LA LETTRE CULTURELLE DE LYON  - CREATION 2008

L'essentiel des spectacles, concerts et expositions. Reportages patrimoine et voyages.

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LES CHRONIQUES

pftb140de musique classique et d’opéras
de Patrick-Favre-Tissot-Bonvoisin

Compte-rendus des concerts classique et opéras à Lyon
A venir prochainement : Mars, Avril 2016
Anciennes chroniques 2015 voir ici. 

 

Janvier-Février 2016

OPÉRA DE LYON

4 Février / LADY MACBETH DE MZENSK de Chostakovitch : une partition enfin révélée dans toute sa puissance aux lyonnais
S’il est un point positif que l’avenir retiendra du règne de Serge Dorny à Lyon, ce sera d’abord les créations dans notre ville d’œuvres majeures du XXème Siècle, superbement ignorées par ses prédécesseurs, Erlo et Brossmann en tête. En avril 2014, Peter Grimes de Britten connaissait enfin cet honneur et, dans notre article conséquent, nous espérions alors que le tour du chef-d’œuvre lyrique de Chostakovitch viendrait enfin. C’est maintenant chose faite et l’éblouissement – au moins sonore – ne déçoit pas cette longue attente.
Précisons que la mouture révisée de l’œuvre – sous le titre de Katerina Ismaïlova – avait connu les feux de la rampe en France dès 1964 (à l’Opéra de Nice et en langue française). Paris traînant lamentablement des pieds en l’espèce jusqu’en 1992, la création de la partition originale (et en russe) pris entretemps place en 1989 à l’Opéra de Nancy. Nous assistâmes à cet événement, présenté dans une ingénieuse scénographie d’Antoine Bourseiller ainsi qu’à sa reprise à l’Opéra de Marseille en 1993. Depuis, parmi les nombreuses productions proposées rien qu’en Europe, la plus réussie que nous ayons pu voir demeure celle de Nicolas Brieger dans les décors de Mathias Fischer-Dieskau (Genève 2001, redonnée en 2007).

Opéra de Lyon "Lady Macbeth"

Opéra de Lyon « Lady Macbeth »

L’élément visuel le plus notable demeure la direction d’acteurs accomplie pour les solistes
Plutôt qu’une vision inédite, le choix de Dorny s’est porté sur celle présentée à Düsseldorf en 2008, coproduite avec le Liceo de Barcelone et l’English National Opera. De la part de son auteur Dmitri Tcherniakov (pour la première fois invité céans), on pouvait s’attendre au pire. Or, sa conception – déjà ancienne – remonte à l’époque où il ne s’était pas encore radicalisé. Il se contente (oh, que c’est original !) de transposer dans notre temps une action qui – à l’exception de son ultime tableau – supporte plutôt bien ce traitement gratuit. Nous voici donc dans les locaux aseptisés d’une entreprise type import-export où s’affaire une multitude d’employés. Deux questions se posent alors : 1) cela gêne-t-il la compréhension de la trame ? Réponse : non ; 2) Ce parti-pris apporte-t-il un plus ? Réponse : non, strictement rien, sauf de satisfaire ceux pour qui l’obligation de la contemporanéité tourne à la névrose obsessionnelle.
L’élément le plus notable demeure une direction d’acteurs accomplie pour les solistes. Sur ce point, difficile de faire mieux. En revanche, il n’en va pas de même pour les masses, très artificielles dans leurs multiples attitudes et mouvements. À ce titre, la scène d’outrage collectif d’Aksinia (la grasse cuisinière des Ismaïlov, convertie ici en une secrétaire sexy et peu farouche !) paraît convenue. Elle revêt même une déplorable allure parodique, sonnant plus faux que dans les mises en scène traditionnelles. Est-ce volontaire ? Qui sait ? De même, la première et violente copulation de Katerina avec Sergueï ou le passage à tabac de ce dernier sur ordre de Boris ont quelque chose d’étrangement factice. Ces scènes – normalement pénibles, bouleversantes – n’impressionnent pas… étonnant pour un trublion tel que Tcherniakov ! Dans le genre, seul l’assassinat de Zinovy accède à la crédibilité indispensable.
Passons sur les divers gestes inappropriés occasionnels pour déplorer l’unité de lieu, aboutissant à de menues absurdités (le tableau du commissariat… qui se déroule… chez les Ismaïlov !). Ce besoin de transformer à tout crin se confirme – par exemple – dans le choix de ne pas montrer l’étreinte des amants à l’acte I alors que, inversement, la fornication de Sergueï avec la bagnarde Sonyetka (prévue hors scène au III) se trouve ici complaisamment détaillée. Admettons, toutes ces erreurs passent encore. Reste le cas de l’ultime tableau qui se révèle dommageable à l’œuvre. Chostakovitch et son librettiste Alexander Preis souhaitaient montrer la mort de l’héroïne lors de sa déportation au sein d’une nature hostile, anéantissant les humains. Ici, foin de glaciale plaine sibérienne enneigée, plus de fleuve en débâcle où l’héroïne entraîne sa rivale dans la mort (au prix d’une facilité éhontée, puisque les surtitrages mentionnent : « leurs blessures sont trop profondes » au lieu du texte véritable « le courant est trop fort » !). En leur lieu et place : une cellule étroite, tandis que la cohorte des bagnards est reléguée hors champ visuel. Cette dénégation du livret ôte, hélas, une réelle dimension au finale, sans toutefois parvenir à totalement amoindrir son impact émotionnel. Tout le reste se tient et c’est déjà beaucoup.

Direction exemplaire, mémorable de Kazushi Ono
Du point de vue musical, nous sommes en revanche comblés. Voilà bien longtemps que nous n’avions entendu Kazushi Ono aussi inspiré. Transfigurant l’orchestre maison, aussi soucieux de restituer le moindre détail de la foisonnante instrumentation que vigoureux dans les tutti fortissimo, le chef d’orchestre japonais fait preuve d’une vigueur inouïe tout en demeurant constamment lisible dans les plus complexes pages. S’affranchissant de toute confusion, il domine de haut son sujet et délivre ainsi une direction exemplaire, mémorable ! Chaque pupitre accède à un relief exceptionnel, ce qui demeure d’autant plus méritoire pour les cordes – fatalement en sous-nombre en raison de l’exiguïté de la fosse – s’affirmant aussi chatoyantes que leurs confrères des vents ou de la percussion.
Grâces soient pareillement rendues aux chœurs. Stupéfiants de présence, d’autorité, ils réalisent un travail splendide dans cette partition rythmiquement redoutable dans la plupart des scènes d’ensemble. Atteignant une puissance dévastatrice, leur prestation aurait pu se révéler encore plus poignante au dernier acte si la scénographie ne les chassait arbitrairement à l’arrière-plan, hors de la vue du spectateur.

Incarnation accomplie d’Ausrine Stundyte, digne de passer à la postérité
L’affiche réserve de réelles satisfactions solistes. Une fois libérée de l’obstacle acoustique imposé par le metteur en scène (la chambre de Katerina est curieusement située dans un espace clos en retrait, orné de superbes tapis mais étouffant les voix), Ausrine Stundyte fait preuve d’une autorité de premier ordre. Couvrant aisément toute la redoutable tessiture du rôle principal, la soprano lituanienne choisit intelligemment la moindre inflexion, agissant sur le timbre avec habileté, révélant un entendement peu commun du texte. Capable d’accents déchirants, elle n’en oublie pourtant pas de chanter et jamais ne vire dans le parlando outrancier, plaie que nous infligent trop de ses consœurs actuelles. Le rayonnement et l’implication de la cantatrice s’accroissent scène après scène, aboutissant à une interprétation de Katerina Ismaïlova parmi les plus grandes que nous ayons entendues (et pourtant : Josephine Barstow, Olivia Stapp, Nina Stemme… la concurrence en mémoire était rude !). Ajoutons que, théâtralement, aucune des composantes du personnage ne lui échappe, de la rudesse à la fragilité. L’on comprendra donc aisément que nous sommes en présence d’une incarnation accomplie, digne de passer à la postérité.

Le Sergueï de John Daszak n’atteint certes pas de tels sommets. Disposant d’un matériau rien moins que commun (en timbre) il fait cependant montre d’une santé vocale et d’un tempérament au-dessus de la moyenne. En outre, un sens affuté des nuances et de la gestion des ressources mérite d’être mentionné. Bon acteur, il pallie ainsi aisément aux inconvénients d’un physique plus de nature à l’encombrer qu’à lui faciliter la tâche. Vladimir Ognovenko s’affirme en revanche très à l’aise sous tous les aspects. Avec son format Mariinsky de Saint-Pétersbourg (sa prestation dans Rouslan & Ludmilla de Glinka avec Gergiev nous avait fasciné dès 1995), il constitue un luxe fort apprécié en Boris Ismaïlov. Envahissant le plateau de sa formidable présence à chaque apparition, sonore, mordant, la basse russe compose un portrait magistral de l’odieux beau-père de l’héroïne. Certes Petkov ou Matorin hantent notre mémoire mais Ognovenko les rejoint aisément, frappant l’imagination des spectateurs qui l’ovationnent chaleureusement au rideau final. Dans le rôle de son fils Zinovy, Peter Hoare frise l’idéal. Son ténor de caractère fait passer toute la veulerie autant que les aspects sarcastiques de l’époux de Katerina sans jamais, avec raison, forcer le trait.

Tenus par des artistes du chœur, tous les petits emplois constituent, sans exception, une indicible réussite
En tête des rôles secondaires, la basse Gennady Bezzubenkov constitue l’autre luxe du casting. Avec une prodigalité sans bornes il incarne le Pope, puis le Vieux Bagnard (notez qu’il nous a fallu enquêter sur ce dernier point car, étrangement, le programme de salle ne le mentionne pas !) avec, respectivement, la truculence et le pathétisme idoines. De telles louanges ne seront pas de mise s’agissant du Moujik crasseux (mais quand les diverses scènes francophones cesseront donc d’employer l’expression « Le Balourd miteux », traduction impropre des mots russes originaux ?). Jeff Martin reste en-deçà de l’enjeu. Poussé à en faire des tonnes (et à côté du sujet !) par Tcherniakov, sa prestation demeure faible, sans aura ni charisme, vocalement confidentielle, loin de l’inoubliable incarnation d’Ivan Mathiak. De même, le Commissaire de police d’Almas Svilpa accomplit banalement sa tâche tandis que l’Aksinia de Clare Presland est seulement correcte, vite supplantée par la Sonietka sulfureuse de Michaela Selinger.
Tenus par des artistes du chœur, tous les petits emplois constituent, sans exception, une indicible réussite. Il convient de les citer tant ils parviennent à faire d’authentiques tranches de vie des silhouettes qui leurs sont confiées : Yannick Berne, Brian Bruce, Philippe Maury, Kwang Soun Kim, Didier Roussel, Hidefumi Narita, Paolo Stupenengo et Paul-Henry Vila. Un véritable esprit de troupe les anime, de nature à susciter la plus légitime admiration.
Après les réussites visuelles totales que constituaient céans Moscou, quartier des cerises et Le Nez, le chef-d’œuvre lyrique de Chostakovitch marque certes le pas sur ce point. Toutefois, si l’œil méritait mieux, l’oreille est comblée. La partition a enfin révélé toute sa puissance aux lyonnais. Mieux vaut tard que jamais. Rappelons que d’autres opéras insignes du XXème Siècle attendent toujours cette consécration locale : Billy Budd de Britten, Cléopâtre de Massenet, Die tote Stadt de Korngold, Ulisse de Dallapiccola ou Guerre & Paix de Prokofiev entre autres. Attendons et… espérons ! Photos de Lady Macbeth © Jean-Pierre Maurin.

AUDITORIUM MAURICE RAVEL

ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

28 Janvier / KORNGOLD / BARBER / BARTÓK : Indéniablement, l’opéra en concert a sa place à l’Auditorium !
Cohérente dans son audace, dévolue à trois grands maîtres du XXème Siècle, une telle affiche ravit le musicologue. Reste qu’il demeure permis de s’interroger : lorsque l’on souhaite – à juste titre – faire passer des œuvres aussi passionnantes que celles-ci, mais qui sont tout sauf populaires, la prudence ne consisterait-elle pas à les répartir sur deux programmes, tout en leur adjoignant une partition remplissant la fonction de « locomotive » ? Dans la mesure où notre temps de disette contraint à ces prosaïques raisonnements, il faudrait peut-être y songer à l’avenir.

240Gil-SHAHAM Luke RATRAYShaham domine son sujet avec une visible passion
Fil conducteur shakespearien oblige, nous avons le privilège d’entendre la Suite de Much ado about nothing [Beaucoup de bruit pour rien] d’Erich Wolfgang Korngold. De cette composition réduite à dix-neuf instruments, le compositeur autrichien le plus précoce de sa génération tire le meilleur. Son habileté s’inscrit ici dans la continuité de Richard Strauss, versant intimiste. Les instrumentistes de l’O.N.L y font merveille, transmettant à l’auditoire leur palpable ardeur. Leonard Slatkin obtient d’eux tout à la fois un brillant, une verve, des couleurs et des accents poétiques suscitant de grandes espérances : la programmation d’autres pages, plus ambitieuses, de Korngold dans un avenir proche. Photo © Luke Ratray.
Avec émotion nous nous souvenons de notre premier contact avec l’art de l’éminent violoniste Gil Shaham par le truchement du disque, en 1991. Son enregistrement des concertos d’Henryk Wieniawski [1 CD, gravé en 1990 chez DGG] nous enthousiasma au-delà de toute expression. Vingt-cinq ans plus tard, l’artiste mûr choisit de défendre une autre – relative – rareté : le Concerto Opus 14 de Samuel Barber. Trop souvent confiné dans sa diffusion à l’incontournable Adagio pour cordes, ce compositeur américain inspiré laisse nombre de partitions remarquables.
Esquissé dès 1939, son concerto pour violon combine attendrissant lyrisme et orchestration chatoyante. Il implique toutefois une totale et fervente implication des protagonistes. En ce sens, nous voici comblés : Slatkin empoigne l’ouvrage tandis que Shaham domine son sujet avec une visible passion. Souriant, détendu, stylé, attentif (en subtil communicant) à toutes les évolutions de ses partenaires de l’orchestre, il fait corps avec ces pages, affichant une aisance souveraine. Phrasé distingué au possible, traits virtuoses sans esbroufe, égalité des registres idéalement soudés constituent autant de bienfaits dont l’auditeur se délecte. Louons enfin une authentique présence, apanage des grands, jusque dans ce Bach – pour une fois non convenu ! – donné en Bis (Gavotte en rondeau – 3e Partita). Révérence, Monsieur Shaham !

Balint Szabo 320DRBálint Szabó campe un duc Barbe-Bleue inquiétant à souhait
Béla Bartók figurant parmi les rares compositeurs au répertoire de Pierre Boulez, la logique imposait que la seconde partie de soirée fut dédiée à sa mémoire. Décédé le 5 janvier dernier, le chef d’orchestre et compositeur français ne manifestait en revanche guère que condescendance vis-à-vis de noms tels que Barber ou Korngold, trop « décadents » à ses yeux. La logique imposait donc que l’on plaçât ce soir en portique Frontispice, courte pièce (initialement pour piano à cinq mains) orchestrée par ses soins. Photo © DR.
Cet hommage rendu, passons à Bartók. A Kékszakállú herceg vára [Le château de Barbe-Bleue] figure dans cette minorité d’opéras du répertoire auxquels la version de concert profite, tant sa dramaturgie confine au statisme. Ici, seuls de discrets jeux de lumières axés sur le grand orgue (revêtant, du coup, une physionomie de citadelle médiévale) et la sobre gestique des solistes suffisent à stimuler l’imaginaire de l’auditeur.
Atout majeur : le choix de deux remarquables chanteurs magyarophones. Incarnant le rôle-titre, Bálint Szabó déclame d’ailleurs opportunément le prologue parlé du barde, à tort si souvent coupé, même au disque. Davantage baryton-basse que la basse chantante résultant de l’écriture (question typologie vocale : avec une tessiture couvrant l’ambitus sol grave / mi aigu et les évolutions de la ligne de chant en son sein), le bel artiste hongrois affiche néanmoins un caractère bien trempé. Avec le soupçon de froideur distante appropriée, il campe un duc Barbe-Bleue inquiétant à souhait. Certes la modestie du registre grave le handicape légèrement. À ce titre, la phrase-clef : « Ouvre. Regarde-les. Il y a là mes anciennes épouses » parvient à peine audible au 1er Balcon. En revanche, l’ampleur restreinte constatée dans certains passages en tutti incombe à Slatkin qui, plus encore que dans Salome de Strauss, se laisse aller à couvrir les voix, dosant insuffisamment ses élans sonores impétueux. En ce sens, Bálint Szabó compense cette désavantageuse position par une diction ferme, doublée d’un indéniable pouvoir émotionnel. Acteur puissant, sa moindre attitude ou son plus infime regard étreignent le spectateur attentif.

Ildiko KOMLOSI 240DRSe produit alors la catharsis, d’une richesse d’étoffe comblant enfin l’attente
Sans atteindre tout à fait au rayonnement de ses consœurs hongroises (Sylvia Sass, Éva Marton, Katalin Szendrényi, Eszter Kovács, Klára Palánkay, Katalin Kasza… la liste – non exhaustive – est impressionnante) qui l’ont précédée dans le rôle de Judit [Judith], Ildikó Komlósi détient, ce nonobstant, d’appréciables ressources. Franche mezzo-soprano dramatique, elle incarne l’héroïne avec une formidable conviction, jouant son rôle avec bien plus de naturel que si elle avait à affronter une de ces ineptes scénographies actuelles, dont nos maisons d’opéra ont le secret. Solide, sa voix fort passe bien la rampe, en dépit de duretés dans le registre supérieur (plus flagrantes que chez sa compatriote Ilona Tokody, par exemple). Mais ce n’est que péché véniel face à l’engagement dont elle fait preuve dans toute l’étendue de ses opulents moyens [NB : elle a gravé le rôle par deux fois sous la baguette d’Iván Fischer. Retenons, de préférence, le CD de 2002 chez PHILIPS]. Photo © DR.
En exceptant sa fâcheuse propension à submerger ponctuellement ses chanteurs, Leonard Slatkin contribue pour une bonne part à la réussite de la présente exécution. Admettons pourtant qu’on l’a connu plus à l’aise. Concentré à l’extrême, perceptiblement tendu, il fait montre – détail significatif – d’une gestique moins expansive que de coutume. Sa vision déploie une palette mesurée et il ne se libère vraiment qu’à partir du moment crucial constitué par l’ouverture de la 5ème porte, parvenant dorénavant à emporter l’adhésion. Se produit alors la catharsis, d’une richesse d’étoffe comblant enfin l’attente. Jusqu’à une bouleversante conclusion, le chef américain obtient des sonorités envoutantes de sa fière phalange lyonnaise, en particulier de mémorables violons I.
Indéniablement, l’opéra en concert a sa place à l’Auditorium. Aux vrais mélomanes de s’en rendre compte ! Reste à ajuster le tir question communication dans la plaquette de la saison et trouver l’axe ou les mots-clefs susceptibles d’attirer massivement le public.

À suivre…


 

Décembre 2015

OPÉRA DE LYON

operaroicarotte320tstofleth18 Décembre / LE ROI CAROTTE d’Offenbach : rare et réjouissante compréhension des choses
Dissipons tout d’abord un fâcheux malentendu suscité par la plaquette générale de la saison. À la page présentant ce spectacle, il est écrit : « … ce Roi Carotte, jamais repris en France depuis sa triomphale création, en 1872. ». Désopilant raccourci occultant fâcheusement, rien qu’en ce début de XXIème siècle, les productions présentées à Dijon (2007) et Arles (2013). Le phénomène n’a rien de nouveau. Déjà aux incorrigiblement surévaluées époques Erlo et Brossmann, le nombriliste Opéra de Lyon ignorait avec dédain tout ce qui se faisait hors de ses murs. Mais attention : que nul n’aille reprocher l’erreur d’aujourd’hui aux honnêtes exécutants concepteurs de ce document. La connaissance de ce genre de données incombe au seul directeur d’une maison d’opéra. À lui seul il échoit de vérifier ses sources avec soin avant que d’énoncer de telles assertions, ce qui éviterait bien des méprises (au reste et dans ce domaine, l’arrivée de Stéphane Lissner à l’Opéra de Paris présage d’autres bévues !). Photo © Stofleth.

Pelly remonte enfin la pente, renouant avec un flagrant regain de créativité
Ceci posé, voici longtemps que l’expert ne sort pas de notre maison lyrique lyonnaise exaspéré par le visuel. Voilà qui étonne agréablement ! Car la surprise provient… de Laurent Pelly ! Non ?!? Si !!! Car, perpétuellement remployées jusqu’à plus soif, vagabondant d’une production à l’autre, ses recettes éculées ne suscitaient – au mieux – que la pitié jusqu’au dernier Comte Ory de triste mémoire. Or, un virage est pris ce soir. S’agit-il de l’amorce d’un véritable retour de l’inspiration ? Impossible de l’affirmer sans risque de se tromper. Bornons-nous à ce constat : Pelly remonte enfin la pente, renouant avec un flagrant regain de créativité, absent de ses scénographies céans depuis Le Roi malgré lui de Chabrier qu’on reverrait volontiers. Tour d’horizon.
Premier bon point : aucune animation de l’ouverture (ouf ! on respire !). Pourtant, le lever de rideau n’inspire guère confiance. D’abord avec la lecture sur scène des didascalies du livret original, ne correspondant en rien à ce que l’on voit : rayons de bibliothèque, tristounettes boîtes à fichiers et armoires de vestiaires… (brrr !). Puis, le tableau des étudiants bambocheurs évoquant les plus sots bizutages actuels exhibe une affligeante vulgarité. La sauce a du mal à prendre, le rire (ou ce qui se veut drôle) étant constamment forcé, d’autant que la présence de costumes d’aujourd’hui rebute derechef. Heureusement, tout change au 2ème tableau : l’antre de la sorcière Coloquinte avec la princesse Rosée-du-soir prisonnière dans un panier à salade géant ravigote l’œil et ouvre enfin l’imagination engourdie du spectateur lyonnais. La scène de maléfice atteint ensuite un sommet. Traitée en « Melodram », impressionnante bien que parodique, elle installe la fantaisie attendue. Béni soit, alors, le recours aux bons vieux fumigènes ! Le potager paraît bientôt avec de vrais effets magiques : Carotte et navets géants sortent de terre, se mouvant d’inquiétante façon, générant une vraie pointe d’angoisse. Le tableau de la Cour confirme les espoirs avec, pour décor, une vingtaine de portraits de souverains d’Espagne et d’Italie allant du XVIème au XVIIIème siècle. Ces derniers laisseront place à des tableaux montrant primeurs ou doryphore lorsque Carotte aura instauré son pouvoir malfaisant. Justement, l’entrée de ce dernier et sa suite de (grosses) légumes constitue un régal pour l’œil. Les éclairages judicieux de Joël Adam y concourent autant que les costumes, inventifs au possible de Pelly. Il en va de même avec l’apparition des armures enchantées (d’une efficacité redoutable !) dans une délicieuse parodie de Meyerbeer. Et si l’arrivée à Pompei frise le ratage à cause d’expédients, l’animation progressive de la cité antique atteint ensuite une irrésistible loufoquerie.

opera1roicarotte320stoflethAjoutons à ces réussites une vraie direction d’acteurs
Autre sommet dans la seconde partie : la fête du printemps. Elle constitue une totale réussite pour les costumes des fourmis et un magique éblouissement avec l’apport de moyens pourtant simples. Il en va ainsi de la multitude de panneaux colorés représentant des insectes et engendrant une absolue féérie. Ajoutons à ces mérites une vraie direction d’acteurs, pas gratuite pour deux sous, atteignant un sommet dans la scène de révolte populaire (nouvelle parodie de fière allure, avec ses allusions stylistiques conjuguées à Méhul, Lesueur ou Spontini). Jusqu’au finale où Carotte passe – littéralement – à la moulinette, Pelly fait preuve d’une rare et réjouissante compréhension des choses.
Seul semble lui échapper le message originel des auteurs. Offenbach poussa Sardou dans ce sujet où il entendait, à travers Fridolin, prouver sa fidélité à Napoléon III tout en fustigeant la république corrompue, dont Carotte s’avère le symbole crypté. Admettons. Le péché demeure véniel. En revanche Madame Mélinand – sempiternelle encombrante complice – achève de se déconsidérer par la petitesse de ses oiseuses exactions sur le texte original, chapeautées d’un proéminent « Salope ! », pitoyablement vain. Aussi, suggérons d’ouvrir sans tarder une souscription afin de lui offrir une maison de retraite adaptée à ses besoins, où elle pourra tout à loisir se livrer à la vacuité de ses activités tout en (r)épandant alentours un minimum de nocivité. Photo © Stofleth.
Reste la question cruciale des coupures. Fréquentes, elles nuisent à la cohérence de cet Opéra-Bouffe-Féérie qui, par contrecoup, en apparaît souvent décousu. Tentons d’indispensables éclaircissements à propos de la surestimée longueur de l’œuvre. Si diverses sources rapportent que le spectacle approchait les six heures à la création, comprenons bien que cette copieuse durée devait beaucoup aux entractes ainsi qu’aux contraintes techniques imposées par les abondants changements de lourds décors. Car, pour avoir autrefois consulté un exemplaire de la partition d’origine, nous nous souvenons certes d’un volume consistant mais rien de phénoménal. Pour mieux dire : la durée d’exécution intégrale non-stop de la version princeps (dialogues inclus) devrait se situer entre 3H15’ et 3H30’. Ceci équivaut donc au timing des Rheinnixen de 1864 ou de la mouture idéale des Contes d’Hoffmann rêvée par Offenbach (mais qu’il ne verra jamais). Tout ceci reste donc raisonnable et, du coup, l’on ne peut que regretter l’option retenue ce soir d’une version allégée. D’autant que, la soirée débutant à 19H30’, elle s’achève à 22H25’. La 1ère partie dure 1H30’, la seconde 50’ seulement. Soit un total de 2H20’ d’exécution. Franchement, avec une mise en scène aussi fluide, ne nécessitant pas de chronophages pauses techniques, l’on aurait bien reçu une heure de spectacle en plus.

opera2roicarotte320stoflethL’homogénéité l’emporte comme rarement sur le plateau
Venons-en aux aspects musicaux pour louer d’abord un véritable esprit de troupe, animant l’ensemble des protagonistes. Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour un ouvrage offrant une telle multitude d’emplois. L’homogénéité l’emporte donc comme rarement sur le plateau.
Racé, admirable de diction, évoquant de plus en plus Nicolaï Gedda, Yann Beuron incarne Fridolin XXIV avec panache et vaillance. Christophe Mortagne excelle en Roi Carotte, grinçant emploi de ténor bouffe proche du Roi Bobèche de Barbe-Bleue. En outre, quelle confondante présence en scène (un exploit compte-tenu de l’ingénieux mais encombrant costume qu’il doit porter !). On se demande pourquoi cet intègre artiste n’est pas plus régulièrement invité céans depuis son mémorable Monsieur Triquet d’Eugène Oneguine. Bien qu’affichant moins de métier, les voix féminines ne déméritent en rien, faisant preuve d’abattage ou d’aisance, que ce soit la rouée Cunégonde d’Antoinette Dennefeld, la délicate Rosée-du-Soir de Chloé Briot ou le déluré Robin-Luron de Julie Boulianne. Compliments au Truck de Boris Grappe, tandis que Jean-Sébastien Bou déploie une rayonnante santé vocale en Pipertrunck. Alors qu’on annonçait Dame Felicity Lott en Coloquinte on lui a, depuis avril, substitué sans explications Lydie Pruvot qui accomplit de l’honnête besogne. Impossible de citer la multitude de petits rôles, tous servis avec justesse par des artistes du chœur. Ces derniers assument avec aplomb et sans faille un parcours périlleux, tout en conférant à chaque peuplade incarnée une teinte différente. Photo © Stofleth.
Dirigeant avec esprit, vigueur autant qu’une distinction certaine, Victor Aviat obtient de séduisants coloris de l’orchestre. L’équilibre reste irrépréhensible tout du long de la soirée, même si un effectif plus fourni en cordes eût été souhaitable. Vertu frappante du jeune chef : l’art de construire les ensembles. Très attendu, celui dit « des chemins de fer » atteint ainsi un degré supérieur de réussite.
En résumé : si la scénographie demeure perfectible, cette production pourrait donner lieu à une reprise retravaillée où l’on rouvrirait opportunément les coupures. Ainsi, tout n’en fonctionnerait que mieux et atteindrait vraisemblablement la perfection. Ce soir, il s’en fallait de peu que ce Roi Carotte rejoignît les somptueuses raretés d’Offenbach produites à Genève sous le mandat d’Hugues Gall dans les années 1980 (Barbe-Bleue, Les Brigands, Le Voyage dans la Lune…). Vous pouvez en croire le témoin qui écrit ces lignes : voilà un compliment majeur !

 

20 Décembre à Saint Bonaventure : ON A VOLÉ L’ÉTOILE ! (Concert de la Maîtrise) : une implication constante
Le traditionnel concert annonçant Noël dévolu à la Maîtrise de l’Opéra constitue, depuis plusieurs années, un temps fort unanimement estimé dans la saison. Le choix des œuvres présentées suscite invariablement l’adhésion et l’enthousiasme du public. Encore aujourd’hui, le vaste sanctuaire Saint Bonaventure fait le plein, avec une majorité de jeunes auditeurs puisque le spectacle leur est destiné en priorité.

L’écriture globalement plutôt accessible de Philippe Forget
« Spectacle » correspond à la juste appellation s’accordant à cette réalisation due à la plume de Philippe Forget, qui cumule ici les fonctions de compositeur et librettiste. Seule réserve (évacuons-là sans tarder) : s’agissant d’une œuvre chantée inédite, que l’on découvre en création, l’absence de surtitrages fait cruellement défaut [NB : pour Le Messie de Haendel par Le Concert de l’Hostel-Dieu, ici même cinq jours auparavant, des écrans avaient été disposés efficacement à intervalles réguliers sur les flancs de la nef centrale – NDLR]. Privé de ce soutien, la compréhension du texte demeure aujourd’hui fragmentaire et restreint de navrante façon la propension à l’enthousiasme. Il faudra remédier à cet inconvénient à l’avenir.
Outre la maîtrise (110 enfants, présents ce jour) dont elle a la responsabilité, Karine Locatelli dispose d’un instrumentarium confortable, d’une trentaine de pupitres brillants, à la présence affirmée. Elle se confronte avec compétence à l’écriture globalement assez accessible de Philippe Forget (ce qui ne veut pas dire aisée !). Celle-ci alterne passages en chœur confondants de lyrisme, séquences visant à l’efficacité dramatique impliquant les solistes, de brèves interventions en parlando et quelques sections de type récitatif stylistiquement inscrites dans la lignée de l’école debussyste. À noter que le compositeur insère, de loin en loin, les partitions de noëls traditionnels grecs, catalans, roumains ou basques du plus touchant effet.

Bardassare OHANIAN 320DRLa palme revient en l’espèce à Bardassar Ohanian dans le rôle du Père
Fort simple, la mise en espace suffit à créer l’ambiance moyennant le recours minimaliste à de discrets accessoires (costumes pour les principaux rôles, une lanterne, une cuillère de bois…). Réalisée par Maud Tizon, une sympathique chorégraphie vient en outre agrémenter les interventions de la Maîtrise d’une gestique naïve toujours en situation.
Louons la qualité des solistes. D’abord les trois maîtrisiennes entendues ce jour. Puis, les chanteurs adultes professionnels : la soprano Catherine Renerte incarnant l’Étoile pathétiquement entravée dans sa divine mission par trois garnements ; la mezzo Delphine Terrier, Mère convaincante dans son attitude terre à terre, soulignée par une écriture vocale taillée à la serpe. N’y voyez, ce nonobstant, aucune discourtoisie : la palme revient en l’espèce à Bardassar Ohanian dans le rôle du Père. Grâces soient d’abord rendues à l’articulation et à la diction superlatives (pas une syllabe ne nous échappe !) de ce baryton projetant loin et clair, au timbre fier, que l’on apprécia déjà à plusieurs reprises, dans le répertoire verdien notamment. Au-delà de son opulent matériau, il émane de sa personnalité artistique cette subtile autorité inhérente aux grands artistes. L’on en déplore d’autant qu’il demeure aussi sous-employé dans notre région. Il n’est pas trop tard pour pallier à cette incongruité. Photo © DR.

K Locatelli 320DRTechnique d’acier, sens inné
des contraintes rythmiques
et polyphoniques

Adressons un nouvel hommage plus que mérité à Karine Locatelli. Outre la préparation superlative des enfants placés sous sa responsabilité, c’est désormais la chef d’orchestre en pleine ascension – dont l’épanouissement ne devrait pas échapper aux vrais professionnels – qui suscite constamment l’intérêt. Tout y concoure : technique d’acier, sens inné des contraintes rythmiques et polyphoniques, exactitude des indications ou attaques, élégance du geste… autant de vertus réclamant qu’on les consacrât davantage sur des projets de grande ampleur. Sous sa baguette, les instrumentistes de l’orchestre de l’Opéra font preuve d’une implication constante (y compris théâtralement, puisque certains se voient confier des répliques parlées !), attestant de leur plaisir à se produire sous sa direction. Photo © DR.
Assurément, entre Le Roi Carotte et ce concert, l’Opéra de Lyon termine infiniment mieux l’année 2015 qu’il ne l’a commencée. Pourvu que ça dure !

 

AUDITORIUM MAURICE RAVEL
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

12 Décembre / MOZART – MAHLER : le plus mémorable concert en ces lieux depuis l’automne 2011 !
Sur le papier, quel séduisant programme danubien, passant du Classicisme salzbourgeois le plus pur aux prémices des orages artistiques inhérents aux temps dits modernes. Voilà qui est très incitatif et, si nous venions avant tout pour le rare monument mahlérien, la découverte locale d’une talentueuse soliste norvégienne constitue un joli cadeau, bon présage aux fêtes de fin d’année. Si nous pressentions le concert de ce soir comme hors du commun, rien n’augurait qu’il serait aussi exceptionnel.

VildeFrang 200x310Sussie AhlburgPhrasé assuré, étonnante finesse, frappantes oppositions dynamiques chez Vilde Frang
La dernière audition céans du 5ème Concerto pour Violon en La Majeur « Türkisch » de Mozart remonte seulement à février 2014 [voir nos archives lyon-newsletter.com Hiver 2013 / 2014] avec Arabella Steinbacher et Marek Janowski. Leonard Slatkin présente l’atout primordial du style allié à la fermeté. Non moins volontaire, usant d’une belle détermination dans ses entrées, Madame Vilde Frang – carnation et silhouette de vierge botticellienne à l’appui – fait corps avec l’œuvre, installant une appréciable complicité avec ses partenaires. Voilà déjà un bon point à son actif. Certes, la technique révèle, de-ci de-là, des éléments discutables (registres inégaux en volume, trilles insuffisamment nets, traits parfois un peu hésitants, bénins écarts de justesse). Pourtant, les mérites l’emportent aisément : phrasé avenant, étonnante finesse, frappantes oppositions dynamiques, observations des nuances appropriées, lyrisme maîtrisé, franchise des doubles cordes. Tout ceci fait rapidement oublier les réserves précitées. Tout au plus peut-on déplorer une maigre propension à l’épanouissement dans les cadences, dont la matière demeure excessivement chiche. © Sussie Ahlburg.
En règle générale, le Rondo (rappel : qui décida du surnom de l’œuvre, en raison de son épisode central) ne pardonne jamais aux carences. Or, voilà bien ce que l’artiste scandinave réussit le mieux, hardiment secondée par le chef et ses troupes. Tous étalent une verve et des coloris rejoignant les meilleures interprétations discographiques, jusque dans l’épisode cadentiel inventif de la soliste. Un pur bonheur, prolongé par le Bis d’une mélodie populaire, à ce qu’il nous a semblé (NB : votre serviteur n’étant pas expert en la matière) destinée au « hardingfele », violon à chevet aplati inhérent au folklore norvégien.

Leonard-Slatkin 300x200DRConsistance impressionnante, pâte sonore superbe
L’historique lyonnais de la 6ème Symphonie en la mineur de Mahler est vite brossé : après avoir attendu sa création à la fin des années 1980 (sic !) sous la direction de Neeme Järvi, elle ne fut reprise qu’en novembre 2009, avec Simone Young à la baguette. Autant préciser qu’à la différence des surabondantes exécutions des 1ère, 2ème, 4ème et 5ème dans notre ville, la présente 6ème y subit un sort identique à la 3ème, soit à peine meilleur que ceux réservés aux 7ème, 8ème et 9ème (sans parler des éditions complétées de l’inachevée 10ème). Poursuivant son cycle, Slatkin sait probablement que la barre se trouve haut placée par ses devancier(e)s. Nous l’attendions avec impatience dans cette partition écrasante, l’une des plus exigeantes de son auteur, question endurance et cohésion du propos. Dès l’attaque princeps, élan et vigueur imposent un vrai « energico » comme indiqué. Sans hypertrophier ses pupitres de cordes (seulement 10 violoncelles et 8 contrebasses ; on a connu… pire… !), le chef américain obtient une consistance impressionnante, une pâte sonore superbe. En outre, il étage soigneusement ses plans sonores, créant une rutilance sans clinquant des différentes familles de vents, une clarté même qui fait de son interprétation un modèle de limpidité, dans le prolongement de Sir John Barbirolli [1967, CD Testament éd. 2009]. Photo © DR.
Mahler lui-même hésita trois fois pour la structure de l’ouvrage, décalant le Scherzo à la troisième position avant, finalement – selon sa veuve – de le réintégrer en deuxième place [prière de consulter à cet égard les auteurs compétents : Marc Vignal et Henry-Louis de la Grange au premier chef]. À la différence de Järvi et Young avant lui, Slatkin choisit l’option « tendance » ces dernières années, consistant à placer l’Andante moderato au deuxième rang. Ceci noté, s’il peine d’abord à capter ici l’interêt, il parvient à déjouer le piège de l’alanguissement en accédant graduellement à la poussée indispensable.

L’intensité coupe le souffle, anéantissant l’auditoire qui peine à revenir sur Terre
En revanche, réussite absolue du Scherzo, avec la vaste section centrale dont le chef souligne à plaisir les diffuses réminiscences classicisantes aussi bien que l’acerbe dérision. De surcroît, comment ne pas admirer – ici comme partout – le strict respect des nombreuses indications de position « Pavillon haut » des cuivres et bois, si souvent omises par les baguettes indigentes qui ne savent pas lire au-dessus des notes ?
Toutefois c’est dans le gigantesque Finale [ici version à deux coups de marteau et non trois] que s’apprécie la capacité d’un maître à passer l’épreuve redoutable entre toutes que constitue cette composition. Sans traîner, notre directeur musical maison y parvient en maintenant la tension – et, par conséquent, l’attention ! – rejoignant ses plus illustres confrères au panthéon des interprétations historiques. Conjuguée à une courbe ascensionnelle constante, la spatialisation atteint des sommets. L’intensité coupe le souffle, anéantissant l’auditoire qui peine à revenir sur Terre. Pourquoi voudriez-vous que nous citions les noms de tel ou tel lorsque tous les instrumentistes accèdent aujourd’hui à une Palme d’Or collective ? Non seulement voici la meilleure interprétation de la 6ème Symphonie que l’auteur de ces lignes a entendu sur le vif depuis le début de sa vie mais, de plus, Lyon doit prendre conscience du fait qu’elle vient de connaître le plus accompli et mémorable concert en ces lieux depuis l’automne 2011. « Thank you very much Master Slatkin !!! »

LES GRANDS CONCERTS
CHAPELLE DE LA TRINITÉ

2 Décembre / Il Pomo d’Oro / « PRINCESSES & MAGICIENNES chez Haendel » : Riccardo Minasi… sacré !
Bénéficiant d’une appréciable réputation comme d’une confortable discographie, Il Pomo d’Oro [NB : La Pomme d’Or – et non la tomate ! Que c’est beau l’italien littéraire du XVIIème Siècle ! – car il s’agit d’une référence au somptueux opéra éponyme de Cesti] propose un programme original, bâti autour de Haendel et quelques brillants contemporains.

Emöke Barath200x300Zsofi RaffayL’abattage, la désinvolture, de l’aisance à revendre
En formation réduite (6 instrumentistes) l’Ensemble de Riccardo Minasi (qui dirige du 1er violon) ouvre la soirée avec un Concerto a quattro en Ré Majeur de Baldassare Galuppi dit « Il Buranello » d’une revigorante fraîcheur. Dans la présente interprétation, l’on apprécie pleinement le rendu des oppositions dynamiques dont le Maître de Burano parsème sa partition.
Soliste vocale de la soirée, déjà dotée d’un brillant palmarès, la soprano Emőke Baráth a l’audace d’entamer ce parcours avec un tube qui ne pardonne pas : le « Da tempeste il legno infranto » de Giulio Cesare. Or, le culot paie : de Cléopâtre, la cantatrice hongroise possède l’abattage, la désinvolture, de l’aisance à revendre. Ses piqués, sa vocalisation serrée et son efficiente gestion du souffle en imposent. En revanche, il lui faudra veiller à une plus grande fermeté d’articulation afin d’éviter les travers d’une Joan Sutherland (oui, nous plaçons la barre très haut, ce qui est plutôt bon signe, non ?), à varier les demi-teintes, soigner la netteté des trilles et déployer un surcroît d’imagination dans les ornementations des Da capo. Sensations confirmées dans le « Chi possesore è del mio core » d’Angelica tiré d’Orlando, néanmoins davantage inscrit dans ses cordes et présentant moins de risques car ne la surexposant pas.

Une énergie autant qu’une verve apanages des artistes princiers
En raison d’un grave souci familial, l’altiste Daniela Nuzzoli a dû ajourner sa participation au concert. Grâces soient rendues à Yoko Tanaka qui a accepté de la remplacer ce jour même avec un professionnalisme de grande classe, tant les raccords demeurent invisibles. En témoigne une démoniaque pièce fuguée de Franz Xaver Richter. Rarissime au concert, cet éminent représentant de l’École de Mannheim offre aux instrumentistes l’occasion de démontrer l’ampleur phénoménale de leurs ressources. Tous déploient une énergie autant qu’une verve apanages des artistes princiers. Au reste produire à six, dans ce vaste espace, le volume sonore de douze en constitue la plus flagrante démonstration.
Le registre de la gravité sied bien à Emőke Baráth. Son « Cor di padre » de Tamerlano touche le cœur à défaut de tirer les larmes. Moyennant une diction plus solide son incarnation d’Asteria, fille de Bajazet, y parviendra sans doute prochainement. D’ailleurs, il suffit d’entendre la richesse d’intention déployée ici pour s’en persuader (poignants appels sur « placherò ! ». Clôturant la première partie, le « Tornami a vagheggiar » d’Alcina révèle une Morgana à croquer, avec une reprise où Minasi ose des suspensions inédites mais néanmoins bienvenues et philologiquement défendables. La jeune artiste magyare rayonne ici de tous ses feux, exhalant l’à-propos d’une séduction à damner le plus vertueux paladin !

Emőke Baráth : des nuances, à susciter la révérence
Ouverte avec une somptueuse exécution de la 4ème Sonata a quattro en Sol Majeur de l’Opus 5 de Haendel, la seconde partie offre d’abord à Miss Baráth la possibilité de se dépenser avec autant de vivacité que de finesse dans « Qual farfalletta » de Partenope où elle recourt à des accentuations primesautières tout en cultivant l’enjôleuse sensualité de la courbe. De son instinct théâtral, la grande scène de Cléopâtre « Piangerò la sorte mia » propose un rare aperçu : justement languissante tout en encadrant une partie B d’une véhémence stupéfiante de contrôle. Rarement nous entendîmes cet air aussi violent et incarné, couronné de nuances à susciter la révérence. Le silence qui suit en dit long ! © Zsofi Raffay.
POMO DORO MINASI280X300 DRMais comment ignorer le travail de coach accompli par Riccardo Minasi pour parvenir à un tel résultat ? Le maestro en obtient tout autant de ses complices instrumentistes dans un insolite Concerto a quattro en sol mineur de Durante sur le fil du rasoir, qui donne envie d’explorer le riche catalogue du compositeur napolitain, en particulier ses oratorios. Soulignons le sens suprême de la communication animant Minasi. Son enthousiasme habite toute son équipe, chantante au possible, dont tous les membres méritent une citation au tableau d’honneur : le diligent Jonas Zschenderlein au violon, l’ardent Ludovico Minasi au violoncelle, le compétent Riccardo Coelati à la contrebasse et l’éblouissante Marianna Henriksson au clavecin. L’exaltation produite devient telle que le public – pourtant éclairé – applaudit au centre de la composition, ce qui entraîne un incident comique : la cantatrice entre prématurément. Minasi fait encore montre d’un humour digne d’Alberto Sordi, détendant l’atmosphère avec brio. En sus, l’intéressée ne choisit pas l’économie, achevant ce généreux concert avec deux airs d’Armida du Rinaldo de Haendel. Totalement épanouis, ses moyens suffoquent l’auditoire dans le bref mais intense « Furie terribili » de l’Acte I et un « Vo far guerra » du II concentré, où elle se fait vénéneuse à souhait dans la partie centrale « Per abbatter quel orgoglio » nous confirmant sa sagacité, partageant avec la claveciniste un moment de gloire. En Bis, retenons un « Padre amato, in me riposa » emprunté à Tamerlano où l’on reste suspendu à ses lèvres. Photo © DR.
Si Lyon découvre avec intérêt une cantatrice douée, alliant à son talent simplicité et naturel ou motivant les plus grandes espérances, rendons d’abord hommage à l’artisan principal de ce succès. Ce 2 décembre (date ô combien évocatrice), c’est le Maestro Minasi qui se retrouve… sacré !

AUTRES LIEUX & INSTITUTIONS
TEMPLE DU CHANGE

12 Décembre / Chœur Émelthée « Ni froid ni glace, promesses de la Nature » : un moment de grâce enchanteresse…
Voici deux ans que la renommée croissante du Chœur Émelthée nous est parvenue et suscite notre curiosité. Placé sous la direction artistique de Marie-Laure Teissèdre, cet ensemble professionnel propose une saison touchant à des esthétiques variées, allant au-delà des programmations traditionnelles et banales, dans l’esprit d’ateliers de découverte, avec un souci de cohésion esthétique et musicologique rare. Consacrée à la France fin XIXème siècle, la présente affiche accroche déjà l’œil par sa cohérence autant que son intelligence. Pourtant, rien n’augurait, en sus, du singulier niveau de qualité que nous allions découvrir.

 

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Le volume global impressionne autant que la projection ou l’implication dramatique
Autre bon point : la présentation claire, aérée et attrayante du programme de salle, bénéficiant – garantie ayant valeur de caution scientifique – d’un remarquable texte de Jean-Christophe Branger, l’un de nos meilleurs spécialistes nationaux de cette époque et de Massenet en particulier. Il explique notamment avec soin comment ce répertoire fut conçu pour la Société Chorale d’Amateurs d’Antonin Guillot de Sainbris, active jusqu’au terme de la Belle Époque.
Autre excellente surprise : le concert est mis en espace (ou plutôt « en ambiance ») avec candélabres, tables et chaises style bistrot recouvertes de nappes pourpres, éclairages suffisant à créer une belle ambiance évocatrice. Soulignons l’excellente idée d’alterner les pages musicales avec la lecture de lettres de compositeurs (Massenet, Clara Schumann, Max d’Ollone). Enfin, notons que les artistes évoluent au gré des pièces interprétées, se déplaçant avec naturel autant qu’élégance. À géométrie variable, l’ensemble choral s’avère, en réalité, constitué majoritairement de solistes plus que potentiels. En atteste le Jour de pluie de Saint-Saëns où l’alto Caroline Adoumbou ouvre le feu, secondée par l’aplomb d’un matériau vocal consistant. Contribuant dès cet instant à la réussite de l’opération, la pianiste Yuka Fujii au doigté précis manifeste constamment une vive compréhension de cette musique, particulièrement dans les passages impressionnistes ou volontiers suggestifs de l’idée de Nature. Si le bon entendement avec le diapason s’apprécie dans les pièces a cappella de Saint-Saëns (Les fleurs & les arbres, Calme des nuits), c’est seulement à partir de L’Ode sur un poème de Jean-Baptiste Rousseau que Marie-Laure Teissèdre prend place au pupitre pour diriger l’effectif (16 unités) au complet. Le volume global impressionne autant que la projection ou l’implication dramatique. Seule l’articulation générale demeure perfectible et il faudra, à ce titre, sérieusement veiller aux consonnes, souvent dépourvues du relief indispensable. D’ailleurs, cette vertu ne devrait pas se conquérir au prix d’efforts considérables, compte-tenu d’une subtilité attestée dans un accompli Chœur des Sylphes extrait de Zirphile. © Noémie Bufferne.

Majdouline Zerari300x256Eric PeltierMajdouline Zérari, époustouflante de moyens comme en sens prosodique
L’on prend alors congé de Saint-Saëns pour se consacrer à Massenet, avec la complexe idylle antique Narcisse, ample composition au format de cantate. Pianiste et chanteurs rivalisent ici de délicatesse dans le traitement des nuances dont l’auteur parsème cette ambitieuse partition, les climats se trouvant restitués avec une stupéfiante sagacité. Dans la partie soliste, le fervent ténor Quentin Desgeorges fait montre d’une expression châtiée qui emporte l’adhésion. Massenet se trouve derechef honoré en seconde partie avec la prodigieuse Biblis, bénéficiant d’une interprétation proche de l’idéal, couronnée par la mezzo Majdouline Zérari. Déjà remarquée dans la Judith Triomphante de Vivaldi en 2012 avec Le Concert de l’Hostel-Dieu, cette soliste époustouflante de moyens comme en sens prosodique (on ne perd aucun mot !), a acquis en trois ans une étoffe somptueuse. De surcroît, l’on reste pantois devant l’égalité des registres, un maintien exemplaire de la ligne et une aisance confondante qui lui valent tous les lauriers que nous lui décernons. © Eric Peltier.
Applaudissons aussi à l’insertion d’un extrait de la trop rare Rebecca de César Franck (chœur « Sous l’ombre fraîche des palmiers »). En entendant une exécution aussi délicate, comment ne pas déplorer que cette églogue biblique ait pu être – tout comme Ruth du même auteur – à ce point délaissée dans nos concerts ? En tout cas, applaudissons au passage le caractère recherché d’une programmation défendant avec panache ces raretés, dont fait aussi partie Les Djinns de Gabriel Fauré.

Deux heures écoulées sans que l’on s’en aperçoive
À l’écoute de ces voix timbrées, charnues, franches, bien campées sur leurs points d’appui, consolons-nous de devoir subir tant de pâleurs chez d’autres ensembles vocaux qui se montrent, paradoxalement, moins discrets.
Florent KARRER160x200 DRCe merveilleux autant que consistant parcours s’achève avec Max d’Ollone, élève de Massenet plus traditionnellement réputé pour ses écrits que par sa production musicale. Apprécions d’autant l’audition de Sous-bois ou Été, défendus avec tant de conviction – pluie de pétales de roses à l’appui ! – avec, cerise sur le gâteau, la fine soprano Lise Viricel en solo pour ce moment de grâce enchanteresse. N’ayons garde d’oublier le jeune et brillant baryton Florent Karrer, dont les interventions remarquées demeurent insuffisamment nombreuses à notre goût. Une telle largeur de spectre à cet âge, un tel mordant annoncent des lendemains glorieux, dans la mesure où le discernement dans les choix de répertoires semble au rendez-vous chez ce jeune artiste clairvoyant. Photo © DR.
En Bis, le Deus Abraham, Deus Isaac de Saint-Saëns apporte un émouvant point final à ces deux heures, écoulées sans que l’on s’en aperçoive. Une formation aussi aguerrie n’est pas prometteuse : elle « tient », elle « est » et « agit » (ce qui s’avère bien plus gratifiant que tant de vaines promesses non tenues, entendues ces dernières années). Qu’elle persévère dans l’exploration hors des sentiers battus. Une place reste à occuper dans ce secteur ! Le public, venu en nombre, en atteste. Guettons les prochains rendez-vous : en pérennisant ce niveau de qualité, Émelthée s’attirera vraisemblablement d’autres comptes-rendus élogieux de la part de ceux qui savent écouter.

 


 

Infos & Liens

Extrait du cycle de conférences de Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin pour le Grand Lyon saison 15/16.

I – UNIVERSITÉ Jean MOULIN – LYON III : F.A.C. (FORMATION APPLIQUÉE CONTINUE)
1 Rue de l’Université – 69239 Lyon Cedex 02 TEL : 04 78 78 70 46
 » BEETHOVEN ET SON HÉRITAGE ROMANTIQUE :
Ludwig van BEETHOVEN ; Felix MENDELSSOHN-BARTHOLDY ; Robert SCHUMANN « 
Cycle de 25 conférences, les lundis après-midis à 16 H 00 : du 5 octobre 2015 au 30 mai 2016

II – UNIVERSITÉ Jean MOULIN – LYON III : F.A.C. (FORMATION APPLIQUÉE CONTINUE)
1 Rue de l’Université – 69239 Lyon Cedex 02 TEL : 04 78 78 70 46
 » IMAGES SONORES DE L’ITALIE ( II ) : DE L’APOGÉE DU ROMANTISME À L’AUBE DES TEMPS MODERNES  » : Vincenzo BELLINI ; Saverio MERCADANTE ; Giovanni PACINI ; Gaetano DONIZETTI ; Arrigo BOITO ; Amilcare PONCHIELLI ; Ottorino RESPIGHI ; Ferruccio BUSONI « 
Cycle de 25 conférences, les mercredis matins à 10 H 00 : du 7 octobre 2015 au 18 mai 2014

III – ASSOCIATION CULTURELLE LYON-CITÉ – Mairie du 3e Arrondt – Salle des mariages
215 Rue Duguesclin – 69003 Lyon TEL : 04 78 60 20 59
Cycle de 8 conférences :  » LA MUSIQUE VIENNOISE DU SIÈCLE DES LUMIÈRES AU-DELÀ DE MOZART : Orfeo ed Euridice de GLUCK ou la seconde naissance de l’Opéra ; Joseph HAYDN ou l’apothéose du classicisme danubien « Les jeudis à 14 H 30 : 8 octobre • 5 & 26 novembre • 17 décembre • 14 janvier • 11 février •
10 mars • 7 avril

IV – ASSOCIATION CROIX-ROUSSE-HISTOIRE DE L’ART – Auditorium du C.R.D.P
47 Rue Philippe de Lassalle – 69004 Lyon TEL : 04 78 30 50 62
Cycle de 10 conférences consacré à :  » WOLFGANG-AMADEUS MOZART : SA VIE, SON ŒUVRE, SON TEMPS « 
Les jeudis ou lundi à 14 H 30 : 10 septembre • 15 octobre • 12 novembre • 10 décembre • 7 janvier •
4 & 22 février • 31 mars • 14 avril • 19 mai

V – ASSOCIATION DANTE ALIGHIERI – Salle Lorenti (13 bis quai Jean Moulin)
B.P.1071 – 69202 Lyon Cedex 01 TEL : 04 78 89 87 16
Cycle de 8 conférences consacré à :  » Cet autre visage du Vérisme, au-delà de Mascagni et Leoncavallo : 
d’Andrea Chénier de GIORDANO à Adriana Lecouvreur de CILÈA ; Néoromantisme et germanisme en Italie à l’aube du XXeme siècle : le cas de Ferruccio BUSONI « 
Les vendredis à 18 H 00 : 13 & 20 novembre • 4 & 11 décembre • 8, 15 & 29 janvier
Le mercredi à 18 H 00 (Palais de la Mutualité) : 6 avril

VI – ASSOCIATION ALMAVIVA
Palais de la Mutualité – 1 Place Antonin Jutard – 69003 Lyon TEL : 04 78 36 26 35
2 conférences consacrées à :  » L’ÉTUDE TECHNIQUE DE LA TYPOLOGIE VOCALE :
LES VOIX MASCULINES ET FÉMININES D’OPÉRA « 
Les mardis à 18 H 30 : 13 octobre & 3 novembre

VII – THÉÂTRE de L’ATRIUM – TASSIN LA DEMI-LUNE
3 avenue des Cosmos – 69160 Tassin la Demi-Lune TEL : 04 78 34 70 07
Cycle de 12 conférences :  » L’AUBE DU ROMANTISME OUTRE-RHIN :
Félix MENDELSSOHN & Robert SCHUMANN « 
Les mardis à 14 H 30 : 22 septembre • 13 octobre • 3 novembre • 15 décembre • 5 & 26 janvier • 9 février • 1 & 29 mars • 5 avril • 3 mai • 7 juin
Autres conférences en France et en Europe : Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin : patrick.ftb@gmail.com