Une sélection des meilleurs spectacles et expositions des musées de la région lyonnaise

M u s i q u e

 

Avril / Mai / Juin

  • Avril

Canat de Chizy, R. Strauss, Mahler

Grand concerts de l'ONL. Camilla Tilling, soprano. Ilan Volkov,

direction. Orchestre national de Lyon.

Auditorium les 31 mars et le 2 avril

 

Mozart, Fauré, Enesco

Sonates pour violon et piano. Sarah Nemtanu, violon et Romain Descharmes, piano.
Salle Molière le 6 avril.

 

Beethoven, Bach, Schubert

Andreï Korobeïnikov. Concert Grands Interprètes. Auditorium le 6 avril.

Ciné-concert symphonique Le Chevalier à la Rose

Orchestre national de Lyon. Frak Strobel, direction. Institut Lumière les 11 et 12 avril.

 

Rossini

Petite Messe solennelle de Rossini. Solistes de Lyon-Bernard Tétu. Cédric Tiberghien. Joris Verdin, harmonium. Auditorium le 14 avril.

 

Liszt, Schubert, Schumann

Brigitte Engerer. Une des plus grandes pianistes actuelles. Salle Molière le 15 avril.

 

De Bach à Scarlatti

Ou l'art baroque vocal par excellence. Sonate, Stabat Mater, Schmüke..., Motet.
Le Concert de l'Hostel Dieu et ensemble instrumental Heather Newshouse...
Eglise Saint Bruno les 17, 19 et 20 avril.

Bach, Passion selon Saint-Jean

Orchestre invité. Orchestre et Choeurs baroques d'Amsterdam. Marlis Petersen, soprano. Maarten Engeltjes, alto, Tilman Lichdi, ténor. Klaus Meertens, basse.
Ton Koopman, direction. Auditorium le 21 avril

 

  • Mai

Schumann, Brahms

Grand concert. Introduction et Allegro de Schumann Sérénade n°2 de Brahms. Symphonie n°4 de Schumann. Christian Zacharias, piano et direction
Orchestre national de Lyon les 12 et 14 mai

 

Boyce, Mendelssohn, Babel, Bach, Schumann, Corrette

Bernard Soustrot, trompette et Jean Dekyndt, orgue.

Ecully Musical. Eglise Saint Blaise le 12 mai.

 

Arvo Pärt

Te Deum, Thomas Tallis, Vaugham Williams. Direction musicale Alan Woodbridge.

Orchestre et Choeurs de l'Opéra de Lyon. Eglise Sainte-Bonnaventure le 15 mai

Poulenc, Bartok

Grand concert. Concerto pour deux pianos de Poulenc et Le Prince de bois ballet de Bartok. Katia et Marielle Labèque, piano. Juanjo Mena, direction.
Orchestre national de Lyon les 19 et 21 mai

 

Strauss, Rota

Musique de chambre. Till Eulensiegel de Strauss et Nonnette de N. Rota. Musiciens de l'ONL.
Salle Molière le dimanche 22 à 11 h

 

Les mains d'Orlac (Wiene)

Ciné-concert. Thierry Escaich, improvisation à l'orgue.
Orchestre national de Lyon à l'Institut Lumière le 24 mai

 

Les frasques du Capitaine Golif

Chansons de marins et airs traditionnels de l'Ancien et du Nouveau Monde. Truculent, coloré, impertinent. Franck-Emmanuel Comte, direction. Le Concert de l'Hostel Dieu et la Cie Opéra-Théâtre. Salle Sainte Hélène le 24 mai.

Debussy, Lalo, Ravel

Grand concert. Suite bergamesque de Debussy, symphonie espagnole de Lalo, rhapsodie espagnole et boléro de Ravel. Renaud Capuçon violon, Jun Märkl direction et avant dernier concert.
Orchestre national de Lyon les 26, 28 et 29 mai

 

Strauss, Mozart

Musique de chambre. Sextuor et Métamorphoses de Strauss et Quintettte à cordes de Mozart. Musiciens de l'ONL. Ainsi, avec ce 17ème concert se termine le Parcours Strauss, qui fût l'un des deux fils rouge de la dernière saison de Jun Märkl.
Salle Molière le dimanche 29 à 11 h

  • Juin

Stravinsky, Mozart, Saint-Saëns

Grand concert. L'oiseau de feu de Stravinsky. Concerto pour piano de Mozart. Symhonie n°3 de Saint Saens. Yu Kosugo, piano, Vincent Warnier, orgue, Jun Märkl direction, pour son dernier concert à la tête de  l'Orchestre national de Lyon.
Orchestre national de Lyon le 3 juin

 

Mondonville, Grands Motets

Tricentenaire d'un génie des provinces. J-J Cassanéa de Mondonville est violoniste virtuose et compositeur essentiel du XVII° s. Le Concert de l'Hostel Dieu Franck Emmanuel Comte, direction. Photo © Gérard Bailly-Maitre

" Grands Motets, grand bonheur ! Le sanctuaire Saint-Bonaventure est sombre, resté d'époque. Austère, mais beau, il mériterait d'être restauré. Seul le choeur est éclairé. Les chanteurs et musiciens sont dans un halo de lumière; créant ainsi une atmosphère exaltant la sensibilité des artistes et l'émotion des spectateurs. Ce concert à base de motets, une forme musicale française, des 17° et 18°s. est une réussite. Franck-Emmanuel Comte a su donner l'élan et le bon tempo à la cinquantaine de chanteurs, musiciens et solistes présents. Les voix sonnent fort et clair. Le résultat est très professionnel, digne des meilleurs ensembles baroques européens. Et les spectateurs sont conquis. JPD".. Sanctuaire Saint-Bonaventure les 7 et 8 juin.

 

Requiem de Gouvy, Peer Gynt

L'ensemble Choeur et Orchestre 19 présentera le Requiem de Gouvy et en 1ère partie les suites n°1 et 2 de Peer Gynt le compositeur norvégien Grieg. Gouvy est un grand compositeur à découvrir. Un européen précurseur et son requiem est envoûtant. Paradoxalement français de coeur, mais prussien de naissance (le redécoupage de l’Europe lors du traité de Vienne en avait décidé ainsi), ce musicien lorrain ne devient citoyen français qu’à 32 ans. L’identité culturelle de Gouvy est double et va faire de cet artiste lettré, en relation avec les foyers musicaux les plus actifs de son temps, la figure exemplaire d’un «passeur» entre les cultures musicales française et allemande.
Choeur et Orchestre 19. Basilique de Fourvière les 15 et 17 juin

 

Le Seigneur des Anneaux.

"Les deux tours"

Ciné-concert exceptionnel (2e volet de la célèbre trilogie) Orchestre national de Lyon. Chœurs de Lyon-Bernard Tétu. Maîtrise de la Primatiale Saint-Jean. Ludwig Wicki, direction. Auditorium Jeudi 23 juin 2011 19h30. Vendredi 24 juin 2011 19h30. Samedi 25 juin 2011 18h00 (complet). Lundi 27 juin 2011 19h30. Mardi 28 juin 2011 19h30

 

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  • La chronique du musicologue Patrick Favre-Tissot

Printemps 2011 : Un lent dégel…

« Le véritable progrès démocratique
n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule,
mais d’élever la foule vers l’élite ».
Gustave Le Bon (Hier & demain – 1918)

I – Les Grands concerts de l’Orchestre National de Lyon

Pärt / Prokofiev / Rachmaninov (25 Mars) : une chaleur communicative

Précision millimétrique. Rarement affichées à Lyon, les œuvres d’Arvo Pärt méritent l’attention. Conçue en 1971, la 3ème Symphonie marque un virage dans les conceptions esthétiques du compositeur estonien, de plus en plus dubitatif face aux impasses du sérialisme. Il faut reconnaître qu’il s’y passe toujours quelque chose d’intéressant, certaines portions s’avérant même captivantes. Kristjan Järvi dirige avec passion cette partition dédiée à son père, Neeme. Sa précision millimétrique vainc les obstacles alignés dans un discours procédant par segments antagonistes.

Diabolique exactitude. Non moins passionnante, l’interprétation de Lang Lang pour le 3ème Concerto en Ut Majeur Opus 26 de Prokofiev. C’est vivifiant, à la fois énergique et d’une diabolique exactitude, mais toujours frais. En outre, le pianiste chinois est capable d’une délicatesse de toucher propice à révéler les arcanes de certaines pages du mouvement initial comme le jeu perlé indissociable de l’introduction de l’Andantino. Dans le long épisode à variations, il s’affirme souverain de maîtrise, passant avec une aisance confondante de l’énergie la plus extravertie (mais toujours souverainement contrôlée – cela se voit !) à l’intimisme d’une miniature délicate. Chez Lang Lang, à l’image d’une Hillary Hahn, nous observons de surcroît avec plaisir la communication établie avec ses partenaires de l’orchestre et un chef avisé. Il n’est finalement pas si fréquent de voir les trois composantes à ce point en consonance. C’est d’autant plus admirable quand on sait combien – changeant constamment de climat – le compositeur n’a pas facilité la tâche des interprètes. L’Allegro ma non troppo final, volcanique, s’avère, à ce titre, être l’indispensable rencontre au sommet d’acrobates de grande classe. Au terme de ce parcours, une légitime interrogation s’impose : artiste controversé, Lang Lang – dans notre confrérie – a autant d’admirateurs que de détracteurs. Qu’est-ce qui peut donc tant indisposer ces derniers ? Serait-ce son extraversion physique ? (étant donné que, pour le résultat sonore, nous cherchons vainement quoi lui reprocher). Dans l’affirmative, il faut croire que ses adversaires sont vraiment pisse-froids, car ne pas succomber à cette chaleur communicative relève de l’exploit… ou de l’insensibilité pure et simple ! © Cami Music.

 

Kristjan Järvi toujours charismatique


Les concerts de musiques américaines en décembre 2009 avaient révélé l’adéquation de Kristjan Järvi avec les partitions de style chorégraphique. Sa direction des Danses symphoniques Opus 45 de Rachmaninov nous le confirme. Toujours charismatique, le chef estonien met toute sa fougue au service d’une expressivité des plus appréciables. Tout cela sonne vivant et dynamique au possible sans que la finesse soit exclue ; il faut entendre le colloque de la petite harmonie avec le saxophone ! Soignant la courbe et la contrecourbe autant que la sensualité de la ligne, cet homme débordant d’énergie dirige avec la totalité de son corps dans un ballet des plus élégants. On ne s’en lasse pas ! © Peter Rigaud.


Canat de Chizy / Strauss / Mahler (31 Mars) : un parcours inégal

Des effets attractifs inédits. Compositeur en résidence de l’ONL depuis septembre dernier, Edith Canat de Chizy propose en création mondiale Pierre d’éclair d’après René Char. Nous relevons des effets attractifs, inédits pour certains et qui nécessiteraient une lecture du conducteur pour comprendre comment ils sont construits tant le résultat est insolite. Certaines parties solistes sont fort exigeantes (en particulier un terrifiant solo de clarinette). Si l’usage intensif des pupitres de percussions et de glissandi peut être diversement apprécié, d’autres éléments constitutifs – comme les fréquents ostinati – s’avèrent plus communs à la longue. Ilan Volkov dirige avec conviction et ardeur, sans toutefois dissiper une étrange sensation de collage façon puzzle.

Luxuriance opportunément déployée. Des juxtapositions peuvent être involontairement cruelles. Ainsi, la Fantaisie sur La Femme sans ombre de Richard Strauss est-elle de nature à tout faire pâlir autour d’elle. Dans la mesure où l’Opéra de Lyon, handicapé par une fosse exigüe incapable d’accueillir 125 instrumentistes [merci au Sieur Nouvel et à toute la clique d’inconséquents qui étaient censés l’encadrer lors de la reconstruction !] ne pourra jamais représenter dignement Die Frau ohne Schatten, l’ONL nous offre un lot de consolation avec cette suite symphonique tirée du plus titanesque et complexe opéra de Strauss (une mention pour le très bon et limpide texte de présentation de Mathilde Serraille). Comment Volkov ne pourrait appréhender de diriger ce monument, même dans cette mouture "digest" (de 18’ seulement contre les 3 heures de la V.O) ? Pourtant, dès l’énoncé du Leitmotiv initial de Keikobad, il assume sa tâche avec une sûreté, une bravoure et une audace admirables. Toute la luxuriance opportunément déployée n’en rend que plus frustrants les raccourcis d’une version allégée qui aura au moins le mérite d’inciter le public lyonnais à aller entendre l’intégrale… à condition de voyager ! © Franck Fleury.

Une approche plus analytique que synthétique. Sans doute légitimement éprouvé par la première partie de son programme, Volkov a du mal à entrer dans la 4ème Symphonie de Mahler. Le parcours est inégal dans le 1er mouvement, excessivement retenu, en tempo comme en volume. Quelques maniérismes (traits parfois saccadés à l’excès des cordes), des attaques heurtées, se conjuguent avec un excès d’analyse rappelant les mauvais côtés de feu Giuseppe Sinopoli (fait révélateur : la durée totale d’exécution – 57’38’’ – rejoint le peloton de tête des plus lentes de la discographie). A ce jeu, la plus aérée autant qu’aisément abordable des symphonies de Mahler peine à trouver son assise. Dans un premier temps, elle ne doit de soutenir l’attention qu’aux prestations saillantes de certains solistes (superbe Giovanni Radivo !). Le détail est soigné mais l’architecture d’ensemble est perdue de vue. Ce malaise – dût à une approche plus analytique que synthétique – se dissipe progressivement. Les raideurs s’estompent. Volkov se détend, ce que confirme le 2ème mouvement. Le ton est trouvé, avec la dose nécessaire de sarcastique. L’affermissement est encore plus net dans le 3ème (Ruhevoll) qui rejoint les interprétations légendaires (un sommet !). L’émotion éprouvée perdure à parts égales avec le finale où l’excellente soprano suédoise Camilla Tilling vient couronner l’édifice avec grâce dans une vision idoine, tout sauf sophistiquée, comme de juste ! © Anna Hult.


Poulenc / Bartók (19 Mai) : l’audace du programme

Panthères noires à leurs claviers ! Le seul nom des sœurs Labèque ne suffirait-il plus à faire recette ? Ou bien serait-ce l’audace (toute relative) du programme ? Quoi qu’il en soit, il est étonnant de voir notre Auditorium aussi clairsemé ce soir et c’est fort dommage. Toujours agréables à regarder, nos deux pianistes glissent telles des panthères noires à leurs claviers. Le brio, la précision, la facilité légendaires sont au rendez-vous. En revanche, l’aspect visuel confirme les impressions positives de leur Mendelssohn automnal de 2008 : à savoir que la gestique "numéro de cirque" d’il y a vingt ans s’est considérablement estompée. Le Concerto en ré mineur de Poulenc en bénéficie. Elles font corps avec la partition, sans esbroufe inconsidérée désormais. La conclusion de l’Allegro ma non troppo initial est divine et, si le Larghetto central gagnerait à être attaqué un soupçon moins vite, la musicalité demeure omniprésente. Les superbes sonorités pour un Finale pyrotechnique des plus exaltants se retrouvent dans les deux extraits de West side story de Bernstein donnés en bis (Jet song & Maria), fusion d’un magnétisme et d’une énergie formidablement canalisés. © Lacombe.

Savoir combattre les idées reçues. Partition déplorablement méconnue, Le Prince de bois de Bartók constitue pourtant le complément idéal au Mandarin merveilleux et il est étonnant que les programmateurs de ballets n’y songent pas comme à une évidence.
Disciple de Celibidache, Juanjo Mena affiche un beau parcours. Sa renommée est justifiée. Le chef domine son sujet et transfigure une partition sous-estimée jusqu’à la rendre passionnante. Certes, dans le détail, on relève quelques déséquilibres des plans, en particulier lorsque vents et percussions écrasent ponctuellement les cordes aiguës (peccadilles, ce nonobstant, au regard d’un travail d’ensemble aussi achevé). Expressif, pris par l’argument, le maestro s’abandonne à l’enivrement suscité par le flot sonore, jusqu’à se substituer à l’absence de chorégraphie, dansant, virevoltant avec une grâce que l’on ne soupçonnait pas initialement tant sa gestique paraissait alors banale. Apparemment, rien ne prédisposait cet artiste espagnol à révéler les arcanes du compositeur magyar. Comme quoi, la preuve est encore faite : il faut savoir combattre les idées reçues ! © BBC Philarmonic Sussie Ahlburg.

 

Debussy / Lalo / Ravel (26 Mai) : Edouard Lalo enfin à l’honneur !

Alléchant programme de musique française ce soir où – ô miracle – Debussy et Ravel ne phagocytent pas entièrement l’espace. De fait, après une Suite bergamasque (dans l’orchestration d’André Caplet & Gustave Cloez) où l’orchestre cultive ses affinités électives avec l’auteur de La Mer, Edouard Lalo est enfin à l’honneur. Faut-il déplorer que ce soit une nouvelle fois par le truchement de la sempiternelle Symphonie Espagnole – constituant, depuis plus de 30 ans, avec le Concerto pour violoncelle et l’Ouverture du Roi d’Ys les seules parcimonieuses excursions de l’ONL dans le pourtant vaste univers du compositeur Lillois – ? Assurément non lorsque l’interprétation sort de l’ordinaire, ce qui est le cas aujourd’hui.

La performance de Renaud Capuçon. Viril, fervent, optant pour des traits brillants conjugués à un phrasé d’un rare élégance, Renaud Capuçon fait corps avec une œuvre dont il maîtrise toutes les facettes, surpassant ses nombreux écueils. Le timbre somptueux de son Guarneri del Gesù fait le reste et subjugue l’assistance. C’est tout juste s’il lui manque un brin de fantaisie et de décontraction. Cela viendra avec l’âge, à n’en pas douter. Cette remarque vaut aussi pour Jun Märkl, en l’espèce. Parfois épaisse et lourde, sa phalange est chiche en soleil tant qu’en fluidité méditerranéenne. Pierre de touche de cet Opus 21, le Scherzando pourrait être pris un tantinet plus rapidement, ce qui serait possible moyennant davantage de transparence. En revanche, l’Intermezzo central est idéal et capiteux à souhait. Dans l’étourdissant rondo final, la performance du violoniste nous fait irrésistiblement penser qu’il servirait admirablement le Concerto Opus 20 ainsi que le Concerto Russe Opus 29. Mieux : et si au sortir de son intégrale Debussy, notre ONL s’attaquait à un travail encore inédit, à avoir une intégrale de l’œuvre orchestrale de Lalo ? Au disque, aucun label n’a jamais entrepris cette tâche à ce jour. Il ne serait pas trop tard pour combler cette aberrante lacune ! © Mat Hennek Virgin Classics.

Une vision tonique. Entièrement dévolue à Ravel, la seconde partie s’ouvre par une envoûtante Rapsodie Espagnole où Märkl se révèle bien plus idiomatique. Le répertoire français du début du XXème siècle lui conviendrait-il mieux ? Si oui, l’on se prend à rêver de ce qu’il pourrait réaliser dans Dukas ou Roussel par exemple. Suprêmement racée, son approche emporte l’adhésion. Sensation confirmée dans le Boléro où les miroitements de timbres sont ahurissants (en dépit d’une défaillance dont, charitablement, nous ne mentionnerons pas le responsable). Même s’il est permis de préférer la vision d’Emmanuelle Krivine autrefois, nous aimons cette vision tonique qui doit autant à une baguette de 1er ordre qu’à des instrumentistes impliqués et concentrés, soutenus par l’indispensable – l’unique ! – Michel Visse à la caisse claire.

Stravinsky / Mozart / Saint-Saëns (4 Juin) : les Adieux de Jun Märkl

Alors que nous sommes en plein week-end de l’Ascension, l’Auditorium est bondé. Si le programme est susceptible d’attirer la foule, une raison majeure préside à cette affluence : cette soirée marque les Adieux de Jun Märkl au terme de six années passées au poste de Directeur Musical de notre orchestre. Le bilan du Maître est brillant. Par sa présence, il a galvanisé une phalange qu’il avait trouvée dans une état médiocre à son arrivée. Outre qu’il lui a fait retrouver les voies d’une sonorité somptueuse (perdue après Emmanuel Krivine) il lui a redonné rien moins que son honneur et son rang international. Par son talent, par une programmation fine, intelligente, s’ouvrant aux raretés et chefs-d’œuvre méconnus du passé, par sa personnalité attachante (et non celle d’un habile communiquant démagogue comme son prédécesseur immédiat !) il est parvenu à conquérir un immense public qui lui est attaché par le cœur comme ce ne fut le cas pour aucun de ses devanciers.

Que de soirées exceptionnelles vécues depuis 2005 ! S’il y eut quelques concerts inégaux, jamais Märkl ne nous infligea un ratage et l’on peut se dire : que de soirées exceptionnelles vécues depuis 2005 ! Pratiquement toutes les écoles nationales auront été servies par cette baguette d’exception, dont la française – une intégrale Debussy chez Naxos en témoignera pour l’Éternité – au premier chef (on se souvient d’une Fantastique de Berlioz et d’une Turangalîla de Messiaen inspirées). Toutefois, c’est bien dans le répertoire germanique – au sens large – qu’il nous a laissé les plus inoubliables souvenirs. Permettez à l’auteur de ces lignes d’user (pour une fois) de subjectivité et de rappeler quelques grands moments privilégiés vécus ensemble : les poèmes symphoniques de Liszt ; la 3ème de Bruckner (où il dama le pion aux Wiener Philharmoniker eux-mêmes !), une IXème de Beethoven en communion avec le public pour le bis du finale ; une soirée Wagner où planait l’ombre de Sir Georg Solti ; une 3ème de Mahler titanesque ; le fabuleux voyage de Eine Alpensinfonie de Richard Strauss, enfin révélée dans sa plénitude en nos murs au même titre que la rare Genoveva de Schumann… et… s’il fallait n’en retenir qu’un ? Alors, sans hésiter, ce serait la miraculeuse soirée du 11 octobre 2008 où la monumentale Symphonie N° 2 "Lobgesang" de Mendelssohn accédait enfin au statut de chef-d’œuvre, tout simplement parce que notre Maestro l’empoignait avec une conviction exceptionnelle, nous offrant une interprétation historique où le frisson passa comme jamais dans la salle. De ces moments où l’on accepterait sereinement la venue de la mort après la dernière mesure, parce que l’on a perçu comme une vision de l’au-delà, bien peu d’artistes sont capables. Jun Märkl l’a fait et plus d’une fois !
Bien sûr, de telles émotions il aurait pu – en interprète idéal des grandes fresques – nous en donner encore bien d’autres et l’on regrettera toujours qu’il n’ai point dirigé devant nous trois partitions bien précises : Roméo & Juliette de Berlioz, la 8ème Symphonie "des Mille" de Mahler et le Concerto pour piano géant de Busoni. Il est fait pour elles et il les abordera sans doute un jour… ailleurs. © Reinhardt Brenz.

Ce concert se déroule dans un climat très particulier
Ces prolégomènes étaient indispensables pour comprendre combien ce concert se déroule dans un climat très particulier. Plutôt que d’être vainement tirée vers le futur, la 2de Suite de L’Oiseau de feu est très logiquement placée dans le prolongement direct de Rimski-Korsakov (dont Stravinsky fut l’élève comme le rappelle opportunément le texte signé par la toujours remarquable Mathilde Serraille). Notre ONL est superbe, d’une précision de premier ordre, aussi rutilant que la plus précieuse des miniatures de Palekh. Pour la première fois de notre vie cette étincelante partition nous émeut.
Curieuses options : Le 20ème Concerto en ré mineur KV466 de Mozart est servi par un effectif consistant de cordes alors que Benoît Cambreling passe aux petites timbales avec baguettes bois. On retrouve un style façon Karl Böhm mais sans aucune lourdeur. Les violons, en particulier, sont comme en apesanteur. La pianiste japonaise Yu Kosuge a soulevé bien des débats chez les mélomanes, tout en s’attirant les foudres d’une certaine demi critique (il en existe, comme des demi cultures… ). Essayons de résumer : doigté léger, touché délicat, elle possède indéniablement son texte et affiche autant de netteté que de minutie. Techniquement, le résultat est incontestable. Pour ce qui est de la chaleur, c’est une autre histoire. Contrairement à ce qui a été dit (et écrit) les nuances sont respectées ; mais à la lettre, sans leur faire exprimer une véritable ferveur. L’esprit n’y est pas. Ainsi, l’ineffable 2ème mouvement peine à décoller et affiche une curieuse froideur distante. Alors : méforme ou bien excès de réserve ? Difficile de trancher d’autant que cette approche en dents de scie sur le plan de l’émotion évoque des précédents illustres (Mitsuko Uchida entre autres). La réponse ne résiderait-elle pas dans l’adéquation au répertoire classique ? Il n’y a pas besoin d’être un grand expert pour saisir que Madame Yu Kosuge aurait beaucoup plus à dire dans Bartók, Prokofiev ou Chostakovitch. Quoi qu’il en soit, le contraste est surprenant avec Märkl qui n’hésite pas à dramatiser le propos, en particulier dans l’Allegro initial où il octroie un relief inusité à certains motifs qui n’ont jamais – avant ce soir – paru contenir des échos diffus d’Idoménée aussi évidents. © Kosuge Motiv DR.

Où l’on atteint l’égrégore… Le frisson passe davantage dans la Symphonie N°3 de Camille Saint-Saëns. Jun Märkl souhaitait pour son ultime prestation lyonnaise une œuvre avec orgue. Le choix est opportun puisqu’il permet à Vincent Warnier de mettre somptueusement en valeur le colossal Cavaillé-Coll du Trocadéro que l’Auditorium recueillit dès son ouverture en 1975. Choix idoine aussi, dans la mesure où Saint-Saëns dédia cette formidable partition à la mémoire de Franz Liszt dont nous célébrons, en cette année 2011, le bicentenaire de la naissance. A partir de l’introduction lente initiale c’est l’extase. L’interprétation est vive (les tempi sont soutenus, parmi les plus rapides), frémissante, puissante, incisive, musclée, fougueuse, véhémente avec un zeste de sauvagerie même. Le caractère cyclique de l’œuvre est bien compris par Märkl qui conduit en architecte des sons. Inutile de détailler les interventions de chaque soliste ou groupe instrumental tant la symbiose est parfaite. La fusion avec l’assistance aussi et l’on atteint l’égrégore. © Jean-Marie Périer.
Une standing ovation ponctuée d’acclamations comme nous n’en avions jamais entendues en ces lieux en 35 ans salue les exécutants. Après un discours des plus émouvants, Jun Märkl et ses musiciens nous offrent deux Bis touchants, incitant à acquérir leur intégrale Debussy, en particulier un Clair de Lune dans l’orchestration de Caplet à vous faire fondre.

 

Aujourd’hui Jun Märkl quitte l’ONL… amis mélomanes, pleurez en silence !


En 2002 – le 28 novembre pour être précis – votre serviteur assistait à un concert de l’ONL avec, à l’affiche, des œuvres de Wagner, Halévy et Brahms/Schoenberg (peut-être, amis lecteurs, y étiez vous également ?). Dans le Bulletin de liaison de l’Association Nationale Hector Berlioz il écrivait notamment alors : « Le flamboyant jeune chef d’orchestre allemand Jun Märkl a transfiguré notre phalange, dont les excellents instrumentistes l’ont vigoureusement fêté en fin de soirée. Il semblerait que l’on cherche un successeur à David Robertson ? Pour notre part, le choix est fait ! Bien que nous soyons, traditionnellement, plutôt avares en pronostics, nous pensons que Jun Märkl a tout pour devenir une des stars internationales de la direction d’orchestre… rendez-vous […] dans dix ans ! ». C’est désormais chose faite. Prenons un nouveau rendez-vous : dix années encore et Monsieur Märkl sera l’équivalent d’un Claudio Abbado au même âge, soit un humble autant que magistral serviteur de l’art musical. Aujourd’hui Jun Märkl quitte la direction de l’ONL… amis mélomanes, pleurez en silence !
Edvard Grieg écrivait en 1904 : « On doit d’abord être une personne humaine. Tout art authentique ne peut croître qu’à partir de ce qui est véritablement humain ». Cette humanité, Herr Kapellmeister, est aussi la vôtre. Saison après saison vous nous avez appris ce qu’est l’humanité chez un chef d’orchestre. Aussi, nous vous disons : « Tausend Dank und Leb wohl ! » – Ou, plutôt : « Auf wiedersehen …! ». © Niko Rodamel Concerts 57.

II – Série "Orchestres invités"

Orchestre & Choeurs Baroques d’Amsterdam (21 Avril) : une émotion intermittente

Effectifs réduits (21 instrumentistes, autant de choristes), vision baroqueuse à souhait, on en attendait pas moins de Ton Koopman pour cette Passion selon Saint Jean de Bach. Sans surprise, les tempi sont rapides : 106’ au total ; le record d’Harnoncourt est battu de 4’ ! Le volume sonore est ténu mais suffisant. Plus surprenant, le caractère "fondu" du son, y compris vocal, puisque les différents pupitres du chœur n’arborent pas une différenciation très accusée.
Hormis ces considérations purement formelles, que retient-on de cette prestation ? D’abord que les voix ont un peu tendance à couvrir l’ensemble instrumental. Tant mieux quelquefois (!), dans la mesure où certains solistes peinent à tenir la distance, manquent de lié et soutiennent mal le son (c’est parfois laborieux, surtout côté cordes…). Ensuite, que Koopman n’affiche heureusement pas avec Bach les maniérismes qui affectent certaines de ses approches mozartiennes (spécialement le Requiem ). Il est à son meilleur dans les scènes de "turba" ici restituées avec un relief exceptionnel. Hélas, le discours n’a guère de souffle sur le long terme, ce qui génère une émotion intermittente. © DR.

Tilman Lichdi, évangéliste enthousiasmant. Il faut hélas déchanter côté solistes vocaux. Exceptons l’évangéliste enthousiasmant de Tilman Lichdi : voix haute et claire, égale dans toute la tessiture, projetant bien, possédant un contrôle du souffle impressionnant, du mordant, de l’expressivité sans oublier un art de la vocalisation serrée digne d’un Rockwell Blake. Un ténor à suivre ! Un cran bien en dessous, la soprano Marlis Petersen assure néanmoins sa partie avec dignité. Elle peut même atteindre des pics de grâce comme des éclairs de génie dans ses élans de douloureuse fragilité, ce dès son Ich folge dir où l’on reconnaît les vertus d’une élève de Sylvia Geszty. En revanche, Klaus Mertens ne parvient pas à s’imposer en Jésus. Sa voix de basse terne et fatiguée est, de surcroît, lestée par une triste monotonie au niveau des intentions dramatiques que les libertés prises avec la partition (rajout de gruppetti çà et là) n’arrangent pas. Enfin, assurant la partie d’alto, le contre-ténor Maarten Engeltjes "passe" fort mal au 1er balcon d’où seul son registre supérieur nous parvient à peu près intact. Le médium et le grave demeurent sourds (les sols graves sont carrément inaudibles !) et la technique prosaïque.
Outre la découverte d’un chanteur d’exception, la source principale de satisfaction consiste à renouer avec une tradition abandonnée céans depuis des lustres, à savoir : exécuter une Passion de Bach pour le temps pascal. C’est appréciable et apprécié.


III – Série "Les grands interprètes"

Récital Grigory Sokolov (13 Mai) : un modeste Titan

Le hasard a fait que votre serviteur n’avait jamais entendu sur le vif le pianiste Grigory Sokolov avant ce soir. Certes, bien mieux que le disque, quelques retransmissions télévisuelles lui avaient donné un avant-goût de ce qui l’attendait. Pourtant, rien ne remplace le direct s’agissant d’un artiste dégageant un magnétisme tel qu’il est entouré d’une aura de légende. L’entendre en récital est effectivement une expérience unique. Sa silhouette sans grâce, débonnaire, sa démarche furtive tout comme son apparente indifférence à ce qui l’entoure cache en réalité un volcan prêt à entrer en éruption.

L’art de capter en quelques mesures l’attention de l’auditoire. Rares sont les artistes à vous communiquer cette étrange impression : sembler faire de cette masse inerte qu’est un piano de concert un organisme vivant qui chante sous leurs doigts ! Ne parlons même pas de la virtuosité, tant agilité et dextérité sont ici superlatives. Sokolov connaît, en outre, l’art de capter en quelques mesures l’attention de son auditoire. Les œuvres de Bach programmées en 1ère partie captivent d’emblée (et Dieu sait si nous sommes instinctivement rétif à l’idée de les entendre au piano). Ainsi le Concerto dans le goût italien BWV 831 est-il plus vivant que jamais. Il en va de même pour l’Ouverture dans le style français BWV 831, pas désincarnée pour deux sous comme dans tant d’interprétations privées d’âme qu’on nous impose traditionnellement. Bientôt, les questions fusent autour de nous : mais combien de mains a-t-il ? Comment fait-il pour soutenir le tempo sans jamais faiblir ? Pour notre part, certaines vertus vont nous subjuguer : la palette de couleurs est une des plus vaste jamais rencontrée. Les désinences paraissent innombrables. Ponctuellement, il parvient à restituer le timbre d’un clavecin (les trilles !). La moindre note est habitée par sa phénoménale interprétation, au point que nous avons instinctivement songé à cette réflexion de Goethe à propos de Beethoven : « Je n’ai jamais vu un artiste plus concentré, plus intérieur ! ». Elle pourrait tout aussi bien s’appliquer à ce modeste Titan qu’est Monsieur Sokolov. © Brigitte Hiss.

La justesse le dispute à la limpidité du discours. Prolongeant agréablement les célébrations de la défunte année Schumann, le pianiste russe ne choisit pas la banalité. Dans la célèbre (mais, somme toute, parcimonieusement programmée) Humoreske Opus 20, il trouve des sonorités inusitées. Jamais prise en défaut, la justesse le dispute à la limpidité du discours autant qu’à la parfaite lisibilité des plans sonores. Là encore, jamais l’on ne décèle point de ces enrobages brumeux servant de cache-misère aux approximations, si fréquents chez nombre de ses confrères. Au lieu de cela, nous entendons un Schumann touchant, plein de fantaisie, sensible et constamment intègre malgré le choix de tempi globalement assez modérés. Ces sensations sont confirmées avec l’audition des Quatre Pièces Opus 32. Rares au concert, ces miniatures sont traitées avec toute la délicatesse requise. Grigory Sokolov en révèle toute les facettes jusqu’à la courte et énigmatique Fughetta terminale.
Généreux – comme à son habitude – le virtuose slave offre à son public enthousiaste rien moins que 6 bis ! Au terme de ce fabuleux itinéraire, la seule critique – toute relative – que nous émettrons concerne le programme de salle : pourquoi diantre la signature de l’auteur des textes (remarquables et très documentés) n’apparaît – sauf erreur – nulle part ? Voilà une carence à laquelle il sera indispensable de pallier dès la rentrée prochaine, pour une saison qui s’annonce brillante.

IV – Série "Ciné-Concerts"

Le Seigneur des Anneaux, IIème Partie (28 Juin) : un spectacle total

Nous l’appelions de nos vœux il y un an tant nous fumes enthousiasmés, c’est maintenant chose faite. Porté par la musique puissamment évocatrice d’Howard Shore le 2ème volet – Les Deux tours – de la saga filmique de Peter Jackson fait escale à Lyon.

Expérience unique
Rappelons qu’il ne s’agit pas d’une traditionnelle projection en V.O des films monumentaux illustrant l’univers fantastique de Tolkien. C’est une expérience unique qui nous est proposée, un spectacle total, avec, pour la partie musicale, une exécution dévolue à des interprètes présents sur le plateau tandis que le film défile sur un écran géant. Comme en 2010, l’énorme orchestre envahit la vaste scène de l’Auditorium (qui paraît presque petite pour le coup !). Les Chœurs de Lyon-Bernard Tétu retrouvent leur position côté jardin et la Maîtrise de la Primatiale Saint-Jean la sienne, côté cour.

Les chœurs féminins méritent

un hommage appuyé
Nous avions déjà dit l’exploit consistant à isoler la piste de la bande-son pour la remplacer par une musique interprétée en "live", impliquant une précision millimétrique. La performance technique laisse toujours pantois et l’on est toujours admiratif devant la performance de Ludwig Wicki. En revanche, ce brillant chef d’orchestre spécialiste de cette musique a, cette fois, plus de mal à doser le niveau sonore. A plus d’une reprise ce dernier est excessif et couvre les dialogues du film. Certes, cela n’est pas trop dérangeant dans la mesure où les sous-titres pallient à ce phénomène mais demeure troublant dans la mesure où, l’an passé, la balance était irréprochable. En fait, nous avons l’impression très nette que tous les instrumentistes de l’ONL se font plaisir et "se lâchent" dans cette partition exigeante et inspirée, ne masquant pas ses références à Wagner, Stravinsky, Bruckner ou Orff. Nous percevons aussi combien tous les exécutants mettent autant de cœur que de ferveur dans cette ambitieuse entreprise.

Si la cantatrice Ann de Resnais ne fait pas regretter Kaitlyn Lus, ce soir, ce sont les chœurs féminins qui méritent un hommage appuyé. Leur partie est consistante et redoutable dans ce 2d volet, l’écriture ne les ménageant pas dans les nombreuses circonstances où le compositeur recherche l’effet. © DR

Voyager dans un autre monde…
Nous savons d’ores et déjà que cette fabuleuse Trilogie sera complétée, dans les mêmes conditions, au début de l’été 2012 (cinq représentations entre les 5 et 11 juillet) avec le dernier volet Le Retour du roi. C’est une perspective qui réjouit un public nombreux, transporté jusqu’à l’euphorie par ce fascinant défi où la sensation de voyager dans un autre monde se double d’un puissant sentiment de plénitude. Voilà la preuve formelle que le cinéma peut, dans ces conditions, être aussi un art vivant et ne pas se limiter aux matières inertes d’un écran et d’une pellicule.

Opéra de Lyon

Luisa Miller de Verdi (27 Avril 2011) : Le triomphe mérité d’Ermonela Jaho

A Lyon, Luisa Miller fut somptueusement servie en 1988. C’était à l’Auditorium Maurice Ravel, alors que l’opéra jouait "hors les murs". La mise en scène sobre mais peu inventive de Jacques Lassalle s’effaçait devant la distribution "format Metropolitan Opera de New York" dirigée par Maurizio Arena : June Anderson, Taro Ichihara, Eduard Tumagian, Paul Plishka, Susanna Anselmi et Romuald Tesarowicz… excusez du peu ! Un énigme demeure : on se demande comment la direction de l’époque (qui affirmait haut et fort « détester le vedettariat ») avait bien pu parvenir à "commettre" un casting aussi royal ?

David Alden n’a que bien peu à dire. Vingt-trois ans plus tard, l’œuvre reparaît à l’affiche et l’on comprend combien la tâche est rude pour une nouvelle équipe, fatalement amenée à lutter avec les fantômes du passé. Pour la mise en scène en tout cas, c’est raté. David Alden n’a que bien peu à dire, ne s’embarrasse pas de subtilités et trahit souvent l’œuvre. Il transpose (non !?! encore … !?!) l’action au XIXe siècle finissant, ce qui n’apporte strictement rien et tendrait plutôt à appauvrir la logique comme les ressorts de l’intrigue. L’embourgeoisement de la morgue aristocratique du Comte Walter est à ce titre un contresens de taille. Le décor est sinistre. On a droit à l’intérieur d’un hangar (ou d’un entrepôt ?) où Luisa est surprise au saut du lit. D’ailleurs, la frontière entre réalité et onirisme n’est pas clairement définie, ce tout au long de la soirée. La direction d’acteurs est soit inintéressante, soit inexistante, quand elle n’est pas tout simplement grotesque (la gestique mécanique des chœurs… !). Le sommet est ici atteint dans le duo entre Rodolfo et la Duchesse Federica où le huis clos est refusé à leur douloureuse confrontation pour devenir une scène de bal collective complètement hors de propos ! Cette présence récurrente de personnages qui n’ont rien à faire dans certaines scènes devient même un tic parfaitement incongru, surtout à l’Acte I encombré de chorégraphies parasitaires. En outre, les caractères des différents protagonistes ne sont pas dépeints avec la sagacité indispensable. Un exemple ? A ce jeu, Wurm devient caricatural, du genre : « Regardez, c’est moi le gros vilain traître ! ». Quelquefois, l’on est pas loin de la version de concert (ce serait, au fond, préférable !) comme dans le calamiteux Simon Boccanegra de Barcelone (signé José-Luis Gómez) présenté à Genève en septembre 2009. Ici, l’on se prend à penser qu’à cette aune les décors et costumes pourraient resservir dans n’importe quel contexte… Stiffelio au premier chef ! En somme, encore une "relecture" qui suinte la convention. Fort heureusement, la partie musicale nous réserve de vrais bonheurs. © Jean Louis Fernandez.

Une direction qui se distingue autant par sa personnalité que son énergie communicative. Outre aux chœurs d’Alan Woodbridge, toujours excellents, adressons de chaleureux compliments à Kazushi Ono. Une fois passés quelques problèmes d’équilibre sonore dans l’ouverture et le 1er tableau, le chef japonais emporte l’adhésion. Tirant de manière inattendue Luisa Miller en amont, vers Macbeth, plutôt que vers Traviata en aval, il insiste sur les régions graves de l’orchestre. A ce traitement insolite, l’œuvre acquiert une épaisseur et des couleurs pessimistes inédites. Cordes et cuivres sont de haute tenue. Seuls les bois sont inégaux – la clarinette de Jean-Michel Bertelli exceptée – ce qui vient opportunément nous rappeler que ceux du San Carlo de Naples (où fut créé cet opéra) étaient alors les meilleurs d’Italie. Cette réserve n’oblitère en rien une direction qui se distingue autant par sa personnalité que son énergie communicative. Son art de construire les ensembles en bénéficie le tout premier. En outre, à une ou deux reprises près, la partition est intégralement préservée ce qui est un bon point supplémentaire à l’actif du maestro. © Jean Louis Fernandez.

La distribution est disparate. La difficulté latente pour constituer de nos jours un plateau homogène dans un opéra de Verdi est démontrée une fois encore. La distribution est disparate. Ainsi, Adam Diegel pouvait faire illusion dans Froh de Rheingold à New York. Ténor demi-caractère plus que le lirico-spinto exigé, il expose dangereusement ses limites en Rodolfo. Il n’en possède ni l’aisance, ni la conduite souveraine de la ligne. Sa grande scène du II est révélatrice à ce titre : après un récitatif où il brûle toutes ses cartouches, son air « Quando le sere al placido » est terne, éteint, privé du rayonnement indispensable. Ensuite, la cabalette le montre de plus en plus durci et nasal, constamment à la limite de la rupture (dans ces conditions, il est heureux que la reprise en soit coupée). Pourtant, dans ce chant sur la corde raide, tout en force ou à l’arraché, subsiste quelque chose qui force la sympathie… voire la compassion, car l’on se dit qu’à ce régime ce sympathique chanteur ne durera guère. Riccardo Zanellato souffre lui aussi de limites cruelles en Comte Walter. Dans cette partie meurtrière de basse chantante (où il faudrait le Samuel Ramey de la grande époque) il s’avère dépassé par les exigences techniques. Le souffle est pauvre, la largeur insuffisante, et la tessiture fort longue le malmène impitoyablement (le sol bémol aigu est court, le registre grave manque d’assise). C’est dommage car, distribué dans un rôle à la mesure de ses moyens, cet artiste révélerait ses capacités. En face de lui le Wurm repoussant à souhait (il a rarement aussi bien porté son nom !) d’Alexey Tikhomirov distille un chant vénéneux mais avare en volume. Passons rapidement sur la plébéienne Duchesse Federica de Mariana Carnovali ; il est vrai que la relative brièveté du rôle n’a que rarement incité les directeurs à distribuer une contralto de premier plan.

Ermonela Jaho transfigurée. Ce soir, c’est la famille Miller qui sauve la mise et de quelle façon ! Le baryton Sebastian Catana est plus qu’efficace : prometteur. Certes le matériau gagnera à s’affiner, la technique à se perfectionner mais les moyens sont là, imposants. Ils lui permettent de surmonter crânement les difficultés de l’écriture y compris dans les fugitives survivances belcantistes que constituent les redoutables passages d’agilité. La projection est remarquable, la puissance naturelle et, si le timbre n’est guère séduisant, le sens du phrasé fait plaisir à entendre. Sa progéniture l’emporte néanmoins sur lui. Ermonela Jaho – dont la Violetta nous avait laissé de marbre en juin 2009 – est transfigurée et trouve en Luisa le rôle de sa vie ! Certes, le 1er Acte lui impose une audible crispation et ses notes piquées ne sont pas irréprochables. Mais passé ce cap, elle ne cesse de s’élever tout au long de la représentation vers un absolu rayonnement. La palette est profuse, la tessiture longue et homogène et l’on ne sait qu’admirer le plus entre des graves opulents et des aigus filés comme on n’en fait plus. Dans sa confrontation avec Wurm l’émotion croissante aboutit à une cabalette « A brani, a brani o perfido » à vous tirer les larmes, digne des plus grandes. Plus irradiante que Moffo, plus fragile que Suliotis, plus crédible que Caballé, plus saine que Ricciarelli, plus chaleureuse qu’Anderson, la cantatrice albanaise nous communique une émotion qui se fait de plus en plus rare sur nos scènes d’opéra. Le public ne s’y trompe pas, lui réservant au rideau final un triomphe mérité.

Tristan & Isolde de Wagner (22 Juin 2011) : Une fin de saison en apothéose

La représentation la plus aboutie qui soit
Rappelons une donnée incontournable : oser aujourd’hui Tristan & Isolde en espérant offrir une représentation seulement satisfaisante relève soit de l’inconscience soit de la franche témérité. Pourquoi ? Tout simplement parce que la distribution des deux rôles principaux pose des problèmes insurmontables, même aux plus grandes scènes internationales. Le montant des cachets n’est pas seul en cause. C’est d’abord une question de denrée rare sur le plan de l’adéquation vocale qui constitue la pierre d’achoppement. Actuellement, pour trois Isolde plausibles dans le monde (Sic !) aucun Tristan de premier ordre n’existe sur le marché. Vous me rétorqueriez « Mais, et Ben Heppner ? ». Je répondrais alors : Ben Heppner est un ténor héroïque, contraint depuis des années de monter au cran supérieur de ténor dramatique (typologie à laquelle appartiennent Siegfried et Tristan) pour pallier à l’absence de véritable titulaire, tout comme Wolfgang Windgassen (pour prendre un exemple connu) fut amené à le faire bien avant lui. Dans ces conditions, c’est sans grande conviction que votre serviteur se rendait à l’Opéra de Lyon. Or… l’impensable s’est produit, puisque nous avons assisté à la représentation la plus aboutie qui soit depuis plus de trente ans et avec une dizaine de productions à notre actif. © Stofleht.

La vie qui anime le plateau
Commençons précisément par la mise en scène. Cette fois-ci, Serge Dorny a fait preuve d’une excellente intuition en faisant appel à l’équipe de La Fura dels Baus autour de Àlex Ollé. Tout ce qu’ils font à l’opéra ces dernières années peut surprendre et donner lieu à discussion mais n’indiffère jamais. C’est encore le cas ce soir. La scénographie est d’une grande sobriété, misant sur le dépouillement. Une gigantesque demie-sphère occupe une partie du champ de vision, semblant revêtir des significations fluctuantes selon les actes : la pleine lune au I, le château du Roi Marke au II, celui de Tristan à Karéol au III. Une plateforme tournant insensiblement représente au I le pont du vaisseau sous un ciel constellé d’étoiles, tandis que d’admirables images de synthèse montrent les vagues menaçantes de la mer, suggérant le déplacement du navire. Ces images – adroitement combinées à de somptueux jeux de lumières signés Albert Faura – contribuent à animer l’ouvrage le plus statique de Wagner et aident beaucoup l’auditeur néophyte à passer l’épreuve. L’enchantement est presque identique au II, avec ces frondaisons figurées par d’autres projections, des éclairages subtils, créateurs d’ambiances variées autant que magiques. Si les effets de flammes sont peut-être superflus (il eût mieux valu jouer sur de simples déclinaisons de rouges) seule l’apparition (heureusement brève) d’un regard et de fissures lorsque les amants sont surpris sont sûrement de trop ou font pléonasme. Quelques détails sont critiquables, car hors sujet : une Isolde aux cheveux courts (!), qui vomit par dessus bord dès son entrée ; Tristan et Kurwenal en tenues quasi-contemporaines (là où les autres personnages sont habillés plus intemporellement) ; l’épée de Tristan devenue un vulgaire poignard ; les fusils de chasse se substituant aux armes médiévales (ce qui entraîne des coups de feu intempestifs) – [mais quand sortira-t-on enfin de cette obsession maladive de toujours nous ramener aux temps modernes ???] – …etc. Ce nonobstant, rien n’est foncièrement gênant, tant l’on est gâté par ailleurs en images superbes et par la vie qui anime le plateau. La direction d’acteurs est épatante, tout est contrôlé, on devine le moindre geste pesé, calculé (l’esprit Chéreau n’est pas loin) et pourtant, en même temps, tout demeure naturel. Cela bouge, jamais gratuitement, créant une sensation de constant renouvellement. © Stofleht.

Kirill Petrenko nous régale d’une direction exemplaire
Ces vertus scéniques se conjuguent à celles de la fosse. Après ses Tchaïkovski légendaires, Kirill Petrenko nous régale d’une direction exemplaire, ce qui est d’autant plus remarquable quand on sait qu’il n’avait encore jamais conduit cet ouvrage difficile entre tous. Si le prélude du I est pris opportunément très modéré (Rappel : Wagner indique Langsam = lent), dès le lever du rideau les tempi sont soutenus et le seront jusqu’à l’ultime mesure. Comme il a raison de ne pas alanguir dans cette œuvre précise ! Elle y gagne. A titre indicatif, relevons la durée de chaque acte : 1H15’ – 1H04’ – 1H13’. C’est preste, mais la rapidité ne signifie pas pour autant précipitation et à aucun moment la musique ne cesse de respirer. Aux antipodes de Furtwängler, c’est du côté de Karl Böhm qu’il nous ramène, avec une touche d’imagination supplémentaire, tout droit venue de Karajan ou Bernstein. Il faut entendre comme Petrenko enflamme l’orchestre, parvenant à maintenir souplesse et fluidité du discours tout en préservant les tensions dévorantes. Les instrumentistes se surpassent et n’ont aucune défaillance. Les cordes donnent l’impression d’être deux fois plus nombreuses qu’elles ne sont en réalité (à titre indicatif, nous avons compté 12 violons I et 9 violons II là où il en faudrait le double), les bois sont précis, lumineux, les cuivres impétueux. Pour leurs brèves interventions, les chœurs masculins d’Alan Woodbridge sont parfaits. Tous sont transfigurés par la battue ferme et l’énergie volcanique d’un chef inspiré. En outre, que de détails d’orchestration si souvent noyés ou occultés sont ici révélés. Petrenko tire de sa phalange des sonorités inattendues. L’étoffe d’un grand wagnérien s’affirme… ses projets à Bayreuth le confirmeront sans doute.

Ann Petersen est une surprenante Isolde
Venons-en à la partie traditionnellement périlleuse de cette œuvre, la distribution vocale. Excellente actrice, Ann Petersen est une surprenante Isolde. Indéniablement, au premier examen, la soprano danoise ne correspond pas au gabarit du rôle. Chez Wagner, elle est certainement une Elisabeth, une Sieglinde – voire une Senta – mais certainement pas une véritable Isolde. La largeur n’y est pas, cela reste trop mince de spectre : à peine une Hildegard Behrens, magie du timbre en moins. D’où vient alors qu’elle parvienne à nous conquérir ? Tout simplement de l’intelligence de son interprétation. Sa forte technique vocale permet à son soprano grand-lyrique de se glisser dans cet emploi de dramatique sans accident et avec bonheur en fin de compte. D’une part elle parvient à soutenir l’intégralité de la partition sans faiblir (déjà un exploit !) d’autre part, jamais une note aiguë n’est criée. Jusqu’au contre-ut tout est bien placé et elle accomplit un parcours sans faute jusqu’à une mort à briser d’émotion le plus blasé des critiques. Soyons réalistes : à Bastille ou au Met ce serait impossible et dangereux. Dans une salle de taille raisonnable comme Lyon, cela passe. Mais cette interprète d’exception doit prendre garde de ne point tenter l’aventure dans des espaces démesurés. Si elle fait preuve de prudence, elle possède suffisamment d’atouts pour devenir demain une star.

Le cas intéressant de Clifton Forbis
Remplaçant Gary Lehman (le prochain Siegfried du Met !) primitivement annoncé, Clifton Forbis est un cas intéressant. Habitué du rôle de Tristan (qu’il a interprété – entre autres – à Genève et Paris) ce ténor d’âge mûr inquiète à sa première intervention. La voix semble bien fatiguée, le vibrato révèle une indubitable usure. Notre expérience passée nous a appris à bien réagir dans ces circonstances. Ainsi que nous le prévoyions, l’échauffement progressif lui permet un IIème acte d’une estimable vaillance, ce avant un dernier acte bouleversant où il s’investit sans restriction. Si l’émission demeure un peu rocailleuse, son timbre sombre – qui rappelle irrésistiblement Günther Treptow et Spas Wenkoff – enveloppe l’auditoire et le transporte au sein des affres du héros avec une force de caractère peu commune, délivrant des la aigus sidérants de puissance comme de netteté. La projection est impressionnante (les premiers rangs d’auditeurs en ont été sidérés) et – vertu rare – jamais il ne hurle ni ne cède à la tentation du Sprechgesang. Artiste intègre, Monsieur Forbis mérite tout le respect des mélomanes car – en ces temps de disette – il ne trahit jamais l’auteur, ce qui est déjà énorme.

Les rôles secondaires sont remarquables
Les rôles secondaires sont remarquables. Distinguée en mars dernier à l’Opéra de Toulon (où elle interprétait un inoubliable Pierotto dans la rare Linda di Chamounix de Donizetti) Stella Grigorian campe une Brangäne infiniment touchante, même si cet emploi constitue le point extrême à ne pas dépasser pour préserver le capital de ses splendides moyens de mezzo lyrique. A ses côtés, le Roi Marke sans faille, nuancé, plein de noblesse et supérieurement bien chantant de la basse Christof Fischesser est une révélation. De Kurwenal, le baryton allemand Jochen Schmeckenbecher possède non seulement toutes les notes mais, aussi, ce caractère bonhomme aussi indispensable que sa rudesse, une rondeur qui n’est pas sans évoquer Walter Berry.
Les petits emplois sont très bien tenus. Le jeune marin (qui chante aussi le berger) de Viktor Antipenko et le pilote de Laurent Laberdesque s’avèrent impeccables. La palme revient à Nabil Suliman qui réalise l’exploit de rendre intéressant le rôle du perfide Melot

Voilà plus de trente ans que Lyon n’avait pas réussi à représenter ce drame lyrique de manière convenable. Après un Lohengrin inégal en 2006 et un Siegfried raté en 2007, Serge Dorny vient, pour son 3ème essai wagnérien, de nous offrir un Tristan & Isolde mémorable. Souhaitons qu’il en soit de même pour le Parsifal de l’an prochain et qu’un Tannhäuser (pas joué céans depuis près de quatre décennies…!) lui succède dans un délai raisonnable.

 

 

Autres lieux, autres institutions

Société de Musique de Chambre de Lyon – Salle Molière

Trio Talweg – Chausson / (16 Mars): goûter un plaisir intense

Assisterions-nous à un retour en force d’Ernest Chausson ? Ou bien est-ce pure coïncidence ? En novembre dernier, Vladimir Fedosseïev tenait à inscrire en tête de son programme avec l’ONL la trop rare Viviane. En février, c’est Michel Plasson qui nous gratifiait du Poème de l’amour & de la mer. Ce soir, les Talweg nous offrent un précieux cadeau : le Trio en sol mineur Opus 3 du grand compositeur français.
Ce qui frappe d’entrée de jeu avec le Trio Talweg, c’est une franche pugnacité alternant avec la mise en exergue de sonorités opulentes et chaleureuses. Indéniablement, cet ensemble en plein essor possède du caractère ! La richesse de l’écriture est dominée, la sensualité de la ligne parfaitement assumée, avec ce qu’il faut de générosité (Chausson pense souvent "orchestral", jusque dans le répertoire chambriste qu’il a supérieurement servi). Toutefois, rien n’est lourd et les Talweg le comprennent qui, après l’épaisseur naturelle du 1er mouvement, restituent l’ensoleillé scherzo sous l’angle de la parenté avec Saint-Saëns, trop souvent occultée par d’autres formations. Le violoncelliste Sébastien Walnier – même s’il gagnerait à jouer avec une once de vibrato en moins – excelle dans le 3ème, emportant ses partenaires dans les contours passionnés de cette musique quasi-coïtale si proche du Quintette de Franck (et quelle finesse dans le jeu nuancé d’Alexander Gurning au piano !). C’est dans le finale que le violoniste Sébastien Surel s’affirme comme un véritable Konzertmeister (et Dieu sait s’il faut l’être pour cette section alternant courses à l’abîme, effusions et intimisme, dans un discours ne lassant jamais de surprendre à chaque nouvelle audition). © Les Grands Concerts.

Apprécions la générosité du programme : après 34’ de Chausson, les Talweg affrontent hardiment en seconde partie le vaste Trio en la mineur Opus 67 de Tchaïkovski (46’ dans leur interprétation, qui figure parmi les plus prestes, proche de celle du Beaux-Arts Trio).
On ne peut pas dire que les exécutions du chef-d’œuvre incontestable du Maître Russe en musique de chambre, surabondent dans notre ville. Rendons-grâce à nos artistes pour ce choix opportun ! Ils font ici encore davantage preuve de conviction, attaquant avec une force prodigieuse, montrant un engagement de tous les instants, au point que nous nous demandons légitimement s’ils vont pouvoir soutenir cette cadence jusqu’au terme de la partition ! Or, aucune baisse de régime n’est enregistrée dans cette œuvre parmi les plus complexes (avec la Symphonie Manfred) de Tchaïkovski. Les timbres très clairs des 2 instruments à archet surprennent parfois, surtout confrontés à un piano aux couleurs sombres, représentant l’âme du dédicataire, Nicolas Rubinstein. Il n’empêche que nous sommes captivés de la première à l’ultime mesure, avec cette apothéose tant attendue de la plainte funèbre finale, provoquant, comme espéré, la pénible sensation de vide à l’estomac inséparable du contexte. Grandiose !
Nous pouvons goûter un plaisir intense tout du long de ce programme fuyant la routine. Le Trio Talweg dispose d’une palette étonnante. Sa propension à traduire les intentions des compositeurs est stupéfiante. A ce titre, la délicate interprétation de l’Adagio du 1er Trio en ré mineur Opus 49 de Félix Mendelssohn – délivrée en bis – prouve que l’on n’est pas au bout de nos surprises avec ces talentueux artistes.

 

Fortunio de Messager (20 Mars) : la discrétion au service de la délicatesse

Le Sémaphore-Théâtre d’Irigny

En ce premier jour du printemps, un soleil timide nous incite à prendre le chemin des champs. Nous retrouvons le Sémaphore d’Irigny où nous fûmes enthousiasmés par la Cendrillon de Pauline Viardot en février dernier [Voir chronique lyon-newsletter hiver 2011]. L’ouvrage est certes moins rare, puisqu’il s’agit du Fortunio de Messager, inspiré du Chandelier d’Alfred de Musset. On se souvient des représentations données au Théâtre des Célestins par l’Opéra de Lyon, jouant alors "hors les murs". Un enregistrement, dirigé par John-Eliot Gardiner, avait suivit [ERATO 1987]. Depuis, ce petit chef-d’œuvre d’élégance a été repris en d’autres lieux mais délaissé dans notre région tandis que Véronique y effectue un retour en force (représentations à Saint-Etienne et Roanne cette année). Pour la 7ème année consécutive, le Sémaphore accueille en résidence la Compagnie Pleine Lune Pleine voix. Leur Barbe-Bleue d’Offenbach avait fait l’unanimité en 2010. Le style de la comédie-lyrique de Messager est foncièrement différent et, pour mieux dire, très recherché. Qu’allait-il en sortir ?

Une réalisation de bonne tenue. La mise en scène de François Jacquet est, cette fois, plus conventionnelle. Traditionnelle dans le bon sens du terme, moins inventive que dans Cendrillon, elle ne gêne toutefois à aucun moment la compréhension, le progrès de l’action et l’audition de la musique. C’est surtout la direction d’acteurs qui retient l’attention, toujours opportune et convaincante. Les décors de toile peinte de Gilbert Kezel et Gérard Jacquet évoquent les lieux (extérieurs et intérieurs) avec à propos sans chercher midi à quatorze heures. En cela, ils sont parfaitement adaptés à une œuvre sans prétention et à l’intrigue ténue. Les tableaux du jardin sont les plus réussis dans leur ambiance poétique finement suggérée. Les costumes de Léa Rutkowski et Véronique Jacquet évoquent bien l’époque du Chandelier de Musset, ceux des civils étant plus accomplis que ceux des militaires. Ces derniers – curieusement dépourvus de couvre-chefs – sont un peu simplistes, surtout s’agissant de l’officier plastronnant Clavaroche auquel il manque un bon gros sabre à traîner au côté. De même, un effort de maquillage eût été bienvenu s’agissant du personnage de Maître André qui aurait gagné à être franchement vieilli. Les éclairages de Pascal Nougier participent à la bonne tenue d’ensemble de la réalisation. © M. Bourelly.

Touche plus complet que Gardiner. Mais c’est de la réalisation musicale que vient cette fois la surprise, Laurent Touche emportant la palme. En dépit d’un orchestre réduit à 18 pupitres – où un piano pallie à l’absence de harpe et d’instrumentarium complet de vents – l’excellent chef stéphanois fait ressortir avec un art consommé jusqu’aux détails les plus infimes d’une orchestration raffinée, ô combien. De surcroît, il se paye le luxe d’être plus complet que Gardiner qui – à la scène comme au disque – avait écarté le 2d tableau de l’Acte III (la fête vespérale au jardin). Même s’il n’est pas indispensable au déroulement de l’action, ce tableau de 20 minutes [exigeant l’usage d’un matériel supplémentaire disponible chez l’éditeur] est une pure merveille. Outre qu’il étoffe le rôle de Me André et la partie des chœurs, sa splendide écriture instrumentale constitue une pure révélation. © Matthieu Jacquet.
Modestes de matériau, les chœurs ne sont pas irrépréhensibles en homogénéité comme en justesse mais forcent la sympathie. Côté orchestre, si les cordes manquent parfois de cohésion, les vents séduisent. Les bois, surtout, sont impeccables (avec une mention pour les clarinette et basson) et le cor soliste réellement splendide. Laurent Touche les galvanise, déployant panache et fougue. Dirigeant avec autant d’engagement que s’il s’agissait d’un grand opéra dramatique, il effectue un parcours sans faute, aboutissant à un dernier tableau anthologique.
Jean-Baptiste Dumora est très à l’aise en Clavaroche
La distribution n’est pas en reste, tous les protagonistes rejoignant les maîtres d’œuvre dans le même souci de discrétion au service de la délicatesse. Irrésistiblement mûr pour le rôle de Fortunio, le ténor Philippe Noncle parvient, grâce à son métier très sûr, à composer un jeune premier timide et naïf crédible. Ses airs de « Ma vieille maison grise » et « Si vous croyez que je vais dire » sont des moments de temps suspendu. De Jacqueline, Aurélie Baudet possède le charme et le style. La tessiture, plutôt centrale, s’adapte bien à se moyens, à l’exception du dernier acte où le registre supérieur se crispe et produit des aigus un peu coincés pas très agréables. Le baryton Jean-Baptiste Dumora est très à l’aise en Clavaroche. La fermeté d’accents, le sens de la prosodie, l’insolence de la projection et de l’émission sur tous les registres s’allient efficacement à l’abattage scénique pour servir l’œuvre de son vénéré ancêtre. Un peu jeune pour le rôle de Me André, Bardassar Ohanian est musicalement irréprochable, sa sensibilité apportant une indéniable dose d’humanité au personnage. Parmi les rôles secondaires, l’on remarque surtout le Landry à la forte présence de Claude Calvet et la silhouette de François Jacquet dans l’épisodique Me Subtil.
Au bilan : une réussite prouvant, une fois de plus, que les plus touchantes réalisations sont souvent inversement proportionnelles aux moyens mis en œuvre.

Choeurs & Orchestre XIX – Crypte de Fourvière

Concert du XXème Anniversaire : Grieg / Gouvy (15 Juin) : l’apanage des grandes formations

Un choix audacieux autant que courageux
Pour le mélomane curieux, le nom de Théodore Gouvy (1819-1898) n’est pas inconnu. Depuis quelques années déjà, le label K617 a commencé l’exploration de son riche catalogue, révélant en particulier les pièces sacrées et chambristes. Apportons toutefois quelques précisons. Appartenant à la même génération que Charles Gounod, Gouvy est né à Goffontaine dans cette portion de Lorraine rattachée à la Prusse en 1815, suite aux traités liquidant l’Empire Napoléonien. Accidentellement prussien de naissance, détaché de la patrie de ses aïeux, il ne put étudier au Conservatoire de Paris, à l’époque fermé aux étrangers. Il attendra ainsi l’âge de 32 ans pour être naturalisé… français ! Aujourd’hui, son œuvre est sous les feux de la rampe, puisque ses deux opéras, Fortunato et Le Cid viennent d’être représentés sur les scènes lyriques de Metz (pour le premier) et Saarbrücken (pour le second), respectivement en mai et juin 2011. Le privilège de révéler son Requiem au public lyonnais revient à Jean-Philippe Dubor, inestimable défricheur à qui l’on doit plusieurs créations d’œuvres du passé dans notre ville. C’est un choix audacieux autant que courageux pour fêter les vingt ans de son ensemble. Pour cette double circonstance exceptionnelle, on remarquera la présence de nombreuses personnalités du monde culturel, ainsi que celle de Monsieur Sylvain Teutsch, Président de l’Institut Gouvy, qui a fait le déplacement depuis la Moselle afin d’assister à cet événement de taille.

Dubor sait trouver des accents poignants
À ses contacts amicaux avec Gouvy à Leipzig ou Paris, Edvard Grieg doit d’ouvrir le programme, avec trois extraits des suites d’orchestre de Peer Gynt. Choisis parmi les plus mélancoliques ou douloureux, ils instaurent une ambiance recueillie pour ce qui va suivre. Après une Mort d’Åse intense, une Plainte d’Ingrid incisive, Jean-Philippe Dubor sait trouver des accents poignants dans la célèbre Chanson de Solveig. Ces pages du compositeur norvégien permettent d’apprécier les qualités de l’orchestre, particulièrement les cordes dont les pupitres sont plus fournis que de coutume et cela s’entend immédiatement.

Un aplomb extraordinaire
L’intérêt d’écouter enfin sur le vif le Requiem de Gouvy focalise bientôt l’attention. Dès l’Introïtus la révélation du disque est confirmée. Ce langage procède d’un style unique, combinant quelques influences germaniques et italiennes, tout en s’inscrivant dans une certaine tradition de la musique religieuse française magnifiée par Berlioz. Rien dans cette partition ne laisse indifférent. Elle captive même, autant par son éloquence que par ses ponctuelles audaces, ses subtils contrechants ou, encore, sa puissance tellurique. Jean-Philippe Dubor et ses forces en restituent toute la démesure avec un aplomb extraordinaire.
Nous relevons, ainsi, combien ils parviennent à tenir la distance dans la puissance dévastatrice du Dies Irae aussi bien que dans le Mors stupebit et le Liber scriptus (ce malgré une écriture qui ne ménage aucune pause et ne prend guère de précautions avec les capacités théoriques des différents pupitres). Soyons clairs : cette aptitude est l’apanage des grandes formations.

Sensation de lumière irradiante
Le quatuor vocal réuni est de premier ordre. Si la basse Philippe Fourcade et le ténor Patrick Garayt sont toujours impressionnants de projection et ne chantent pas à l’économie, les dames ne déméritent pas. L’on apprécie le timbre capiteux et envoûtant de la mezzo Sylvia Giepmans, autant qu’on salue le retour de la soprano Cécile Perrin. La cantatrice française triomphait récemment dans Aïda au Staatsoper de Vienne. Gageons que l’homogénéité de sa tessiture, sa projection et son art des sons filés dans le registre aigu auront su enthousiasmer les autrichiens autant que les auditeurs lyonnais. Tout au long de ce douloureux chemin de croix, elle contribue largement à la sensation de lumière irradiante éprouvée. Admettons qu’une direction inspirée – pour une œuvre qui ne l’est pas moins – constitue les indispensables fondations à ces moments privilégiés. Par-delà les célébrations Liszt et Massenet – qui pourraient largement fournir matière à sa programmation 2011/2012 – Jean-Philippe Dubor, ardent apôtre de Gouvy, nous doit désormais son Stabat Mater.

Escapade musicale à Marseille

Opéra de Marseille

Le Cid de Massenet (26 Juin) : quand la cité phocéenne crée l’événement

Alors que la plupart des scènes d’opéra pêchent par un manque d’imagination (ou bien de science… ?) et s’avèrent incapables de proposer autre chose que Manon et Werther dès qu’il s’agit de Massenet, l’Opéra de Marseille n’hésite pas à prendre des risques. Menée de main de maître, la maison impressionne toujours, tant par l’audace de ses programmations que pas ses distributions de haut vol. Les deux qualités se trouvent réunies à l’occasion de cette nouvelle production du Cid, une œuvre pour partie écrite dans la capitale du midi de la France par son auteur.

Certains tableaux conservent une indéniable majesté
La seule franche réserve que nous avons à émettre concerne la mise en scène. Charles Roubaud nous a si souvent porté aux louanges que nous sommes navrés de devoir exprimer – pour la première fois, s’agissant de cet artiste intègre – notre déception à propos de son présent travail. En effet, il choisit de transposer l’action au début du XXème siècle (vraisemblablement les années 1920, d’après le mobilier et costumes civils). Bien qu’il s’en explique (non sans déployer une solide argumentation) dans le programme, nous sommes au regret de constater que son projet ne convainc pas. La dimension médiévale légendaire – vue à travers le prisme déformant du XIXème siècle finissant – souffre d’être transportée dans le prosaïsme de l’entre deux guerres. Cela sonne faux. L’émotion s’en trouve altérée, l’ambiance refroidie, stérilisée jusqu’à devenir artificielle. Le propos se trouve constamment affadi, davantage pour les scènes de foules relevant du genre "Grand-Opéra" que pour les situations intimistes. La démesure et l’exaltation héroïques voulues par les auteurs ne s’adaptent qu’au forceps dans ce cadre étriqué. Le procédé prouve d’ailleurs ses limites avec l’entrée de « L’émissaire Maure » qui en devient presque ridicule (autant qu’incongrue dans ce nouveau contexte) et provoque des petits rires amusés dans l’assistance. Ceci posé, ce parti-pris discutable ne pollue pas la vision au point de rendre l’œuvre inécoutable et c’est déjà beaucoup. Certains tableaux conservent même une indéniable majesté : il en va ainsi pour le second de l’Acte I (la salle du palais contiguë à la cathédrale de Burgos, dont l’architecture monumentale impressionne) ou pour le final de l’opéra. En outre, rien n’est déplacé, gratuitement provocateur ou vulgaire. La direction d’acteurs est excellente, chaque personnage retrouvant dans l’intelligence du geste cette noblesse dont le costume, trop ordinaire, le prive.  © Christian Dresse.

La direction de Jacques Lacombe est efficace et de fort belle tenue
Nous avons plus de satisfactions avec la direction de Jacques Lacombe. Bien plus assurée que pour Les Huguenots de Meyerbeer à Liège en 2005, elle est efficace et de fort belle tenue. Même si l’on peut rêver violons plus homogènes ou flûtes au souffle moins court, l’orchestre confirme les constants progrès accomplis ces dernières saisons [il nous avait enchanté dans le Chevalier à la Rose dirigé par Philippe Auguin en 2009]. La palme peut être décernée à la petite harmonie qui prévaut par la qualité des timbres et la précision de ses interventions. Plus à l’aise dans les sections chambristes, Lacombe cisèle alors amoureusement les contours raffinés de l’écriture, se contentant d’un solide professionnalisme pour les grands ensembles. Plus discutables demeurent les coupures opérées. Certes, elles sont moins nombreuses que dans Les Huguenots jadis, mais tout aussi absurdes. Seule celle du ballet peut se justifier pour des raisons conjoncturelles. En revanche, il est difficile d’accepter de retrouver ultérieurement des fragments de ce dernier interfoliés comme interludes ou de tolérer la suppression de quelques mesures ici ou là. Nous avons relevé sur le moment toutes ces entailles qu’il serait fastidieux d’énumérer ici. Mentionnons simplement la suppression dommageable de la scène Plus de tourments et plus de peines de l’Infante, dont le rôle se réduit à la portion congrue.
Les chœurs se font remarquer spécialement dans leur intervention feutrée en coulisses pendant le dernier air de Rodrigue. Appréciables de vaillance comme de justesse dans les scènes de masse, ils confirment, eux aussi, le redressement du niveau artistique céans. © Christian Dresse.

Roberto Alagna a eu raison d’attendre 2011 pour aborder Rodrigue
La distribution vocale est à la hauteur de l’enjeu, dans la mesure où l’on admet qu’il est impossible de trouver aujourd’hui des interprètes possédant le format titanesque des créateurs (les Fidès-Devriès, De Reszké, Melchissédec et autres Plançon… !). Les chanteurs d’aujourd’hui méritent toute notre reconnaissance car, en acceptant de relever le défit, ils nous permettent d’entendre l’œuvre et de procéder à son évaluation, ce qui est essentiel.
Très attendu (la salle est pleine pour 4 représentations d’abord grâce à sa présence à l’affiche) Roberto Alagna a eu raison d’attendre 2011 pour aborder Rodrigue. A ce stade de sa carrière et compte-tenu de l’évolution imprimée – de gré ou de force – à ses moyens naturels, il ne risque pas grand-chose à se frotter à cet emploi de ténor héroïque. Ainsi, il l’aborde avec une émission de lirico-spinto sans faiblir. Cette hardiesse a un prix et se traduit par une raideur ponctuelle ou une émission abrupte (en particulier dans Ô noble lame étincelante). En revanche, les passages requérant son lyrisme ardent – comme le duo avec Chimène ou l’air Ô souverain, ô juge, ô père – sont anthologiques et irrésistibles, en émotion, en articulation, en sens du phrasé tant qu’en conduite de la ligne, suscitant des ovations méritées. Le léger accident dans son ultime intervention (sur le si bémol concluant la phrase C’est à toi que la gloire en revient après Dieu !) est néanmoins suffisamment révélateur. Puisse-t-il inciter notre premier ténor français à réfléchir mûrement avant que d’envisager des emplois encore plus lourds, comme Samson ou Otello.

Béatrice Uria-Monzon domine avec cran cette tessiture meurtrière de Falcon
Béatrice Uria-Monzon présente souvent un reflet en négatif des qualités et défauts de son partenaire. Toujours aussi molle de diction, elle domine avec cran cette tessiture meurtrière de Falcon. Sa distinction, sa noble prestance en scène, son élégance contribuent à sauver le personnage de Chimène de la caricature insupportable si souvent proposée par des cantatrices moins inspirées. Irrésistible dans le duo avec Rodrigue elle aura, auparavant, délivré un Pleurez mes yeux ! soutenant la comparaison avec les plus grandes interprètes de l’histoire.
Dans la mesure où les coupures atrophient son rôle, il s’avère difficile de faire une estimation correcte des possibilités de la soprano Kimy Mac Laren. Elle accomplit cependant honorablement son office. Si le Roi de Franco Pomponi manque un peu d’ampleur vocale et de grandeur scénique, le Don Diègue de Francesco Ellero D’Artegna séduit d’emblée l’assistance. Très digne, somptueux de timbre, couvrant toute la tessiture, il met en valeur les qualités d’une vraie basse italienne tout en s’adaptant très habilement – à l’instar du modèle de Cesare Siepi – à l’esthétique et à la prosodie française. La pointe d’accent italien est aussi infime que chez son illustre prédécesseur.
Jean-Marie Frémeau campe un Comte de Gormas physiquement plus chenu que Don Diègue (un contresens insolite). Son vibrato envahissant ne l’empêche pas d’être suffisamment percutant et approprié dans ce rôle très bref. Les petits emplois sont impeccablement tenus avec une mention spéciale pour l’interprète de la Voix de Saint Jacques, curieusement oublié dans le programme de salle.

Redécouvrir un fleuron de notre patrimoine
Oublions momentanément les réserves : l’important est que Le Cid vive en scène. Au rideau final, le public – venu de toute la France et d’ailleurs – réserve un triomphe aux interprètes. Heureux de pouvoir redécouvrir un fleuron de notre patrimoine, ils réalisent aussi combien la cité phocéenne crée l’événement. En attendant 2012 / 2013 où elle le créera encore avec la rare Cléopâtre du même Massenet, la programmation 2011 / 2012 est alléchante (Roméo & Juliette, Roberto Devereux, La Bohème, La Chartreuse de Parme, Le Comte Ory, Le Trouvère, La Flûte enchantée… ). Elle devrait inciter les lyonnais à (re)venir faire un tour dans cette splendide salle de style Art déco où il se passe toujours quelque chose d’intéressant. Marseille n’est qu’à 1H40’ de TGV de notre ville… qu’on se le dise !

 


 

Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin

 

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ONL : déjà 44 CD ! Une belle discographie

pour un grand orchestre de renommée internationale

Le grand mélange des genres et des styles permet à l'ONL d'avoir une belle palette propice à tous les répertoires, comme en témoigne cette riche discographie, déjà forte de 44 CD.
Gageons, que malgré une conjoncture difficile pour les CD, Jün Märkl saura encore nous étonner avec l'intégrale de Debussy en cours de réalisation. Le charme et la spécificité de l'orchestre de Lyon, associés au talent et à la vivacité d'esprit de Jün Markl devraient faire merveille !

Photos Volume 4 Le dernier sorti. Le martyre de Saint Sébastien - Khamma - Le Roi Lear.
Volume 2 Nocturnes - Pélléas et Mélissande - Symphonie.
Volume 3 Images - Gigues - Ibéria - Rondes de printemps.
Volume 1 : La Mer - Prélude à l'après-midi d'un faune.

Jun MÄRKL et l’Orchestre national de Lyon (depuis 2004) 12 CD
* Toshio Hosokawa : Circulation Ocean. Claude Debussy : La Mer, Nocturnes, Prélude à l’après-midi d’un faune
2007. Naxos (épuisé - commercialisé uniquement au Japon)
* Ludwig van Beethoven : Symphonie n°9 en ré mineur. 2008. Altus (alt147) Barbara Haveman (soprano), Zandra McMaster (mezzo-soprano), Stefen Vinke (ténor), Franz-Josef Selig (basse), City of Birmingham Symphony Chorus, Jun Märkl, direction
* Gustav Mahler : Symphonie n° 3 en ré mineur. 2008. Altus (alt145). Ewa Marciniec (alto), Chœurs de Lyon-Bernard Tétu (Catherine Molmerret, chef de chœur), Petits Chanteurs de Lyon (Jean-François Duchamp, chef de chœur), Jun Märkl, direction
* Maurice Ravel : Daphnis et Chloé, ballet intégral, Shéhérazade, ouverture de féerie.
2009. Naxos. MDR Rundfunkchor de Leipzig, Jun Märkl, direction
* Olivier Messiaen : Poèmes pour Mi, Les Offrandes oubliées, Un sourire.
2009. Naxos. Anne Schwanewilms, soprano, Jun Märkl, direction
* Intégrale des œuvres pour orchestre de Claude Debussy
Coffret de 8 CD à paraître en mars 2011. Naxos
Jun Märkl, direction
* Volume I. 2008. Children’s Corner / Jeux / Prélude à «L’Après-midi d’un faune» / La Mer
*Volume II. 2009 Pelléas et Mélisande / Symphonie (arr. M. Constant) / Clair de lune (orch. A. Caplet) / Nocturnes / Berceuse héroïque / Trois Études (nos 9, 10 et 12 - orch. M. Jarrell) . Chœur du MDR de Leipzig
* Volume III. 2010. Images / Sarabande / Danses / Marche écossaise
* Volume IV. vient de paraître à l’automne. Le Martyre de saint Sébastien / Khamma / L’Enfant prodigue / Le Roi Lyre
*Volume V. (à paraître en janvier 2011). La Boîte à joujoux / L’Isle joyeuse / Six Épigraphes antiques / La Soirée dans Grenade / Jardin sous la pluie
* Volume VI. (à paraître en mars 2011). Le Triomphe de Bacchus / Symphonie (orch. Finno) / Printemps / Petite Suite / En blanc et noir

David ROBERTSON et l’Orchestre national de Lyon (2000-2004) 4 CD* Alberto Ginastera : Estancia ; Concerto pour harpe ; Panambi ; Glosses sobre temes de Pau

Casals. Isabelle Moretti (harpe). 2000. Naïve.

*Béla Bartók : le Mandarin merveilleux (version originale) ; Suite de danses ; Quatre Pièces

op.12. 2002. Harmonia Mundi.

*Pierre Boulez : Rituel in memoriam Bruno Maderna ; Notations nos 1, 7, 4, 3 et 2 ; Figures

Doubles-Prismes. 2003. Montaigne/Naïve.

* Steve Reich : Different Trains ; Triple Quartet ; The Four Sections. 2004. Montaigne/Naïve.

Emmanuel KRIVINE et l’Orchestre national de Lyon (1987-2000) 16 CD
* Gabriel Fauré : Requiem ; Masques et Bergamasques ; Cantique de Jean Racine. 1988. Denon. Gaële Le Roi (soprano), François Le Roux (baryton), Jean-Louis Gil (orgue), Chœurs de l’Orchestre national de Lyon.
* Camille Saint-Saëns : Symphonie n°3 ; le Rouet d’Omphale ; Phaëton ; Danse macabre. 1991. Denon. Michaël Matthes (orgue), Boris Garlitzky (violon).
* César Franck : Symphonie en ré mineur ; Psyché. 1992. Denon.
* Georges Bizet : Symphonie en ut majeur ; l’Arlésienne. 1992. Denon. Guy Laroche (hautbois), Jean-Yves Fourmeau (saxophone).
* Hector Berlioz : Symphonie fantastique ; Chasse royale et orage. 1993. Denon.
* Claude Debussy : Images ; la Boîte à joujoux. 1994. Denon.
* Le Violon de l’Opéra : Carmen, Faust, La traviata, Roméo et Juliette, I Lombardi, Thaïs (fantaisies et extraits). Patrice Fontanarosa (violon). 1994. EMI.
* Claude Debussy : la Mer ; Nocturnes ; Prélude à « l’Après-midi d’un faune ». 1995. Denon.
Chœur de femmes du Nederlands Kammerkoor.
* Edouard Lalo et Camille Saint-Saëns : Concertos pour violoncelle. Gabriel Fauré : Elégie. Anne Gastinel (violoncelle). 1995. Auvidis/Valois.
* Pierre-Octave Ferroud : Symphonie en la ; Foules ; Types ; Sérénade en fa. 1998. Auvidis.
* Jean-Louis Florentz : les Jardins d’Amènta ; le Songe du Lluc Alcari ; l’Ange du Tamaris. 1998. MFA. Yvan Chiffoleau et Yves Potrel (violoncelle). Günther Herbig (direction : le Songe de Lluc Alcari).
* Maurice Ravel : orchestrations (Moussorgski : Tableaux d’une exposition. Chabrier, Debussy, Schumann). 1998. Denon.
* Antonín Dvo?ák : Concerto pour violoncelle en si mineur. Ernest Bloch : Schelomo. Anne Gastinel (violoncelle). 1999. Auvidis/Valois.
* Pierre-Octave Ferroud : Jeunesse ; Chirurgie ; Au parc Monceau ; Sarabande. 1999. Auvidis.
* Maurice Ravel : Concerto pour la main gauche ; Concerto pour piano en sol majeur ; le Tombeau de Couperin. 1999. Naïve. Hüseyin Sermet (piano).
* Heitor Villa-Lobos : Bachianas Brasileiras nos 2 et 5 ; Concerto pour guitare ; Amazonas. 1999. Erato. Maria Bayo (soprano), Robert Aussel (guitare).

Serge BAUDO et l’Orchestre national de Lyon (1971-1987) 8 CD

* Serge Prokofiev : Quatre Portraits du « Joueur » ; Suite scythe. 1975.

* MaurieRavelDaphnis et Chloé (2e

suite) ; Boléro ; Pavane pour une infante défunte ; Alborada del Gracioso. 1978.

* Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. 1979. BMG. Michèle Command (Mélisande), Claude

Dormoy (Pelléas), Gabriel Bacquier (Arkel), Roger Soyer (Golaud), Ensemble vocalBourgogne.

* Hector Berlioz : Roméo et Juliette. 1980.

* Joseph Kosma : les Canuts. 1981. Adès. François Loup, Martine Dupuy, Monique Pouradier

Duteil, Georges Gauthier, Michel Favory, Azize Kabouche, Chœur de l’Opéra de Lyon.

* Francis Poulenc : Stabat Mater ; Litanies à la Vierge noire ; Salve Regina. 1985. Harmonia

Mundi. Michèle Lagrange (soprano), Chœur de l’Orchestre national de Lyon.

* Henri Dutilleux : Symphonie n°1 ; Timbres, Espace, Mouvement. 1986. Harmonia Mundi.

* Ludwig van Beethoven : le Christ au mont des Oliviers. 1987. Harmonia Mundi.

Monica Pick-Hieronimi (soprano), James Anderson (ténor), Victor von Halem (basse), Chœur

de l’Orchestre national de Lyon.

Autres chefs et l’Orchestre national de Lyon 2 CD
* Vladimir Cosma : Musiques de films. 2005. Pomme Music. Wilhelmenia Fernandez (soprano), Jean-Luc Ponty (saxophone), Philippe Catherine (guitare), Peter Erskine (batterie), Syrinx (flûte de Pan), Bartek Niziol (violon), Vladimir Cosma (direction).
* Georges Enesco : Vox Maris ; Symphonie n°3. 2005. EMI Classics. Marius Brencius (ténor), Catherine Sydney (soprano), Chœur de chambre Les Eléments, Lawrence Foster (direction).

Ensemble de cuivres et de percussions de l’Orchestre national de Lyon 2 CD* Transatlantique. Œuvres de Gabrieli, Haendel, Richard Strauss, Gershwin, Parker… 1997.

Éditions Robert Martin.

* Tribute to Lady Day Œuvres de B. Holiday, C. Parker, G. Gershwin, A. Herzog Jr, B. Carey, C.

Fisher…,Catali Antonini (chant), Éditions Robert Martin, 2009                         

www.auditorium-lyon.com

 

  • Liens

Orchestre national de Lyon et Jazz à l'Auditorium : www.auditoriumlyon.com
Opéra de Lyon : Danse, opéra, concerts et jazz à l'Amphi :

www.opera-lyon.com
Salle Molière. Saison de Musique de Chambre de Lyon : www.musiquedechambre-lyon.org

La Chapelle de la Trinité. Festival de Musique Baroque de Lyon
www.lachapelle-lyon.org
Bourse du Travail– Musiques Traditionnelles www.lesgrandsconcerts.com
Concerts de l'Hostel Dieu : www.concert-hosteldieu.com
Choeurs et Orchestre XIX : www.choeur-orchestre19.org/
Fortissimo Musiques : www.fortissimo-musiques.com

Association Piano à Lyon www.pianoalyon.com
Solistes de Lyon-Bernard Tétu www.solisteslyontetu.com