La lettre culturelle de Lyon  - N°26 Automne-hiver 16/17 - Création 2008

Les chroniques de Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin

 

Novembre

OPÉRA DE LYON

10 Novembre / ZELMIRA de Rossini : une vraie soirée d’opéra !

Sans atteindre au rang de chef-d’œuvre comme Semiramide, Mosè in Egitto ou Tancredi, reconnaissons que Zelmira a bien de la chance d’effectuer déjà son retour à Lyon. « Retour ? » s’étonnent certains… Et oui ! Dans la mesure où la brochure de la saison autant que le programme de salle occultent cette réalité, rappelons tout de même que cet opéra fut représenté en ces murs avec brio en 1999, dans une scénographie accomplie de Yannis Kokkos. S’il est vrai que l’actuelle direction semble (délibérément ?) voiler les réussites accomplies pendant le mandat d’Alain Durel, il n’empêche : ce soir notre scène oublie le style « art et essai » pour renouer avec l’ambiance propre à une authentique maison d’opéra, même si nous assistons à une version de concert (ou peut-être à cause de cela !?!).

Pidò se présente sous un bon jour, dirigeant avec fougue & précision, sinon raffinement

Evelino PIDO 160x240Correspondant aux adieux de Rossini à Naples, Zelmira, avec ses imperfections mais aussi ses vertus, pose à tout chef d’orchestre des problèmes structurels car, plus que dans Armida, la virtuosité vocale s’y trouve poussée au paroxysme, à la limite de l’extravagance. Par ailleurs, gare à celui qui négligerait certains effets lorgnant vers la Tragédie-Lyrique, d’un abord malaisé. Ainsi, outrances, conventions et audaces se télescopent en ces pages inégales, produisant un mélange détonnant à manier avec prudence. Assurément Evelino Pidò, avec ses superficialités rituelles, sa sempiternelle tendance à surexposer les maladresses de l’auteur au lieu de les estomper (façon Abbado ou Muti) ne saurait se hisser à la hauteur de l’enjeu, là où la présence d’un authentique expert – comme le vénérable Alberto Zedda – s’imposerait. Pourtant, sans égaler Maurizio Benini en 1999, Pidò se présente sous un bon jour, dirigeant avec fougue et précision, sinon avec raffinement. Plus énergique que délicat, guère soigné dans les détails (en témoigne certains dérapages de bois), il exhibe surtout une battue peu orthodoxe, couramment impromptue. Ceci précisé, il faut lui reconnaître un don peu commun pour construire et animer les ensembles concertati. À cette aune, le quintette du II atteint des sommets, véritable moment de temps suspendu. Notre orchestre répond au mieux, adoptant le parti de l’efficacité quand on attendrait davantage de velouté (les vents) ou de soyeux (les cordes). Décernons néanmoins une mention à Jean-Michel Bertelli, clarinette solo de grande classe.
N’oublions pas le remarquable travail de Philip White : avec lui les chœurs maison trouvent un mentor digne d’éloges, ce qui n’avait rien d’évident après les miracles accomplis par Alan Woodbridge. Dames et messieurs se montrent vaillants, irréprochables, généreux en projection, respectueux des indications, intelligents, compétents, aptes à conférer au texte tout le relief nécessaire. Ainsi, leur « Si sparga di fiori del soglio il sentier » ouvrant le Finale I n’appelle que des louanges. Exemplaire ! Photo © DR.

Des solistes masculins exceptionnels

Véritable révélation de la soirée, l’Antenore de Serguey Romanovsky surprend d’abord par une largeur vocale inattendue au regard de sa frêle silhouette. Il assume les délirants écarts de tessitures destinés au créateur (Andrea Nozzari, baritenore aux confins de l’humain !) avec suffisamment d’audace même si, çà et là, les limites se profilent aussi bien dans l’extrême grave (assise insuffisante, difficulté à trouver ses points d’appui) que dans le registre aigu à partir du do, bornes l’incitant à la prudence. Par ailleurs, si la flexibilité peut s’améliorer, l’on apprécie la compréhension stylistique, en particulier dans les ornementations dont il gratifie les reprises de cabalettes (celle de l’air d’entrée s’impose en modèle). En outre, louons sans réserve son souffle exceptionnel allié à une technique de respiration remarquable et à un art accompli de la vocalisation serrée en force. Sans éclipser le souvenir de Chris Merritt ou Charles Workman (Antenore céans en 1999), Serguey Romanovsky se taille une place de choix dans ce répertoire. Un nom à suivre attentivement !
En revanche, nous avions eu le loisir de découvrir Antonino Siragusa au Teatro Regio de Turin dès 2009 dans Lindoro de L’Italiana in Algeri. En dépit d’une tendance à trop ouvrir les sons et d’une perceptible raideur, le ténor sicilien se révèle bien adapté aux exigences du rôle d’Ilo (taillé sur mesures pour Giovanni Davide). L’émission franche, péremptoire, s’allie à l’élégance opportune d’un timbre rayonnant, contrebalançant une tendance à la nasalisation et de ponctuelles incertitudes de justesse. Mais quelle assurance ! Quel sens des ornementations et quelle audace ! La souplesse de la vocalisation serrée impressionne tandis que le sens des nuances paraît poussé à l’extrême.
La présence de Michele Pertusi en Polidoro constitue un luxe appréciable. Bien que gêné aux entournures dans les descentes à partir du sol grave, la basse italienne demeure un modèle de technique vocale (prise de respirations, gestion du souffle, maîtrise des vocalises, art de déjouer les pièges…) tout cela avec une noblesse de phrasé convenant idéalement pour dessiner ce personnage de père tourmenté. Inestimable, son duo avec Ilo déploie un panache des grands jours. Attentif aux interventions de son illustre aîné, Patrick Bolleire se montre digne de l’enjeu en Leucippo. Nous avions émis des réserves sur cet artiste lors de ses prestations antérieures (en Gouverneur du Comte Ory ou Oroe de Semiramide). Force est d’admettre qu’il signe aujourd’hui sa meilleure prestation dans ce personnage secondaire qui ne le surexpose pas, assumant même crânement l’écriture en dents de scie dont Rossini se plut à parsemer la partition. En outre, relevons un réel entendement des intentions dramatiques, dont nous trouvons l’écho dans des inflexions sagaces, cauteleuses à souhait, mâtinées d’une impeccable diction italienne, assurée et fière. Compliments ! Une mention pour le Grand-Prêtre soigné de Kwang Soun Kim et l’Eacide adroit de Yannick Berne. Derechef ces artistes des chœurs font preuve d’un splendide métier dans ces comprimari et mériteraient mieux.

Patrizio Ciofi, clairement fourvoyée dans le rôle-titre

À tous ces solistes masculins exceptionnels répond un casting féminin inégal. En ce sens, nous retrouvons la configuration de Semiramide l’an passé. Commençons par le cas de Patrizio Ciofi, clairement fourvoyée dans le rôle-titre. Question : excellant dans les emplois de sopranos lyriques d’agilité et lirico-leggerio de Bellini et Donizetti, a-t-elle jamais été une rossinienne ? Elle inquiète d’abord par une entrée la trouvant à de court grave et affligée d’un médium sourd. Plus inquiétante : une tendance à éliminer les consonnes qui fait songer inévitablement à Renata Scotto au soir de sa carrière, sans parler d’un maniérisme dans la négociation des attaques aigües dangereuses renvoyant directement aux accommodements d’une Lucia Aliberti des mauvais jours. Il est évident que Zelmira, conçu pour les moyens plus centraux d’Isabella Colbran (confer le duo avec Ilo), ne correspond pas à ses capacités. Négociant plus d’un passage redoutable au prix de pénibles contorsions, attrapant les notes ardues « en effleurage » au point que même l’émission d’un pianissimo aigu sent l’effort, un diagnostic s’impose : trop de rôles de sopranos dramatiques d’agilité sont passés par là et l’on devine l’amorce d’un déclin que seul le métier compense. Si cela sent le fabriqué avec, de surcroît, une tendance à en rajouter jusqu’à friser le cabotinage, admettons que la cantatrice tire son épingle du jeu – comme on s’y attendait ! – dans la scène finale. Cette méritante plus qu’admirable prestation ne saurait faire oublier celle de Mariella Devia, affichant une largeur d’une autre trempe en 1999 ni, à plus forte raison, Joyce Di Donato lors de son concert de septembre 2014. La cantatrice américaine, il est vrai, possède un organe de mezzo-soprano acutissimo bien plus proche de celui de l’égérie du compositeur. Gardons pour la fin l’Emma fastueuse de Marianna Pizzolato. Avec son capital opulent, proche d’un vrai « contraltone », elle ne fait qu’une bouchée de ce personnage un peu sacrifié. Du coup, on aimerait l’entendre déployer ses ressources dans des rôles plus exigeants, tant la soudure accomplie des registres, la vocalise aisée, le sens inné du legato et du cantabile séduisent. Son duo avec Zelmira suscite une ovation légitime tandis que sa prière « Ciel pietoso, ciel clemente » accède à un relief inattendu, révélant un contrôle propice à la délivrance de trilles de noble facture. Moins à l’aise dans le tempo allant de sa cabalette, elle n’en livre pas moins un authentique moment de Bel Canto romantique, tel qu’on aspirerait à en jouir plus souvent. Au bilan ? Enfin une vraie soirée d’opéra, avec un public électrisé, manifestant tapageusement sa félicité aux saluts. Puissions-nous entendre un jour Ermione ou La Donna del lago avec une équipe – à une exception près – aussi probante !

 

AUDITORIUM MAURICE RAVEL

ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

5 Novembre / MENDELSSOHN CHEZ SHAKESPEARE : « Archibravo ! »

TIM CARROLL300x200DR Le Songe300x225

 

 

 

 

 

 

Étape consistante de l’hommage rendu par l’Auditorium à Shakespeare cette saison, la musique de scène intégrale écrite par Felix Mendelssohn pour le Songe d’une nuit d’été constitue un excellent choix. De nos jours, l’on n’entend guère au concert que l’ouverture (au reste de 17 ans antérieure) et de rares fragments, principalement la – trop ? – fameuse Marche nuptiale, dont le public ignore généralement la configuration parodique, qui plus est. Photos Tim Caroll, les acteurs de The Factory et l’ONL. © DR.

L’esprit de l’œuvre est là, fidèle au rendez-vous…

La présente exécution s’accompagne d’une mise en scène – en réalité plus proche de la mise en espace, compte-tenu de l’absence de décor – réalisée par Tim Carroll. Sa déclaration d’intention constitue implicitement une gifle magistrale aux « metteurs en pièces » que l’Opéra nous assène ces dernières années : « L’action n’a besoin d’aucune scénographie, d’aucune précision de lieu : tout est présent dans la musique […] les acteurs émanent de l’orchestre. Ils se promènent au sein de la musique, de la même manière que la musique de Mendelssohn se promène au sein de la pièce. Tout ce que nous utilisons dans le spectacle doit être en lien avec l’orchestre et le concert ; même les personnages qui ne sont pas habillés en musiciens sont costumés comme les gens qui rendent le concert possible, ces personnes en coulisse que l’on ne voit généralement pas. Et tous les objets proviennent de l’orchestre, d’une manière ou d’une autre ; nous avons fait de Bottom un âne qui utilise les instruments de la fanfare ». Cela démontre qu’une actualisation peut s’avérer intelligente. Encore une fois, ami lecteur, ce n’est pas la transposition en soit que nous combattons mais le fait qu’elle ne saurait constituer la panacée universelle quand elle fonctionne à peine trois fois sur dix ! Ici, Tim Carroll n’exclue nullement la féérie : ainsi, le 2ème numéro de la partition où éclairages et projections créent la magie, l’orchestre se trouvant plongé dans la pénombre avec ses seuls pupitres éclairés. Rien de prétentieux dans cette conception. Au contraire : l’esprit de l’œuvre est là, fidèle au rendez-vous. En outre, rendons grâce à la créativité déployée, à travers le cas de la métamorphose en âne de Bottom, dont les oreilles sont suggérées par les pavillons de cors entremêlés autour de son cou. Tout séduit, depuis les magiques points lumineux apposés aux tenues des elfes jusqu’à la farce des Athéniens, ici sans faute de goût quand elle déborde de balourdise en d’autres cas. Ajoutons que les acteurs de la compagnie The Factory déploient une folle énergie, assurant plusieurs rôles au cours de la soirée. Conservé, le texte original anglais reste d’un accès aisé par le truchement des surtitrages. Seule réserve : pourquoi diantre avoir choisi de traduire aussi les noms propres des personnages ? (Bottom devenu « Séant », Quince « Le Coing »…etc.). Cela nuit plutôt à la saveur des sous-entendus délibérés de l’auteur.

La rusticité de certaines pages atteint à une remarquable pertinence

Musicalement parlant aussi l’on accède au bonheur. Nous avions relevé antérieurement les affinités de Leonard Slatkin avec Mendelssohn. Pour mieux dire : elles motivent notre venue ! Cependant, nous voici surpris par une ouverture menée avec une ardeur conquérante. Si la notion de translucidité souhaitée par le compositeur dans le 1er thème a du mal à trouver une adéquate restitution, le chef américain lâche la bride sans complexe aux sections en tutti fortissimo. Du coup, le discours revêt une physionomie heurtée au-delà de la nécessité, avec des cuivres surexposés. Le mystère cède le pas à un fantastique outré, parfois bruyant, lorgnant vers le Weber de la Gorge aux loups du Freischütz, ce qui entraîne de réelles confusions de valeurs esthétiques. Pour efficace qu’il soit, l’effet de rallentando sur la mesure précédent le motif correspondant au braiement de Bottom nous semble peu philologique. Ceci posé, la rusticité de certaines pages atteint inversement à une remarquable pertinence. Si la Marche nuptiale accède bien au climat ironique voulu (temps forts appuyés, coups de cymbales lourdingues comme rarement !) relevons la miraculeuse perfection dans la scène de l’endormissement de Titania et Bottom, bénéficiant de cors superlatifs.
S’agissant des parties chantées, l’on a opté pour la langue anglaise, ce qui ajoute certes à la cohérence mais demeure, là-aussi, historiquement contestable. Rappelons que la création berlinoise recourrait à l’idiome germanique : Ein Sommernachtstraum. Ce nonobstant, dans les parties chorales les artistes de Spirito font de la belle ouvrage tandis que Norma Nahoun et Catherine Trottmann assurent de jolies prestations dans leurs brefs solos.

Rendons un hommage mérité à l’équipe de l’Auditorium pour cette absolue réussite

Saluons aussi l’implication de Leonard Slatkin dont nous découvrons les dons d’acteur, puisqu’il va jusqu’à s’approprier – avec efficience – les répliques de Philostrate ! Déplorons simplement que quelques auditeurs puissent se trouver décontenancés par la structure de l’œuvre. Nous avons beau expliquer depuis des années les caractéristiques de ce genre si particulier qu’est la « musique de scène » dans nos conférences, il reste encore à faire pour parvenir à une correcte assimilation chez certains mélomanes, lesquels devraient aussi accomplir l’effort de se renseigner préalablement sur ce qu’ils voient et entendent.
Pour notre part, nous adhérons totalement à ce type d’expérience et clamons vigoureusement : « Archibravo ! ». Comprenons bien : il ne s’agit en rien d’une « reconstitution » mais l’expérience s’avère concluante. Elle ouvre bien des perspectives à l’O.N.L, car il existe un formidable filon à exploiter dans ce domaine précis. Les musiques de scène composées par de grands maitres sont légions. Pourquoi ne pas envisager de réitérer l’exploit avec L’Arlésienne et le chef-d’œuvre intégral conçu par Georges Bizet pour la pièce d’Alphonse Daudet ? Pour l’heure, rendons un hommage mérité à l’équipe de l’Auditorium qui nous régale de cette absolue réussite. Leurs homologues de l’Opéra eussent été inspirés de faire le déplacement (sont-ils seulement venus ?) pour voir ce qu’est un scénographe créatif, qui a quelque chose à dire sans trahir les œuvres !

12 Novembre / WALTON, SLATKIN, HAYDN, BEETHOVEN :

Benoit-Le-Touze300x144 Emmanuelle-Reville300x144 Giovanni-Radivo300x144 Guy-Laroche300x144 Nans-Moreau300x144 Nicolas-Hartmann300x144 Olivier-Massot300x144 Pascal-Zamora300x144 Stephane-Cornard300x144 Thierry-Mussotte300x144

Organisateurs de concerts, voulez-vous remplir vos salles, impératif inévitable en ces temps de crise ? Alors pensez dans vos programmations à inscrire systématiquement une « locomotive », que ce soit une star soliste ou une œuvre-phare. Au même titre que la « Nouveau Monde » de Dvorák, la 5ème Symphonie de Beethoven demeure inusable et de nature à mobiliser les foules. Confirmation ce soir, où icelles vont néanmoins s’initier parallèlement à d’autres bonheurs esthétiques.

Faut-il à tout prix révolutionner l’histoire de la création quand il suffit d’être plaisant ?

Pour une raison inconnue, l’ouverture de l’opéra La Tempête de Thomas Adès se trouve remplacée par deux pièces pour cordes tirées de la Musique du film Henry V de Sir William Walton. Nous avions déjà pu apprécier d’autres extraits de cette partition en septembre dernier. Slatkin mène notamment la Passacaille sur la mort de Falstaff avec émotion mais suscite d’abord l’envie de le voir diriger les grandes pages orchestrales de ce grand maître britannique du XXème Siècle. Photos. Les solistes de l’ONL. De g. à dr. Benoit Le Touze. Emmanuelle Reville. Giovani Radivo. Guy Laroche. Nans Moreau. Nicolas Hartmann. Olivier Massot. Pascal Zamora. Stephane Cornard. Thierry Mussotte. Photos © DR.
Nous sommes davantage intrigués par la perspective d’entendre une composition du directeur musical maison. Depuis le début de son règne sur l’O.N.L, l’occasion d’ouïr des œuvres de son épouse se présenta, mais jamais – sauf erreur ? – les siennes propres. Endgames Concertino pour ensemble de vents & orchestre à cordes constitue ainsi une intéressante entrée en matière. L’écriture a beau avouer ses références à nombre de compositeurs qu’il dirige, le résultat n’a rien d’un patchwork. Armée de traits saillants, d’une rythmique appuyée, de chromatismes outranciers, cette musique sonne familièrement à nos oreilles tout en suscitant un intérêt constant, conséquence directe de la variété de formules utilisées. Parfois effrontées, les parties solistes peuvent quelquefois laisser une place appréciable à la poésie (l’épisode méditatif central) et l’on doit complimenter chaleureusement les solistes – choisis délibérément par l’auteur au sein des pupitres les plus atypiques – de leur engagement : Emmanuelle Réville à la flûte alto, Benoît Le Touzé au piccolo, Thierry Mussotte à la petite clarinette, Nans Moreau à la clarinette basse, Pascal Zamora au cor anglais et Stéphane Cornard au contrebasson. L’association insolite de ces timbres fascine l’auditeur attentif de par ses citations en forme de clin d’œil (Till Eulenspiegel de Richard Strauss, Guillaume Tell de Rossini, Daphnis & Chloé de Ravel, L’Apprenti sorcier de Dukas… si nous ne nous abusons). Faut-il à tout prix prétendre révolutionner l’histoire de la création quand il suffit d’être plaisant ?

Travail d’orfèvre encombré d’une inopportune retenue

Créée lors du second séjour londonien de Joseph Haydn et abusivement considérée comme sa « 105ème symphonie », la Sinfonia concertante en Si bémol Majeur pour hautbois, basson, violon, violoncelle & orchestre effectue ces dernières années un retour remarqué dans les concerts. Les affinités de Slatkin avec Haydn sont connues de longue date : la découverte de sa gravure de la Symphonie N°104 [CD RCA 1994] fut un choc, tant elle s’imposa à nos sens en référence.
Ici, le chef introduit le propos avec une telle fermeté que le jeu des solistes en paraît presque timoré dans l’Allegro initial. Du travail d’orfèvre, certes, mais encombré d’une inopportune retenue, affectant d’abord le volume sonore, comme s’ils s’excusaient presque d’être là ! Il faut atteindre la réexposition pour qu’une franchise bienvenue s’installe, confirmée dans une cadenza scintillante. L’Andante les voit libérés : le violon de Giovanni Radivo fait dans la dentelle, trouvant une réponse harmonieuse dans le jeu d’Olivier Massot qui suffit à prouver les propensions du basson à la poésie. Chez le hautboïste Guy Laroche, on ne sait s’il convient d’admirer en priorité la beauté du timbre ou la longueur du souffle, tandis que Nicolas Hartmann confère une franche rondeur à ses interventions. Très attendu, l’espiègle Allegro con spirito conclusif pourrait voir son récitatif d’entrée traité avec davantage de truculence, dans un tempo plus soutenu. Néanmoins, il conserve suffisamment de nervosité et l’on goûte les traits énergiques du tutti autant que les interventions des timbales XVIIIème (avec baguettes bois) tenues par Benoît Cambreling. Un joli moment, où ces messieurs auraient atteint la perfection moyennant une dose supplémentaire d’esprit conquérant. Photos. Les solistes de l’ONL © DR. De g. à dr. Benoit Le Touze. Emmanuelle Reville. Giovani Radivo. Guy Laroche. Nans Moreau. Nicolas Hartmann. Olivier Massot. Pascal Zamora. Stephane Cornard. Thierry Mussotte.

L’énergie de ceux qui savent défendre une grande cause

Slatkin remet sur le métier la 5ème Symphonie de Beethoven. Dans un tel cas, on aspire à être surpris. Bonne entrée en matière : il ne s’appesantit pas sur le thème princeps. Au reste, il se tient proche des indications métronomiques de l’auteur [rappel : que Riccardo Chailly applique à la lettre dans son intégrale DECCA de 2011], prouvant assez qu’il reste possible de soutenir une telle célérité tout en conservant une cohérence. L’orchestre répond au doigt et à l’œil, s’investissant dans ces pages rabâchées avec l’énergie de ceux qui savent défendre une grande cause. Après un si bon début dans « l’historiquement informé », regrettons que le chef entame l’Andante con moto dans l’esprit d’un Adagio, revenant ainsi inopinément à la « tradition ». De façon ponctuelle d’ailleurs, car plus d’un segment en tutti conserve la hâte adéquate.
Ces options déroutantes ne sont pas de mise dans un Scherzo assumant crânement son modèle années 1950 (davantage Bruno Walter que Furtwängler, ce nonobstant). Si les cordes – tous pupitres confondus – accèdent ici à un franc relief, soulignons parmi les interventions des vents solos les vertus du hautbois de Jérôme Guichard, rejoint par le piccolo de Benoît Le Touzé dans un somptueux Finale. Là, Slatkin laisse s’épancher fastueusement ses cuivres, tant ses cordes disposent de réserves opulentes. Bien qu’à un cheveu près la tension manque de retomber, toutes les forces mises en branle parviennent à tenir ce régime jusqu’au bout. Face à un tel dynamisme, cette appréciation de Wilhelm von Lenz nous revient à l’esprit : « une tragédie de la destinée pour les scènes mondiales ». Dont acte !

 

 

CYCLE ORCHESTRES INVITÉS

21 Novembre / ORQUESTRA SIMFÓNICA DE BARCELONA i NACIONAL DE CATALUNYA : flamme iberico-polonaise !

 MICHAL NESTEROWICZ300x200LUKASZ RAJCHERTDissipons d’entrée tout malentendu éventuel : la visite que nous rend cette phalange constitue, avec la richesse du programme, la raison de notre venue à ce concert tant il devrait être tenu pour évident que – au risque de nous répéter – dans l’affiche d’un orchestre en tournée, la présence d’un soliste demeure superfétatoire et aurait même tendance à nous faire venir à reculons. Photo Michal Nesterowicz © Asz Rajchert.

 

Vision fort personnelle des traits violonistiques qui constitue une agréable surprise

Par ailleurs, s’agissant des premières soirées à l’Auditorium depuis ce sinistre, autant que fata,l 13 novembre, le violoncelle solo José Mor interprète au préalable une touchante pièce populaire harmonisée par Pablo Casals en témoignage de solidarité. Puis, la haute silhouette du chef polonais Michał Nesterowicz paraît sur le plateau pour entamer l’Ouverture d’Obéron de Carl Maria von Weber. Rappelons la haute tradition interprétative du répertoire germanique par les barcelonais (ils imposèrent Wagner dans la péninsule ibérique). Rarement l’introduction lente nous parut sur le vif aussi ferme et translucide à la fois, révélant une vision fort personnelle des traits violonistiques qui suscite une agréable surprise. Par la suite, la finesse demeure constante, surtout dans les énoncés des motifs liés à Rezia et Huon de Bordeaux. Les timbres de tous les pupitres resplendissent de tons chatoyants, n’excluant pas la juste vigueur des accentuations sur les temps forts. Très élégant dans sa gestique, le chef ravit par sa précision dans l’indication des attaques, assortie d’une chic rondeur dans la courbe du geste.

Tendance égotiste profitant naturellement au Larghetto central

À l’instar de Jun Märkl en 2010, Michał Nesterowicz aspire à une conception symphoniste de Chopin, loin d’un banal accompagnement ou prosaïque battage de mesure. Cela profite à l’Introduction du Concerto N°2, autant qu’à l’ensemble d’un discours où il veille au grain, sans toutefois éradiquer de ponctuelles traces de laisser-aller pouvant verser dans une justesse douteuse.
Après sa décevante prestation dans Schumann en avril 2010, il va sans dire que nous guettions Nelson Freire au tournant. Passons au tour d’horizon. Techniquement, l’aisance féline se conjugue à une vraie sensibilité. S’il n’y a rien à redire stylistiquement (le lyrisme intimiste de Chopin collant bien à l’artiste brésilien) mis à part d’insolites libertés (accélérations ou décélérations, ajouts furtifs de notes de passage), déplorons néanmoins toujours ce renfermement générateur d’un manque patent de communication. Décidemment, rien n’y fait : foncièrement récitaliste, Freire n’accorde quasiment pas de regards à ses partenaires, jouant inexorablement pour lui-même, sans se préoccuper de ceux qui l’entourent. Cette tendance égotiste bénéficie naturellement au Larghetto central, dont les épanchements mélancoliques suscitent une sincère émotion, couronné par un toucher perlé dans la conclusion. En revanche, le 3ème mouvement convainc beaucoup moins : précision discutable, dosage d’énergie fluctuant même si de belles envolées estompent les incertitudes. Seule la dernière reprise atteint une tardive mais indéniable perfection. Appréciation globale ? Pas mal… que ne contribue guère à rattraper l’inutile Bis d’une Mazurka convenue, presque routinière.

Restitution adéquate des plus inquiétantes tournures jusqu’à la raucité

Réservées à la seconde partie, les choses sérieuses s’offrent au public à travers une copieuse évocation de Manuel de Falla. Que cet orchestre soit à son affaire dans ce répertoire n’a rien d’étonnant. Cependant, on s’interrogeait d’abord sur l’adéquation stylistique du chef en l’espèce. Or, dirigeant sans partition, il stupéfie non seulement par une efficacité diabolique mais aussi par une compréhension des arcanes de L’Amour sorcier [mouture de 1916, sans mezzo-soprano solo] où il n’a rien à envier aux baguettes ibériques. Ainsi, un passage aussi rabâché que la Danse rituelle du feu non seulement demeure philologique mais ouvre, de surcroît, des perspectives rares dans sa restitution adéquate des plus sinistres tournures jusqu’à la raucité… au point que l’auditoire peine à réprimer une salve d’applaudissements spontanés. De bout en bout le parcours tient en haleine, le chef soutenant constamment l’intérêt – ce qui a valeur de signe – jusqu’au Finale campanaire, lumineux en diable. La 2ème Suite d’orchestre du « Tricorne » conclut dans l’euphorie la soirée. Pris d’une inspiration exponentielle, les artistes nous comblent. Si l’on a entendu Danse des voisins plus remuante, la Danse du meunier accède à une fabuleuse intensité, versant dans le volcanisme pour une terminaison d’une puissance tellurique décomplexée. Quelle flamme iberico-polonaise ! On en redemande !

 

LES GRANDS CONCERTS
CHAPELLE DE LA TRINITÉ

LES SIÈCLES ROMANTIQUES

20 Novembre / MUSIQUES FUNÉBRES de MOZART : « Kriegsrequiem » !
Jean-Philippe DUBOR300x237Bertrand PICHENESi les liens particuliers unissant Jean-Philippe Dubor aux pièces mortuaires de Mozart sont bien connus, jamais encore un tel rendez-vous ne bénéficia d’un cadre aussi adapté. Parmi les plus somptueux (et rares) édifices de la Contre-réforme à Lyon (avec St Bruno des Chartreux et la Chapelle de l’Hostel-Dieu), la Trinité permet de ressentir avec une acuité exacerbée ces pages du Maître de Salzbourg. Photo Jean-Philippe Dubor © Bertrand Pichene.

Pupitres de bois imposants, aux timbres parés de teintes funèbres au-delà de l’espérance

Programme non salzbourgeois au demeurant, puisque les trois pièces datent avec certitude d’après 1780, soit le moment où Mozart s’arrache définitivement à l’emprise de sa ville natale, pour s’exprimer principalement à Munich puis Vienne. Tout étant relatif, ce répertoire ne présente rien d’incongru au regard du nom de l’ensemble qui l’interprète, dans la mesure où, à plus d’un détour de ces pages, se profilent des procédés dont les romantiques feront leur miel. Comme de juste, Éric Desnoues dédie officiellement la soirée aux victimes des attentats totalitaristes perpétrés huit jours auparavant à Paris. Le ton foncièrement grave de l’Ode funèbre maçonnique K.477 installe aussitôt un lourd sentiment d’affliction auquel participent des pupitres de bois imposants, aux timbres parés de teintes funèbres au-delà de l’espérance. Tout sauf pléthoriques (16 unités) les chœurs masculins impressionnent par une ampleur sonore peu commune.
Le Kyrie K.341, à la datation encore incertaine aujourd’hui (Vienne 1791 ? Munich 1781… ?), appartient au groupe des meilleures pages sacrées de Mozart. De cette partition percutante, volontaire, souvent violente, Jean-Philippe Dubor excelle à restituer les affects avec une implication décuplée. Les interventions déchirantes des chœurs féminins, celles sévères et robustes de leurs confrères alliées à des vents irréprochables, contribuent à révéler à une large partie du public ce chef-d’œuvre trop négligé. Seul bémol : des violons aux sonorités peu amènes, à la stabilité incertaine, pénalisent l’exécution, l’empêchant d’accéder à la perfection.

Un quatuor de solistes parmi les meilleurs réunis par Dubor

Plus incisive que de coutume, l’introduction du Requiem K.626 souffre moins de ce lest. Le chef la prend sur un tempo retenu, tout en optant pour des accentuations rudes (les trombones), inédites chez lui. En revanche, le Kyrie eleison est précipité, s’avérant d’une efficacité redoutable dans la mesure où les voix parviennent à en soutenir la vélocité tout en préservant une précision stupéfiante dans la vocalisation serrée. Et quel mordant dans un Dies irae parmi les plus apocalyptiques jamais entendus sur le vif ! Outre un trombone solo d’un rayonnement patricien, le Tuba mirum permet d’apprécier un quatuor de solistes parmi les meilleurs réunis par Dubor. Saluons d’abord un Paul-Henry Vila d’une classe habsbourgeoise, somptueux de timbre et de projection, prodigue en inflexions clairvoyantes, basse authentique dont la présence apporte un supplément d’âme par rapport aux éditions antérieures. À ses côtés Rémy Poulakis, ténor rayonnant autant que stylé, nuancé mais bien doté question largeur, fait oublier la contre-performance de son prédécesseur en 2013. Claire-Adeline Puvilland remplace au pied levé Pauline Larivière dans la délicate partie de soprano. Certes, des cantatrices de calibre supérieur accaparent souvent cette fonction mais il faut reconnaître qu’une typologie de Lyrique léger aussi riche que celle affichée par Mademoiselle Puvilland peut aisément y déployer d’irradiantes ressources angéliques, de celles qui touchent au fond du cœur. Ainsi, chacune de ses interventions – jusqu’au Lux aeterna – constitue un divin enchantement. Valérie Dellong assume la partie d’alto avec un matériau plus modeste (souffle restreint, difficulté à trouver ses points d’appui) mais s’acquitte honorablement de sa tâche sans déparer le quatuor.

Tous les artistes semblent pleurer dans le Lacrymosa les victimes des récentes abominations

Après un Confutatis maledictis dantesque – ambiance « Kriegsrequiem » [Requiem de guerre – NDLR] – le Lacrymosa accède à une extrême intensité. Tous les artistes semblent pleurer ici les victimes des récentes abominations, s’investissant corps et âmes au même titre que si leurs vies en dépendaient. Suit une classique baisse de régime (corollaire à celle de la partition complétée par Süßmayr). Pourtant, tout le mérite revient au chef de maintenir une tension apte à gommer les faiblesses. Par exemple, le Sanctus évoque à s’y méprendre les messes « guerrières » de Haydn (Lord Nelson et Paukenmesse), avec un fugato conclusif terrifiant, tandis que les solistes nous gratifient d’un moment de temps suspendu dans un Benedictus équilibré au possible, proche de l’ineffable. Force de persuasion due à ce temps d’angoisses ? Toujours est-il que rarement les ultimes séquences apparurent aussi émouvantes. Au terme de cet intense chemin de croix, le souvenir d’un engagement militant demeure. Celui d’un Requiem non de l’affliction mais de « révolte des forts », une gifle magistrale des valeurs du Siècle des Lumières à nos oppresseurs sanguinaires. Cette vision d’un Mozart annonciateur de Beethoven suscite une évidente question : à quand un cycle consacré céans au grand Ludwig avec les mêmes interprètes ? Sa trilogie sacrée (Christus am Ölberge, Messe en Ut et Missa Solemnis) ne constituerait-elle pas un vrai et judicieux projet, à planifier sur un mode triennal ?

 


 

Octobre

AUDITORIUM MAURICE RAVEL

ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

8 Octobre / « SALOME » de Richard Strauss : mémorable Lise Lindstrom !
Lise LINDSTROM320Lisa-Marie Mazzucco 3Longtemps, l’opéra en version de concert fut proscrit de l’Auditorium, selon certaines rumeurs à cause de pressions exercées par la direction de l’Opéra. Dans la mesure où cette autre grande maison lyonnaise ne se prive pas de programmer des concerts symphoniques, il eût été invraisemblable de tolérer un tel état de fait. Dès juin 2010, Jun Märkl nous offrait une somptueuse Genoveva pour le Bicentenaire Schumann. En janvier 2013, Leonard Slatkin dirigeait les deux ouvrages lyriques de Ravel. Cette fois-ci, son choix se porte sur la Salomé de Strauss, exigeante partition propice à éprouver chaque pupitre de notre orchestre, tout en nous épargnant le supplice d’une de ces mises en scène tordues dont l’Opéra a le secret. Lise Lindstrom © Marie Mazzucco.

Judicieuse autant que sobre mise en espace
À défaut de scénographie, la surprise vient d’une judicieuse autant que sobre mise en espace : éclairages aux tons rougeoyants, instrumentistes en chemises noires, surtitrages… l’ambiance adéquate est créée ! Ajoutons que les solistes vocaux jouent avec conviction leurs rôles, délivrés qu’ils sont enfin d’un scénographe imbécile qui les contraindrait, de toutes façons, à des gestes à l’encontre du livret comme de l’action. Ici, au contraire, tous adoptent des attitudes, poses, regards éloquents en situation qui suffisent invariablement à nous convier au sein d’une authentique dramaturgie. Le théâtre s’invite aussi dans la direction de Slatkin. Subtile, avec une individuation accentuée – sans excès au demeurant – des timbres, elle privilégie la fluidité du discours. Certains détails négligés voire oubliés par nombre de ses confrères se trouvent soudain mis en lumière. Frappés d’emblée par une manifeste sensualité des lignes, nous apprécions initialement un contrôle des masses sonores, une volonté de ne pas déchaîner les décibels (par exemple dès l’énoncé princeps du Leitmotiv de Jochanaan). Pourtant, cette vertu s’évanouit curieusement après l’entrée dans la Scène 3 où l’équilibre se détériore. Dès lors, les messieurs seront régulièrement couverts (à la décharge du chef américain rappelons néanmoins que, même en studio, Karajan submergea José van Dam et Hildegard Behrens !). Voilà qui est pénalisant car les idées pullulent : traitement des cordes d’une âpreté souvent aussi inattendue que bienvenue (à la mesure de la cruauté du sujet) et pas seulement luxuriante (travers commun à moult interprétations). La Danse des sept voiles s’avère sulfureuse, entêtante, déclinant comme rarement les parfums capiteux d’un Orient empoisonné, vénéneux. Les accentuations se révèlent parfois violentes, doublées d’accelerandos discutables mais produisant leur effet. Alors qu’il respecte l’intégralité de la partition, l’on se demande cependant pourquoi Slatkin supprime les cris d’effroi des Juifs après l’exclamation d’Hérode « Ich will dir den Vorhang des Allerheiligsten geben ! » ? Ceci excepté, moyennant un contrôle sonore plus soutenu la vision de Slatkin aurait rejoint les références historiques.

James RUTHERFORD320Werner KmetitschJames Rutherford tire son épingle du jeu dans ce terrible emploi de baryton héroïque
La distribution réserve de fortes émotions. Juvénile, le Narraboth de Joel Prieto dispense un lyrisme irradiant, compensant largement une diction qui mériterait de s’affirmer. Bien faible, en revanche, le Page de Catherine Hopper : tessiture courte, graves sourds, médium inconsistant ; seul le registre aigu arbore la largeur requise. L’ensemble des rôles secondaires accède à un rare relief. Se répartissant les diverses interventions de gardes, Nazaréens, Juifs, Cappadocien et esclave, Michel de Souza, Nuno Dias, Steven Ebel, Paul Curievici, Rémy Mathieu, Pablo Bemsch et Alexandre Chaffanjon accomplissent un remarquable travail, réussissant l’exploit d’instaurer un esprit de troupe doublé d’un plaisir tangible à s’investir totalement le temps d’un concert. Plutôt Kavalierbariton, James Rutherford parvient à tirer son épingle du jeu dans le terrible emploi de baryton héroïque qu’est Jochanaan. Même si – pour se limiter à Strauss – ses moyens demeurent davantage ceux d’un Mandryka dArabella voire d’un Barak de Die Frau ohne Schatten, l’incarnation tend vers le plausible. Le mordant impressionne, la projection est satisfaisante, seule la largeur se cantonne en-deçà de l’attente. Cependant, sa technique lui permet de déjouer nombre de pièges d’une écriture meurtrière ô combien. Certes, son grave sent le fabriqué dans la phrase « Niemals Tochter Babylons, Tochter Sodoms » et son ultime « Niemals » relève d’un expressionnisme déplacé mais, globalement, quel aplomb ! James Rutherford © Werner Kmetitsch.

Jane Henschel320Barbara EichingerLe couple royal décadent en diable formé par Jane Henschel & Donald Litaker
Le couple royal décadent en diable formé par Jane Henschel et Donald Litaker restera parmi nos plus puissants souvenirs depuis notre première Salomé il y a… presque quarante ans et tant d’auditions depuis. Elle, Herodias vipérine autant que monumentale, savoureusement corrompue. Lui Herodes moins robuste mais passionnant. Nous n’avions plus entendu ce ténor en direct depuis sa saillante prestation en Walther von der Vogelweide de Tannhäuser à l’Opéra du Rhin en… 1984 ! Ce soir, on lui sait gré de ne pas appuyer à l’excès sur le versant Spieltenor du rôle et de composer un personnage complexe, presque touchant, dont il fait ressortir avec beaucoup d’à propos les fragilités en recourant à des inflexions pathétiques. Il faut bien tout cela pour se hisser à la hauteur de Lise Lindstrom. Triomphatrice prévisible de la soirée, la soprano américaine attire plus d’un mélomane ému par sa fulgurante prestation dans le rôle-titre de Turandot à Orange en 2012, où elle ne fit qu’une bouchée du Calaf d’un Roberto Alagna en piètre forme. Tout abasourdit en elle : la tessiture intégralement assumée, les soudures invisibles entre des registres intègres, une stupéfiante concentration, une plastique s’unissant – last but not least – à une présence exceptionnelle, spécialement mise en relief dans une scène finale anthologique. Tout ceci sans omettre l’essentiel : le volume produit est celui d’une vraie grande voix d’opéra. Malgré tout, elle démontre sa capacité à gérer de prodigues nuances, rares chez les organes de ce calibre. Si l’on ira jusqu’à s’étonner qu’une authentique soprano dramatique exhibe autant de fraîcheur dans le timbre, il est permis de s’interroger : n’est-ce pas déjà un peu tard pour Salomé quand on pressent, dans ce somptueux arsenal straussien, l’imminence d’une Kaiserin voire d’une Elektra ? Admettons.
Donald LITAKER320DRCeci énoncé, l’on demeure pantois devant l’intelligence de sa composition, la maîtrise de ses torrentiels moyens, le poids conféré aux mots, la variété de la palette (à ce titre son « Ich bin nicht durstig, Tetrarch » sonne si désabusé qu’il glace le sang. Veut-on chipoter ? Dans ce cas, relevons que son tout premier « Den Kopf des Jochanaan » manque un peu de mystère. Mais quelle sagacité durant toute la scène de l’exécution du prophète, que nous n’avions jamais ressentie à ce point oppressante sur le vif à l’exception notable de Dame Gwyneth Jones. À l’instar de son illustre consœur galloise autrefois, Miss Lindstrom rejoint le clan très fermé des véritables bêtes de scène, possédées, parvenant aux confins de l’état second. Mémorable ! Jane Henschel © Barbara Eichinger, Donald Litaker © DR.

CYCLE ORCHESTRES INVITÉS

20 Octobre / ROYAL PHILHARMONIC ORCHESTRA
La vision de Dutoit, foncièrement inscrite dans la tradition mais respirant large

Royal Philharmonic Orchestra320DRSplendide affiche ! Un des meilleurs orchestres britanniques, une soliste en pleine ascension, un chef de stature internationale à l’imposante discographie, un programme mêlant l’original aux grands classiques : tout concourt à motiver la foule des mélomanes garnissant notre Auditorium, ce soir plein à craquer. Cela aussi constitue une source de contentement !

Une réussite, couronnée d’un inattendu chic viennois
Otto Nicolaï fut à l’origine de la fondation des Wiener Philharmoniker. Avec suffisance, la France s’en soucie comme d’une guigne, ignorant son œuvre orchestrale [à l’adresse de nos lecteurs les plus légitimement curieux, recommandons l’écoute de sa Symphonie en Ré Majeur, dans la belle version du regretté Karl Anton Rickenbacher dirigeant l’Orchestre Symphonique de Bamberg – CD Virgin Classics]. Rendons grâce à l’opportune thématique shakespearienne de cette saison. Sans elle, nous n’eussions probablement pas entendu l’ouverture de l’opéra Die lustigen Weiber von Windsor, page brillante, permettant de jauger des capacités d’une phalange. Charles Dutoit l’appréhende avec l’adéquate considération, peignant avec autant de subtilité l’atmosphère mystérieuse de l’introduction que la féerie mendelssohnienne du développement ou la verve primesautière des motifs de la mascarade destinée à flouer Falstaff au IIIème acte. Une réussite, couronnée d’un inattendu chic viennois. Photo © DR.

 

La soliste et ses partenaires nous transportent au sein de l’Olympe lors d’un Rondo éruptif
Par principe, nous estimons qu’un orchestre en tournée doit s’apprécier pour lui-même et qu’insérer un concerto dans ces circonstances particulières frise l’incongruité. Ceci posé, entendre de telles formations dialoguer avec une artiste qu’on remarque constitue un luxe qui ne se refuse pas. Dans l’introduction du Concerto pour piano N°1 de Beethoven, Dutoit impose une fermeté devenue monnaie rare dans ces pages propices aux plus déplorables flottements. De ceci, nous ne décelons pas une once tout au long du discours. Beauté capiteuse, souple comme une liane, Kathia Buniatishvili s’apparente à ces artistes qu’il convient d’écouter les yeux clos afin de ne point se laisser influencer par la plastique du moindre geste savamment étudié. Or, le test s’avère révélateur : même dans ces conditions, la virtuosité transcendante de la pianiste s’unit à une intelligence interprétative de haute volée. On admire particulièrement son sens aigu des nuances et de la balance sonore (car Dutoit, conscient d’avoir affaire à une lionne, ne la ménage guère !) alliés à une appréciable technique et un doigté impérieux, vertus propices au parcours sans faute. Si l’on demeure cependant légèrement en-deçà de ce stade, l’on en tiendra rigueur à une palette de couleurs restreinte, à quelques affectations, à une articulation d’ensemble perfectible ainsi qu’à d’inopportunes fluctuations de tempo. Mais la jeune pianiste parviendra incessamment à dépasser ces défauts mineurs, d’autant plus qu’une cadence sans effets de manche augure de glorieux lendemains. En outre, son sens affûté de la communication nous vaut un Largo où ses échanges veloutés avec les vents frisent l’idéal. Après nous avoir fait fondre, la soliste et ses partenaires nous transportent au sein de l’Olympe lors d’un Rondo éruptif. Implacable, faisant corps avec son instrument, Kathia Buniatishvili ose ici des inflexions à réveiller les morts. Un fluide électrisant irrigue l’orchestre, jusqu’à une coda foudroyante. Kathia Buniatishvili © DR.

Charles Dutoit320Chris LeeL’illustre chef suisse sait privilégier le mordant de certaines attaques
Chez Charles Dutoit, nous appréciâmes toujours l’extrême limpidité des lectures, une sorte de « ligne claire » que les incomparables prises de son DECCA mettent constamment en valeur. Toutefois, la présente exécution de la 9ème Symphonie « Nouveau Monde » de Dvorák, rappelle opportunément combien l’illustre chef suisse sait privilégier le mordant de certaines attaques. Disposant de cordes au soyeux opulent, de bois dont la robustesse n’égale que la finesse et de cuivres arborant un métal étincelant, il n’a plus qu’à asseoir sa vision, certes foncièrement inscrite dans la tradition mais respirant large. Pertinentes, ses options laissent s’exprimer à parts égales les références américaines et les résurgences tchèques présentes dans la partition. À ce titre, le 2ème mouvement s’avère exemplaire. Ce choix de la concordance s’impose telle une évidence, contribuant à clore les lassantes controverses trop longtemps ressassées au sujet de ce chef-d’œuvre. Et quel cor anglais solo ! Amelia Coleman assure ici une mémorable prestation, parmi les plus accomplies, y compris au disque. Brûlant d’un feu vif, le régénérant Scherzo pourrait bien se révéler le plus convaincant depuis celui proposé par Riccardo Chailly avec le Concertgebouw d’Amsterdam [CD LONDON 1988] mais sans la rudesse de ce dernier, qu’implique pourtant un tempo tout aussi serré (7’58 » contre 7’55 » chez Dutoit). L’incipit martial de l’Allegro con fuoco conclusif dispense une telle énergie que l’on pouvait craindre le pire si l’on n’avait affaire à un orchestre de cette envergure et d’une telle puissance. Le dosage reste, ce nonobstant, approprié. La tension ne faiblit pas même si, çà et là, pointe une insolite sensation de confort. Ainsi que le fait malicieusement remarquer ma voisine « C’est le propre d’une Rolls : on n’entend pas le moteur… ». Dont acte ! Charles Dutoit © Chirs Lee.

OPÉRA DE LYON

22 Octobre / « LA DAMNATION DE FAUST » [d’après ?!?!?!?]
Berlioz : quand les chœurs de l’Opéra raflent la mise

operadamnationfaust320Bertrand StoflethFaut-il revenir aux fondamentaux ? Oui, dans la mesure où ce spectacle soulève des questions essentielles. Rappelons que Berlioz innova en présentant en 1846 une « Légende dramatique pour le concert » et non un opéra. D’ailleurs si Raoul Gunsbourg – pourtant homme cultivé et de goût, lui ! – avait pu imaginer qu’en tentant de porter l’ouvrage à la scène il ouvrait la porte à des cohortes de visions plus ineptes les unes que les autres, il se serait probablement abstenu. En effet, depuis son expérience de 1893 à Monte-Carlo, une multitude d’apprentis-sorciers s’obstine à faire de La Damnation de Faust un opéra, y compris au forceps. Pour tant de visions incongrues, réductrices ou grotesques, combien de productions à travers le monde s’avérèrent convaincantes ? En comptant large… moins d’une dizaine, dominées par l’exceptionnelle réussite de Maurice Béjart… il y a déjà un demi-siècle ! Présentement, nous voici à des années-lumières… versant involution… ! Photo © Bertrand Stofleth.

Consternant prosaïsme pseudo-conceptuel
Après nous avoir détérioré la tardive création lyonnaise du Capriccio de Strauss, David Marton vitriola sans vergogne Orfeo ed Euridice de Gluck en mars dernier. « Jamais deux sans trois » dit l’adage : espérons que cette fois soit la dernière et marque le terme d’une collaboration entre Lyon et cet expert en impostures. Déclarant récemment au sujet de Berlioz : « J’aime les œuvres où ce compositeur cherche des formes extraordinaires. Ainsi, son Roméo et Juliette obéit à une forme que je ne comprends pas. Et j’aime ce que je ne comprends » (Sic !) [selon Le Progrès, 6/10/2015] Marton signe, à l’aune de son arrogante incompétence, une scénographie d’une vacuité abyssale. Piteux procédé : l’essentiel de sa démarche consiste ici à susciter des questions sans réponses. Le décor donne le ton : un arrière-plan montagneux évoquant – sans doute involontairement – Caspar David Friedrich et le massif du Harz, un tronçon inachevé (ou bombardé ?) d’échangeur autoroutier, effets vidéos hors de propos relevant du cliché, une 203 Peugeot pick-up qui aurait toute sa place chez Henri Malartre (merci pour ce clin d’œil muséal) côté Cour, un cheval attaché côté Jardin (sympathique le cheval, qui semble même – auto-persuasion ? – sourire de ce qui l’entoure). Les costumes se réfèrent à l’après-guerre (on n’en sort pas !), les chœurs en changent même vainement au gré de leurs interventions (et dire que l’on bannit les tenues historiques, entre autres parce que leur confection coûte cher… !) avec, au passage, une référence à Magritte aussi gratuite que tout le reste. La direction d’acteurs ? Absente, elle se borne pour la foule à une simple mise en place, tandis que les solistes se débrouillent avec leur propre instinct théâtral quand on ne les contraint pas à l’outrance du geste farfelu. Seul instant où un semblant d’idée pointe son nez : la Course à l’abîme. La vidéo montre alors le défilement d’une route devant la 203 conduite par Méphistophélès, frôlant l’efficacité en rappelant un peu le film Duel. Terminons ce tour d’horizon en dénonçant l’insertion de textes déclamés par les solistes ou le chœur – pour l’essentiel empruntés au Faust de Goethe, traduit en français et en anglais – qui, en sus de leur inutilité, interrompent sèchement la partition au beau milieu d’un développement (exemple : le prompt passage du cabinet du Docteur Faust à la Taverne d’Auerbach) selon la sinistre pratique qu’affectionne le sieur Marton. Plus aucune raison de se gêner, après tout, d’autant que ça ne s’arrête pas là : à plus d’une reprise, le chœur s’empare de pages entières normalement destinées aux solistes (entrée de Méphistophélès, seconde partie du duo Faust / Marguerite… etc). On se demande simplement comment les deux chefs d’orchestre alternant à la baguette peuvent tolérer de telles excroissances. Ouf ! Tour d’horizon de ce consternant prosaïsme pseudo-conceptuel terminé, passons aux choses sérieuses ou sensées (du moins ce qu’il en reste).

Conduite sans démesure ni folie, dénuée de corps et d’assise
Alors que si souvent les relectures radicales dont nous sommes céans victimes se trouvent compensées par un niveau musical performant, tel n’est, hélas, pas le cas ce soir. Faut-il vraiment attribuer à Philippe Forget – qui dirige deux soirées sur huit – les flottements, approximations voire menus dérapages dispensés ça et là par un orchestre en petite forme ? Kazushi Ono ne porte-t-il pas sa part de responsabilité en l’espèce ? Quoi qu’il en soit, le caractère grandiose de maints passages a bien du mal à surnager au-dessus d’une direction routinière. Si l’on cherche vainement l’ampleur exigible et le souffle épique, peut-on se contenter d’une conduite sans démesure ni folie, dénuée de corps et d’assise dans une œuvre aussi ambitieuse ? Enfin, impossible de laisser passer des moments frisant la vulgarité avec, au sommet, une Marche de Rákóczi d’une pesanteur de forgeron avant un Ballet des Sylphes et un Menuet des Follets rêches, dénués de grâce. Fort heureusement, les chœurs de l’Opéra raflent la mise, impeccables de présence, de précision, de mordant, d’intelligence dans les accentuations. Qui admirer le plus ? De ces messieurs aux voix omnipotentes, à l’émission affûtée, à l’esprit aiguisé nous comblant au-delà de toute expression (prise sur un tempo large, la fugue sur la mort du rat les montre fiers et dominant les pièges de cette polyphonie avec une aisance souveraine, ce, sans oublier leur implication dans un Pandémonium d’une puissance dévastatrice !). De ces dames sagaces, subtiles, touchantes au-delà de nos désirs dans une Apothéose de Marguerite parmi les plus accomplies que nous ayons jamais entendues, où la Maîtrise complète merveilleusement un travail frisant l’exploit car il force l’admiration ? Tant il est vrai, ô intègres artistes, que nous avons conscience de la difficulté de la tâche insensée qui vous est imposée, surtout lorsque vous devez récupérer à l’unisson tant de pages d’un abord malcommode au possible, qui ne vous sont normalement point dévolues par Berlioz. Vous apportez le seul vrai bonheur de la soirée aux mélomanes. À toutes et tous : un immense merci pour ce somptueux cadeau !

ALDRICH 320et partenaires operadamnationfaustBertrand StoflethThéoriquement, le trio des principaux rôles séduisait sur le papier
Évoquer les prestations du quatuor de solistes ne prodigue pas ce plaisir. Passons vite sur René Schirrer en Brander (au fait : pourquoi meurt-il après la Chanson du rat ?), désormais à bout de voix, usé jusqu’à la trame et se réfugiant parfois dans un parlando malséant où il invente le « Sprechgesang berliozien » (voilà au moins un scoop !). Théoriquement, le trio des principaux rôles séduisait sur le papier. D’autant plus grande s’avère la déconvenue. Très proche de celui de Jules Bastin (dans l’intégrale de Sir Colin Davis I) le Méphistophélès de Laurent Naouri vaut surtout par sa présence d’acteur consommé. Côté vocal, c’est autre chose. A priori, cet authentique baryton-basse trop souvent fourvoyé dans des emplois de francs-barytons devrait approcher l’idéal dans le diable de Berlioz. Le bilan sera pourtant mitigé. Fin diseur, idéal d’ironie distanciée et de causticité, il s’efforce de cultiver le raffinement des nuances dans « Voici des roses » sans atteindre à l’idéal d’un José van Dam dans ce passage précis. Un vibrato pernicieux ne tarde pas à poindre sur la moindre valeur longue et bien des phrases sentent le fabriqué, traduisant une inéluctable fatigue. Mais il y pire.
WORKMAN & NAOURI operadamnationfaust320Bertrand StoflethAlors que Charles Workman offrit un Idoménée mémorable ainsi qu’une prestation inspirée en Alviano des Stigmatisés de Schreker la saison passée, il appert que Faust s’inscrit désormais au-delà de ses possibilités. Sujette à divers problèmes d’émission, son intonation n’est pas toujours juste. Et, s’il affiche une belle maîtrise des nuances ou de la prosodie française (les liaisons !), il confine ponctuellement au détimbrage (« Merci doux crépuscule ») l’usure du matériau le prive d’aisance, les nasalisations se manifestent. Les moyens se détériorent au fur et à mesure qu’avance la représentation et le bel artiste s’effondre dans le duo avec Marguerite, ayant au moins le mérite de tenter les si et contre-ut dièse, ce dernier se brisant implacablement. Reste le cas de Kate Aldrich, dont nous connaissons trop les vertus pour ne pas déceler son indisposition. Trachéite ? Rhinite ? Pharyngite ? Toujours est-il qu’on la voit tousser, que l’on perçoit un voile handicapant l’émission, qu’elle masque habilement les incidents de parcours. Que ne l’a-t-on annoncée souffrante ? Tout directeur digne de ce nom ne peut faillir à cette mission en de semblables circonstances. Fragilisée, la cantatrice américaine se débat donc dangereusement dès la Chanson du Roi de Thulé, d’autant plus que Marton lui dicte une gestique encombrante. La stabilité est compromise jusqu’à la fêlure. L’attaque de la Romance « D’amour l’ardente flamme » l’expose encore plus cruellement. L’on compatit sincèrement à sa détresse, d’autant que les intentions sont bonnes, la compréhension du personnage et des enjeux évidente (avec, de surcroît, un cor anglais solo de haute tenue) : la phrase « Je suis à ma fenêtre… » le corrobore assez et pourrait tirer les larmes si Marton n’imposait des gestes d’énervement déplacés (chaise à l’appui !). Compte-tenu de la situation, la seule appréciation qui convient consiste à louer ses méritoires efforts, tout à son honneur. Elle, au moins, fait preuve d’une dignité et d’un respect – de l’œuvre comme du public – foncièrement étranger à une production qu’on espère vite oublier. Rappelons, pour conclure, ces phrases prophétiques tracées par Hector Berlioz dans Lélio : « et surtout ces profanateurs qui osent porter la main sur les ouvrages originaux, leur font subir d’horribles mutilations qu’ils appellent corrections et perfectionnements, pour lesquels, disent-ils, il faut beaucoup de goût. Malédiction sur eux ! Ils font à l’art un ridicule outrage ! Tels sont ces vulgaires oiseaux qui peuplent nos jardins publics, se perchent avec arrogance sur les plus belles statues, et, quand ils ont sali le front de Jupiter, le bras d’Hercule ou le sein de Vénus, se pavanent fiers et satisfaits comme s’ils venaient de pondre un œuf d’or. » certains tireraient profit à les méditer… en supposant qu’ils en comprennent le sens ! Photos Aldrich et partenaires, Workman & Naouri © Bertrand Stofleth.

À suivre…


Septembre

AUDITORIUM MAURICE RAVEL

ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

12 Septembre / WALTON, BATES, BEETHOVEN : où Slatkin transforme l’essai de 2012… jusqu’à un certain point

Toujours impatiemment attendu après le pesant silence estival, le concert d’ouverture de saison à l’Auditorium fait salle comble. La soirée s’ouvre par un dynamique discours du Directeur Général Jean-Marc Bador, propre à susciter l’intérêt de la découverte auprès du public. La thématique shakespearienne est opportunément choisie en fil conducteur de la saison (la célébration imminente du quadricentenaire de la mort du grand Will). Leonard Slatkin ouvre le feu avec l’arrangement de Christopher Palmer des fanfares du Couronnement écrites en 1955 par William Walton pour le film Richard III de Laurence Olivier. Si la prestation d’ensemble s’avère brillante, celle de David Cassan à l’orgue retient spécialement l’attention. Puisse ce vibrant portique susciter l’envie d’explorer davantage en ces murs les amples partitions de Walton, élégant maître britannique excessivement négligé en France.

Partition aux audaces pondérées, ne ménageant pas ses références au passé

Anne Akiko Meyers 320Lisa-Marie MazzuccoLa création européenne du Concerto pour violon (2012) de Mason Bates fait figure de vraie curiosité. Le compositeur inscrit ces pages dans une perspective originale : « La recherche de sons nouveaux m’a poussé, contre toute attente, vers un monde primitif ; il en a résulté un concerto peuplé d’animaux préhistoriques. La partition est dominée par le violon solo, qui endosse deux identités : l’une primitive et rythmée, l’autre élégante et lyrique. Cette créature musicale hybride est en fait inspirée par une autre bien réelle : l’archéoptéryx… ». Moyennant un effort de concentration, le cheminement de sa pensée présente des attraits, localisés à notre avis sur deux aspects : les efficaces sections rythmiques dévolues à l’orchestre et les phrases mélodiques luisantes de la partie soliste. De ce strict point de vue, le jeu d’Anne Akiko Meyers présente nombre d’atouts dont, au sommet, une présence doublée d’une luminescence peu commune. En revanche, nous ne disserterons pas sur la pertinence de l’interprétation, dans la mesure où nous n’avons pas lu cette partition aux audaces pondérées, ne ménageant pas ses références au passé. Photo Anne Akiko Meyers © Lisa-Marie Mazzucco.

L’Adagio molto e cantabile sied décidément bien à Slatkin

ONL grande formation9symphonie320David Duchon-DorisEn juin 2012, Leonard Slatkin dirigeait sa première IXème Symphonie de Beethoven à Lyon. Dans la mesure où son inégale interprétation n’avait emporté l’adhésion que sur le tard, le chœur Gulbenkian de Lisbonne constituait le véritable attrait de la soirée [Voir archives www. lyon-newsletter.com Printemps-Été 2012]. À plus de trois ans de distance, le chef américain nous devait une revanche. L’incipit est de bon augure, la fermeté l’emportant spontanément sur toute autre considération. Tout en arborant des couleurs sombres, l’orchestre réagit avec une appréciable vivacité tout au long d’un 1er mouvement probant où plane une part de mystère. Les contours sont finement dessinés et cette netteté profite aussi au Molto vivace, vraiment traité dans l’esprit idoine d’un scherzo. Les interventions de chaque pupitre de vents acquièrent un relief peu commun, que nous espérâmes vainement en 2012. Aux timbales Benoît Cambreling, philologiques baguettes bois en mains, réitère sa précédente performance, matinée d’un soupçon d’incisivité en sus. Seule absolue réussite antérieure, l’Adagio molto e cantabile sied décidément bien à Slatkin qui n’alanguit jamais la ligne sans, pour autant, précipiter le tempo, proche en cela de l’indication métronomique de Beethoven. Ainsi, il excède d’à peine 2’ la version de Riccardo Chailly qui, dans son intégrale avec le Gewandhaus de Leipzig, applique lesdites indications à la lettre [intégrale en 5 CDs DECCA 2011]. Cet équilibre apprécié offre un moment de poésie pure. Photo © David Duchon-Doris.

Un quatuor vocal homogène… dans sa modestie

Surprenante Attaca subito ensuite, pour l’introduction du Finale où les cordes graves resplendissent dans un récitatif dénué d’ostentation avant que les cordes aiguës ne délivrent des contrechants accomplis. Slatkin transforme l’essai de 2012… jusqu’à un certain point. Tout annonce une apothéose… qui ne se réalise qu’à moitié, essentiellement en raison d’un quatuor vocal, certes juvénile, souriant et agréable à voir mais cruellement privé de poids autant que de largeur, somme toute homogène… dans sa modestie ! Présent entre deux apparitions en Leuthold du Guillaume Tell de Rossini à Genève, seul le baryton Michel de Souza fait illusion, grâce à un mordant et une projection permettant de ne pas trop regretter l’absence d’une basse chantante dans cette partie hybride. En revanche, l’épisode guerrier met cruellement en évidence les limites sonores du ténor Bogdan Volkov, insuffisant dans une salle aussi vaste. Au risque de paraître discourtois, avouons que les voix des dames ne présentent rien d’exceptionnel : la soprano Conrinne Winters et sa consœur mezzo Henriette Gödde possèdent peu de volume mais une ligne soignée alliée à une bonne technique, banal apanage des personnalités en devenir. La masse chorale réserve des compensations. Sans afficher les éclatantes teintes cuivrées des forces portugaises de 2012, le Chœur Spirito délivre une très satisfaisante prestation, caractérisée avant tout par une remarquable maîtrise dans l’échelle des nuances. Le Bis (devenant un Tris !) d’un fragment de l’Hymne à la Joie avec le public, conclue le concert dans l’euphorie, balayant aisément les réserves précédemment exprimées.

24 Septembre / Chostakovitch, Mozart, Dvorak : Menahem Pressler, un des ultimes Grands d’un monde qui n’est plus…

Vainement l’on cherchera la trace d’une cohérence esthétique dans ce programme. Pourtant, comment bouder son plaisir lorsqu’un tel manque d’unité stylistique se trouve compensé par les vertus d’une interprétation transcendante et la présence rayonnante d’un artiste glorieux ?

Implication de tous les instants

Répartie sur 36 rendez-vous de la saison, la thématique Shakespeare se trouve ici honorée par une attachante rareté : la Musique pour le film Hamlet Opus 116 que Dimitri Chostakovitch conçut en 1964 pour l’œuvre cinématographique de Grigori Kosintsev. La présente Suite de concert adaptée par Levon Avtomian conserve les séquences les plus saillantes de la partition intégrale. Tout récemment promu à la tête de l’orchestre de Chambre de Lausanne, le jeune (27 ans) chef Américain Joshua Weilerstein confère un relief inattendu à des pages souvent considérées comme mineures. Apte à instaurer tous les climats, de l’élégiaque au dramatique, il fait corps avec un O.N.L des grands jours faisant montre d’une implication de tous les instants.

Une telle générosité de sentiments tendres qu’on en oublie tout le reste

MenahemPresslerMarco 240BorggreveLe 23ème Concerto pour piano de Mozart était annoncé et ce fut le 27ème en Si bémol Majeur K.595, partition optimiste constituant l’adieu fortuit de Wolfgang Amadeus à un genre qu’il porta à un rare degré d’accomplissement. Mais peu importe cette substitution, puisque la majorité des auditeurs vient d’abord pour Menahem Pressler. Devenu une légende, le pianiste du Beaux-Arts Trio a aussi mené de longue date une carrière de soliste, discrète mais constellée de réussites. Au fur et à mesure de ses interventions, l’illustre nonagénaire ravit le mélomane par un toucher perlé et ferme à la fois, une sensibilité, un goût du phrasé et un sens de la respiration que l’on trouve rarement chez les juvéniles virtuoses en pleine possession de leurs moyens. Les vertus de l’intergénérationnel fonctionnent sans excès avec le chef, ici raide d’apparence, probablement soumis et peu soucieux d’un défaut d’accord (de la valeur d’un comma) nuisant à la justesse des cordes aiguës dans le 1er mouvement. Heureusement, le Larghetto atteint sous les doigts du maestro Pressler à une telle générosité de sentiments tendres qu’on en oublie tout le reste. La conception chambriste du soliste se constate à l’œil nu, communiant avec ses partenaires dans la démarche consciente de « faire de la musique ensemble ». L’Allegro conclusif appelle bien ça et là des réserves (petits accrochages, tempos fluctuants et abusivement étirés…) mais ces scories sont à peine perceptibles et la vision d’ensemble, poétique au possible, nous comble, jusque dans une substance cadentielle d’une humilité digne d’éloges. En Bis : bénéficiant de nuances à se pâmer et de trilles divins, le Nocturne N°20 en Ut dièse mineur de Chopin se pare de teintes crépusculaires à donner le frisson. Merci Monsieur Pressler… lorsque vous quittez la scène, salué par une standing ovation, nous ressentons un pincement au cœur. Comment ne pas être saisi en voyant s’éloigner un des ultimes Grands d’un monde qui n’est plus… ? Photo © Marco Borggreve.

Mise en relief appropriée des contrechants au thème principal

J Weilerstein320Felix BroedeJoshua Weilerstein entreprend d’une main ferme la 7ème Symphonie en ré mineur Opus 70 d’Antonín Dvorák, n’hésitant pas à obtenir de ses cordes des couleurs crues ou des traits acérés. En dépit de nos craintes, il ne sombre toutefois jamais dans le travers de la brutalité gratuite. En ce sens, les épanchements de lyrisme ne lui échappent pas plus que les subtilités de la petite harmonie, ce soir époustouflante en beauté de timbres. Intelligemment, le chef évite le piège de l’enlisement dans lequel tombent nombre de baguettes inexpérimentées dans le Poco Adagio, révélant même des couleurs berlioziennes inédites incitant à la rêverie. Du Scherzo, il comprend le sourire distancié, qu’il restitue bien tout en obtenant une mise en relief appropriée des contrechants au thème principal. Tout au plus lui reprochera-t-on un excès d’acidité dans des traits à la pointe sèche, inopportuns là où il faudrait plutôt une robustesse charnue, toute en rondeurs. La différenciation des plans sonores semble, à raison, le préoccuper. Elle s’avère optimale dans un Finale privilégiant l’hédonisme sur l’architecture. D’un éclat constant, notre orchestre resplendit des tous ses pupitres dans ce répertoire où on aimerait l’entendre plus souvent. Faut-il encore rappeler que les symphonies N° 1 à 5 de Dvorák attendent toujours leur création lyonnaise ? Il serait vraiment plus que temps de s’en soucier ! Photo © Felix Broede.

Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin


 

Extrait du cycle de conférences de Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin pour le Grand Lyon saison 15/16.

I – UNIVERSITÉ Jean MOULIN – LYON III : F.A.C. (FORMATION APPLIQUÉE CONTINUE)
1 Rue de l’Université – 69239 Lyon Cedex 02 TEL : 04 78 78 70 46
 » BEETHOVEN ET SON HÉRITAGE ROMANTIQUE :
Ludwig van BEETHOVEN ; Felix MENDELSSOHN-BARTHOLDY ; Robert SCHUMANN « 
Cycle de 25 conférences, les lundis après-midis à 16 H 00 : du 5 octobre 2015 au 30 mai 2016

II – UNIVERSITÉ Jean MOULIN – LYON III : F.A.C. (FORMATION APPLIQUÉE CONTINUE)
1 Rue de l’Université – 69239 Lyon Cedex 02 TEL : 04 78 78 70 46
 » IMAGES SONORES DE L’ITALIE ( II ) : DE L’APOGÉE DU ROMANTISME À L’AUBE DES TEMPS MODERNES  » : Vincenzo BELLINI ; Saverio MERCADANTE ; Giovanni PACINI ; Gaetano DONIZETTI ; Arrigo BOITO ; Amilcare PONCHIELLI ; Ottorino RESPIGHI ; Ferruccio BUSONI « 
Cycle de 25 conférences, les mercredis matins à 10 H 00 : du 7 octobre 2015 au 18 mai 2014

III – ASSOCIATION CULTURELLE LYON-CITÉ – Mairie du 3e Arrondt – Salle des mariages
215 Rue Duguesclin – 69003 Lyon TEL : 04 78 60 20 59
Cycle de 8 conférences :  » LA MUSIQUE VIENNOISE DU SIÈCLE DES LUMIÈRES AU-DELÀ DE MOZART : Orfeo ed Euridice de GLUCK ou la seconde naissance de l’Opéra ; Joseph HAYDN ou l’apothéose du classicisme danubien « Les jeudis à 14 H 30 : 8 octobre • 5 & 26 novembre • 17 décembre • 14 janvier • 11 février •
10 mars • 7 avril

IV – ASSOCIATION CROIX-ROUSSE-HISTOIRE DE L’ART – Auditorium du C.R.D.P
47 Rue Philippe de Lassalle – 69004 Lyon TEL : 04 78 30 50 62
Cycle de 10 conférences consacré à :  » WOLFGANG-AMADEUS MOZART : SA VIE, SON ŒUVRE, SON TEMPS « 
Les jeudis ou lundi à 14 H 30 : 10 septembre • 15 octobre • 12 novembre • 10 décembre • 7 janvier •
4 & 22 février • 31 mars • 14 avril • 19 mai

V – ASSOCIATION DANTE ALIGHIERI – Salle Lorenti (13 bis quai Jean Moulin)
B.P.1071 – 69202 Lyon Cedex 01 TEL : 04 78 89 87 16
Cycle de 8 conférences consacré à :  » Cet autre visage du Vérisme, au-delà de Mascagni et Leoncavallo : 
d’Andrea Chénier de GIORDANO à Adriana Lecouvreur de CILÈA ; Néoromantisme et germanisme en Italie à l’aube du XXeme siècle : le cas de Ferruccio BUSONI « 
Les vendredis à 18 H 00 : 13 & 20 novembre • 4 & 11 décembre • 8, 15 & 29 janvier
Le mercredi à 18 H 00 (Palais de la Mutualité) : 6 avril

VI – ASSOCIATION ALMAVIVA
Palais de la Mutualité – 1 Place Antonin Jutard – 69003 Lyon TEL : 04 78 36 26 35
2 conférences consacrées à :  » L’ÉTUDE TECHNIQUE DE LA TYPOLOGIE VOCALE :
LES VOIX MASCULINES ET FÉMININES D’OPÉRA « 
Les mardis à 18 H 30 : 13 octobre & 3 novembre

VII – THÉÂTRE de L’ATRIUM – TASSIN LA DEMI-LUNE
3 avenue des Cosmos – 69160 Tassin la Demi-Lune TEL : 04 78 34 70 07
Cycle de 12 conférences :  » L’AUBE DU ROMANTISME OUTRE-RHIN :
Félix MENDELSSOHN & Robert SCHUMANN « 
Les mardis à 14 H 30 : 22 septembre • 13 octobre • 3 novembre • 15 décembre • 5 & 26 janvier • 9 février • 1 & 29 mars • 5 avril • 3 mai • 7 juin

Autres conférences en France et en Europe : Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin : patrick.ftb@gmail.com

 


 

Aperçu de la saison 15/16. Auditorium

onl visuel300Un visuel de saison
à l’image d’un lieu et d’un orchestre

Le visuel de la saison 15/16 de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon a été confié à Vincent Mahé. Illustrateur et affichiste né à Paris en 1984, il collabore régulièrement avec des magazines et revues français et internationaux aussi divers que The Wall Street Journal, The New Yorker, 99u, House & Garden UK, Monocle, Le Parisien Magazine, Lire, L’Express, Style. Il mène une recherche graphique personnelle qualifiée d’«urbanité tendre et acidulée». Sa proposition pour l’Auditorium de Lyon, qui depuis la rue Garibaldi regarde jusqu’à Detroit et Tokyo, est aussi un hommage rendu à l’une des plus célèbres couverture du New Yorker, réalisée en 1976 par le dessinateur américain Saul Steinberg, View of the World from 9th Avenue.

Excellence et ouverture musicale

La nouvelle saison témoigne à nouveau des objectifs de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon :
– Servir et faire vivre le grand répertoire symphonique, que ce soit au travers d’un orchestre d’excellence ayant le privilège rare de travailler dans une salle qui lui est dédiée sous la direction de Leonard Slatkin, ou en invitant de prestigieuses formations et solistes internationaux.
– Ouvrir le plus largement possible le spectre de sa programmation, qu’il s’agisse de jazz, de ciné-concerts ou de manifestations spécifiquement conçues pour la jeunesse.

 A voir à l’auditorium à la rentrée

Des grands maîtres tels Philippe Herreweghe, Charles Dutoit, Menahem Pressler, Iliahu Inbal, Nelson Freire, Murray Perahia, Richard Goode, artistes confirmés comme Renaud Capuçon, Sol Gabetta, Leif ove Andsnes, Alain Altinoglu, Matthias Goerne ou bien jeunes interprètes tels que Lionel Bringuier, Patricia Kopatchinskaja, Daniel Lozakowitj, Daniil Trifonov,… mettront leur talent au service d’une programmation qui explore cinq siècles de musique, de Bach jusqu’aux créations de Mantovani ou Tan Dun.
Le fil rouge est consacré à Shakespeare (400e anniversaire de sa disparition), permet d’explorer un répertoire qui mêle des oeuvres parmi les plus célèbres (Roméo et Juliette, Songe d’une nuit d’été) et des curiosités inspirées du grand dramaturge élisabéthain.
L’opportunité également d’estomper les frontières entre les arts et de convoquer le théâtre (Tim Caroll, The Factory, partenariat avec les Célestins, …) sur une scène où il est habituellement peu présent. La programmation d’opéras en version concert va également dans ce sens, qui permettra d’entendre Salomé de R. Strauss ou Le Château de Barbe-Bleue de Bartók.
La saison fait également la part belle aux ciné-concerts symphoniques avec l’Orchestre national de Lyon en direct sur scène, au jazz avec quelques grands noms très attendus : Wynton Marsalis, Avishai Cohen, Louis Sclavis…

Un public de plus en plus connecté + 17%

Le 1/4 des ventes est désormais réalisée en ligne. Soit une progression de +17%.
Une fréquentation en hausse sensible de + 14%. Et des spectateurs venant parfois de très loin !
– Abonnements en hausse de 14%, ce qui est exceptionnel dans une période de morosité économique et qui prouve à l’évidence que la qualité paye. Avec des spectateurs venant non seulement de Lyon 45%, mais aussi de plus loin Rhône-Alpes 48%, et même d’encore plus loin hors Rhône-Alpes et étranger 5%.

Une grande diversité de l’offre musicale

159 concerts, 99 programmes différents, ce qui fait pratiquement un jour sur deux !
11 créations dont 2 créations européennes et 3 créations mondiales
6 concerts Jazz en grande salle avec Jazz à Vienne
15 Ciné-concerts avec l’Institut Lumière
3 Opéras version concert de l’Auditorium
20 Rendez-vous autour de l’orgue
Des propositions hors les murs (Les Passerelles) : Théâtre avec les Célestins,
Opéras en version concert avec l’Opéra national de Lyon, Danse avec la Maison de la danse

SLATKIN_Portrait218Niko RodamelUn chef américain de renommée internationale

« Américain à Lyon », Leonard Slatkin est avant tout un chef de dimension internationale dont la renommée n’est plus à faire. Il partage son temps et son talent entre le Detroit Symphony Orchestra, l’Orchestre national de Lyon et les grandes phalanges internationales à la tête desquelles il se produit. « En quatre ans et demi de travail commun, l’Orchestre national de Lyon et moi avons joué une bonne partie du répertoire, les musiciens sont habitués à ma façon de répéter et cela fonctionne. Je n’ai pas à parler beaucoup, pas tant à cause de la langue, mais simplement parce que je ne trouve pas ça nécessaire. » Nous dit Leonard Slatkin. Photo © Niko Rodamel.

Un orchestre à fort rayonnement mondial

Premier orchestre symphonique européen à avoir été invité en Chine, dès 1979, l’ONL n’a jamais cessé de se produire hors de ses frontières. Pour les deux saisons à venir, il sera plus que jamais l’ambassadeur de la Ville de Lyon lors de ses tournées à l’étranger. Tout d’abord en Chine et au Japon avec Renaud Capuçon (2016), puis sur le continent Américain lors d’une grande tournée qui l’amènera sur la scène du Carnegie Hall à New York (20 février 2017), à Philadelphie (5 mars 2017) et, plus près de nous, à travers l’Europe en mai 2017 (soliste Hilary Hahn). En 15/16, l’Orchestre national de Lyon se produira à deux reprises dans la toute nouvelle Philharmonie de Paris.


 

Opéra de Lyon 15/16  Célébration et invention

Serge Dorny, directeur général de l’Opéra de Lyon nous donne l’idée force la prochaine saison. « Je suis convaincu que notre art doit être à la fois célébration et invention : « célébration, pour représenter les grandes oeuvres du répertoire et démontrer qu’lles gardent tout leur pertinence invention, car on ne peut pas exploiter le patrimoine sans le nourri et sans l’enrichir. » Ceci pase d’une part par des talents confirmés qui ont souvent marqués l’histoire de cette maison ; et d’autre part, de jeunes artistes prometteurs, issus d’univers et d’horizons différents, qui trouvent à l’Opéra de Lyon, l’espace idéal pour développer leur pratique et leur talent. Photo © Francella Stofleth.

Opéras

* Berlioz et son Faust, assoiffé de liberté jusqu’à en brûler
* Offenbach et Le Roi Carotte, parodie joyeuse et féroce de l’arbitraire du pouvoir
* Lady Macbeth de Mzensk et la liberté du désir
* Iolanta et Perséphone : le passage des ténèbres à la lumière, de la nuit de l’asservissement «au soleil de la liberté»
* L’Enlèvement au sérail : un hymne à la liberté, à la tolérance, à la bienveillance – en un mot à l’humanité.
* Notre festival annuel permettra de découvrir, en alternance, La Juive, Benjamin dernière nuit, L’Empereur d’Atlantis et Brundibár
* La Juive de Halévy, une grande œuvre sur la violence de tous les intégrismes et la liberté de la foi.
* Dans Benjamin dernière nuit, Michel Tabachnik et Régis Debray retracent un fragment de vie et les derniers moments de Walter Benjamin, ce grand penseur, écrivain, philosophe.
* Hans Krása et Viktor Ullmann sont les compositeurs de Brundibár et de L’Empereur d’Atlantis : la barbarie a détruit leur vie, mais pas leur voix que nous entendons et écoutons – ô combien – encore aujourd’hui. Un festival Pour l’humanité.

Metteurs en scène

On les retrouve. Peter Sellars. David Marton. Laurent Pelly. Olivier Py. Jean Lacornerie. Dmitri Tcherniakov. Wajdi Mouawad. Dominique Pitoiset et Jeanne Candel.

Chefs d’orchestre

Cette nouvelle saison est la huitième de Kazushi Ono à l’Opéra de Lyon. Pour la première fois à l’Opéra de Lyon : le charismatique directeur de l’Opéra de Perm, Teodor Currentzis et le jeune et très prometteur Victor Aviat. Evelino Pidò. Bernhard Kontarsky. Daniele Rustioni. Stefano Montanari.

opera studio 250stoflethDanse

Les danseuses et les danseurs de la compagnie nous offrent des pièces de grands classiques du XX°s. dont – et c’est une première – celles de Roland Petit – et aussi Lucinda Childs, Merce Cunningham, Jiří Kylián et des œuvres de jeunes créateurs : Emanuel Gat, Rachid Ouramdane et Tânia Carvalho. Photo © Franchella Stofleth.

Concerts

Orchestre Opera de Lyon_Kazushi Ono_Repetition Wagner

L’Orchestre passe de la fosse à la scène et la Maîtrise de la scène au podium, les musiciens de l’Orchestre se font chambristes au Grand Studio du Ballet. Comme tous les ans, nous mettons en lumière la voix humaine en retrouvant Anna Caterina Antonacci, Ann Petersen, Sabine Devieilhe, Natalie Dessay et Ian Bostridge. Au pupitre, outre Kazushi Ono, nous retrouverons Stefano Montanari et Emmanuel Krivine. Hartmut Haenchen, un des grands chefs allemands, dirigera pour la première fois à l’Opéra de Lyon un programme Strauss et Wagner, première étape d’un partenariat à venir dans ce répertoire. © Jean-Pierre Maurin.