d’harmonie spirituelle et d’architecture. Trois villes qui vivent dans le respect de leur cadre éternel. Trois villes superbes à découvrir à contre temps des multitudes…

Faire un tour en vaporetto sur le Grand Canal la nuit est une expérience inoubliable © JPD.

 

Venise, la nuit (l’Hiver)

Venise ! De toutes les villes d’art et d’histoire : Rome, Florence, Prague ou Saint-Petersbourg, Venise est celle qui fait le plus rêver. Mais Venise ne se laisse pas découvrir facilement. Me voici donc repartis pour une courte semaine à Venise (l’hiver). Hors saison, Venise ne perd rien de son charme, bien au contraire. Venise, d’autres que moi l’ont décrite infiniment mieux. Mais je vais quand même tenter de vous faire partager mes impressions.

Une cité envoûtante, à aborder par la mer

Décembre. En cette fin d’après-midi, il fait déjà nuit noire. C’est par la lagune qu’il faut aborder Venise. L’Alilaguna, le vaporetto-navette de l’aéroport, m’amène directement au coeur de la cité. Après un détour par le Lido, très vite la place Saint-Marc et San Zaccaria s’approchent. Voici le Danieli. Mon hôtel, Casa Verardo, est caché juste derrière, au coin d’une ruelle et d’un pont.

L'arrivée la nuit. L'Allilaguna, la navette de l'aéroport, passe devant l'île de San Giorgio Maggiore. © JPD.

Venise se visite à pied. Le soir, pour découvrir la ville, je pars, dans Castello ou Dorsoduro, sans but précis, au hasard des ruelles, des placettes, des sottoportegos (passages couverts aménagés sous les édifices), des ponts et tolettas (passerelles de bois). Dans ce labyrinthe à l’éclairage succinct, je me perd immédiatement. Les petites boutiques de souvenirs kitch, de masques extraordinaires, de sacs de cuir colorés, de fringues à tous prix, ouvertes tard le soir; forment autant des touches de lumière colorées qui attirent le regard. Venise la nuit (l’hiver) est une cité contrastée et envoûtante.

Dans les rues, sur les places les gens se saluent s’interpellent dans une langue rude et vive. De riches touristes aèrent leurs longs visons, leurs maris ressortent leurs vieux lodens ! Des jeunes filles, il y en a de fort belles à Venise, vêtues dans tous les styles possibles, marchent avec une élégance naturelle.
Le quartier du Castello, à deux pas de Saint-Marc, foisonne d’osterias, trattorias, wine-bars, charmants et animés. Ils proposent tous les mêmes plats, pâtes à l’encre de seiche, pizzas, … Je choisis tour à tour, l’Aciughetta, l’Ai Tre Leoni et l’Ai Specchieri. Les vénitiens dégustent un spritz (Apérol) ou un verre de Valpolicella parfois debout, dehors, malgré l’humidité permanente qui accroit la sensation de froid. Une amie m’avait fait découvrir l’Osteria do Spade, un authentique et séculaire petit restaurant, caché sous un sottoportego à deux pas du marché aux poissons du Rialto. Ses chicettis aux poissons sont succulents, et la morue à l’ail, au persil et à la polente blanche, est savoureuse. Plus on s’éloigne de San Marco, plus les passants sont rares. Mais je ne me sent jamais en insécurité. L’étroitesse des passages, les reflets des maigres éclairages sur l’eau, le silence étonnant, créent une atmosphère de film étrange.

Chiches éclairages publics et atmosphère d’époque

Venise est une ville sur l’eau. J’ai pris le Citypass Vénezia Unica, indispensable pour les longs trajets, il permet d’utiliser de façon illimitée le Vaporetto. Un soir je décide de faire le tour de la cité. Le vaporetto remonte le grand Canal, passe sous le pont du Rialto, jusqu’à la place Roma, en zigzaguant d’une rive à l’autre. Un peu comme les « vapurs » d’Istanbul remontant le Bosphore jusqu’à la mer Noire, alternant les escales de la rive européenne à la rive asiatique.
Où que se portent mes regards, ce ne sont que palais et belles demeures. Ils se jouxtent et se soutiennent, comme pour s’empêcher de ne pas s’enfoncer un peu plus dans la lagune. Ce soir, ils sont presque tous déserts. Parfois un hall est éclairé. De superbes lustres de Murano brillent à travers les hautes fenêtres de l’étage « nobile ». A l’étage suivant : rien. Les « mezzanines », tout en haut sont parfois habitées, car il est plus facile de se chauffer dans ces pièces (relativement) basses de plafond. Les chiches éclairages publics rappellent les lanternes de l’époque de la gloire de Venise… On s’y croirait presque.
Retour par le canal de la Giudecca, le vaporetto accélère, le moteur rugit, siffle, ralentit pour croiser un taxi, repart de plus belle, se freine à grand coups de marche arrière, de craquements de grincements, avant d’accoster. A tout instant, on a l’impression que le moteur va exploser !

Barge dans la brume de décembre. © JPDDe jour, le trafic des bateaux de livraison, barges de travaux, taxis, ambulances, « vigile del fuego » et gondoles, est incessant. De nuit il se réduit, mais ne cesse pas pour autant. Nous croisons, des « Alilaguna », des vaporettos, des taxis et des vedettes de la « polizia ». La vie continue, de jour comme de nuit, sur le Grand Canal et la canal de la Giudecca. je m’arrête sur l’île de la Giudecca, pour dîner, chez Il Redentor, à côté de l’église éponyme. Excellentes pizza et calzone, à petits prix, dans ce restaurant sans façon. A midi, j’avais pris un apérol, dehors au soleil à La Piscina, sur le quai des Zattere, de l’autre côté du canal. Ce soir il est désert. Venise était jadis, le plus grand port d’Europe. Ici venaient s’ancrer des navires venus de très loin, chargés de marchandises rares et précieuses. Le bassin de Saint-Marc était un lieu stratégique. D’un côté, la Dogana da mar, avec sa tour surmontée d’un globe terrestre doré, de l’autre San Giorgio Maggiore et son campanile, juste en face de nous Saint-Marc, le palais des Doges et son campanile, à flèche pyramidale, haut de 95 m. La traversée, de nuit, de ce vaste plan d’eau, avec pour seuls repères, dans la brume d’hiver, ces trois bâtiments illuminés est un grand moment du séjour à Venise.

Les trésors des scuolas, gallerias et palazzos

Pour ma part, je pourrais parler longtemps de la basilique Saint-Marc, du palais des Doges, du musée Correr, de la Fenice, de Sta Maria Gloria die Frari, de la Scuola Grande di San Rocco, de Sta Maria Formosa, des îles de Burano et de Torcello. Oui je pourrais en parler longtemps. Je voudrais plus simplement évoquer les cinq lieux qui ont le mieux retenu mon attention.
La Scuola Dalmata dei Santi Giorgio et Trifone, je passe devant sans la voir, coincée entre une ruelle et un canal. La façade est simple, mais élégante. Une salle, un escalier et une autre salle. C’est tout. Mais quels merveilleux murs et plafonds à poutres peints. Avec les cycles de saint Georges, de saint Tryphon et de saint Jérôme, rehaussés des couleurs chaudes de Vittore Carpaccio.

Les nouvelles salles de la Galleria dell'Academia recèlent de trésors rarissimes. © JPD.La Galleria dell’Accademia est un formidable musée des beaux-arts pour ses collections de peintures vénitiennes du XIV°s. au XVIII° s. Les portraits de madones, les scènes de la vie quotidienne se succèdent dans un merveilleux cheminement où se côtoient les Longhi, Bellini, Lotto, Veronese, Carpacio, Tiepolo, Le Titien et le Tintoret. Cinq nouvelles salles ont été ouvertes sous l’égide de l’Unesco. Les oeuvres sont présentées dans un décor moderne et sobre et dans des formats très variés. Tels ces motifs exceptionnels de plafonds de Tiepolo et Veronese. On y trouve aussi des peintres plus anciens et méconnus comme Paolo et Lorenzo Veneziano, Jacobello del Fiore et Giambono.
Le richissime mécène François Pinault a acquis et restauré de façon contemporaine, l’ancien entrepôt de la Dogana da mar (douane de mer) pour y présenter ses collections et des expositions d’art contemporain. Par une fenêtre en demi-lune on aperçoit la brume du soir descendre sur le canal de la Giudecca, alors que peu à peu s’illuminent l’église Il Redentore et San Giorgio Maggiore. Santa Maria della Salute illumine le Grand Canal.

Le Palazzo grassi, présnet de fort intéressantes expositions d'art contemporain. Ici une sculpture lumineuse de Martial Raysse. © JPD;Le Palazzo Grassi-Pinault Collection, présente des rétrospectives d’artistes contemporains dans un décor de palais ancien, rénové avec goût. Le parcours des expositions est une visite complète du palais. Il apporte un regard nouveau sur la collection et les artistes présentés. Il fut un des derniers grands palais construit à Venise avant la chute de la république de Venise en 1797. En 2013, pour l’exposition de Rudolf Stingel, le palais était totalement recouvert d’un tapis imprimé des murs au plancher ! Spectaculaire ! Cette année c’est Martial Raysse, un peintre sculpteur français actuel et méconnu qui est présenté.
La décoration de la Ca’ Rezzonico, restaurée récemment, a le charme d’une résidence privée. Lustres de Murano, meubles anciens, porcelaines rares, nécessaires de toilette, tapisseries… A l’étage, je découvre des oeuvres remarquables, des Canaletto, Guardi et Tiepolo, avec un rare souci du détail sur la vie vénitienne. En fin d’après midi quand les visiteurs se font rares et que tombe la nuit, j’ai l’impression d’être l’invité privilégié de cette belle demeure.

Lumières d’hiver sur la lagune

Fin d’après-midi, en bateau, de retour de l’île de Burano. Le soleil couchant illumine le miroir argenté de la lagune déserte. Seuls, se détachent sur l’eau, les « bricolas », gros pieux de bois, qui joints par trois, balisent les canaux navigables. Escale à Murano. Les ultimes rayons du soleil rehaussent les ocres des maisons basses du Grand Canal de Murano. L’île est la patrie du verre soufflé sous toutes ses formes : lustres baroques, luminaires, sculptures, vases, objets décoratifs, presse-papiers, figurines bariolées, verres, bijoux et perles. A une ou deux exceptions près, la plupart des échoppes ne propose que des pièces traditionnelles ou très kitch pour les touristes. J’apercois toutefois de fort belles pièces d’art contemporain chez Venini, Salviati et Moretti. Les maîtres verriers – il en reste environ six cent – continuent de préserver leur savoir-faire en y ajoutant un indéniable souffle artistique actuel. Les multiples éclairages font briller les vitrines de fort belle manière. La basilique Santa Maria e Donato date du XII°s est un chef d’oeuvre de l’art vénéto-byzantin qui recèle des éléments décoratifs intéressants. L’intérieur sombre tranche, tranche avec les lumières vives des magasins. Dans l’osteria « Ai Frati », une immense fresque de 2011, reproduit fidèlement les visages d’une cinquantaine d’habitants d’aujourd’hui, y compris celui du garçon de café qui me sert ! Retour à San Zaccaria, en vaporetto au milieu de la lagune, seuls surgissent à nouveau de la brume les silhouettes majestueuses de San Giorgio, d’Il Redentore de la Salute, du Palazzo Ducale et du campanile…

L’harmonie présente d’un passé glorieux

A voir la richesse insolente de ces palais et de ces églises, on se prendrai presque à rêver d’autrefois. Il en a fallu du courage, de la pugnacité, des batailles, à ces hardis marins, ces courageux marchands et ces habiles princes et doges, pour créer Venise. Les froids et les chaleurs extrêmes des caravanes de la Route de la Soie. Les tempêtes sur des galères difficiles à manoeuvrer. Le manque d’eau potable. L’eau fétide des canaux. Les épidémies de peste. Les conjurations. Les ruses. Les intrigues… Tout n’était pas simple. La durée de vie était courte, il fallait en profiter. Le luxe et l’art étaient des instruments de pouvoir. La musique, les fêtes, le carnaval et les courtisanes, étaient là pour compenser ! La page d’un millénaire d’histoire est tournée. Peu à peu ce passé glorieux s’estompe. Il reste l’harmonie des palais, des églises, des ponts, des canaux, et leurs reflets sur la lagune. Et c’est ce qui fait le charme un peu mystérieux et unique de Venise l’hiver (la nuit).

  Texte et photos copyright © Jean-Pierre Doiteau
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Infos & Liens

– Lyon – Venise. Une heure 1/4 de vol direct par Easy Jet
– http://www.e-venise.com/office_tourisme_venise.htm
– www.venise.fr/www.venise-tourisme.com
– Venise. Hotel. La Locandiera et Casa Verardo Residenza d’Epoca. Quartier du Castello, derrière le Danieli et l’embarcadère de San Zaccaria. deux charmants peittis hôtels. Même direction. http://www.casaverardo.it